J’ai roulé 2 500 km en voiture électrique pour la première fois : une traversée de la France presque sans stress

 
Bouchons aux bornes sous un soleil de plomb, prix exorbitants, angoisse de la panne sèche ou ennui au volant : sur la route des vacances, on m’avait prédit le pire en voiture électrique. De Paris à Montpellier, en passant par Poitiers et Rocamadour, j’ai soumis le gros SUV Kia EV5 à l’épreuve des autoroutes et des petites routes serrées au plus fort du trafic cet été. Spoiler : et si je vous disais que l’enfer de la recharge n’a jamais eu lieu… Récit d’une traversée de la France sans encombre.
Kia EV5 en pleine recharge // Source : Justine Pérou pour Frandroid

« Oh mais tu vas galérer ! », « Tu n’as pas peur de tomber en panne ? », « Tu es sûre que tu vas trouver des bornes partout, et qui fonctionnent ? », « C’est tellement chiant à conduire ». Voici le type de réflexions balancées avant mon départ en vacances.

Vous savez pourquoi ? J’ai dit à mes proches que je prenais la route direction le sud, avec un gros SUV électrique. Un Kia EV5, que j’ai emprunté pour avaler les quelque 2 500 kilomètres de parcours prévus lors de mon périple estival. Et bien sûr pour affronter, par la même occasion, les embouteillages sur autoroute mais aussi les fameuses files d’attente à la borne ou le stress de la panne sèche.

Kia EV5 // Source : Justine Pérou pour Frandroid

De toute façon, il faut savoir faire abstraction des rumeurs, tout en oubliant les discours théoriques des constructeurs sur l’autonomie et la batterie des véhicules électriques. Parce qu’il n’y a rien de mieux que les cas pratiques.

Partir de Paris jusqu’à Montpellier en électrique

Quitter la région parisienne en plein chassé-croisé d’août avec une autonomie à plus de 90 % affichée à près de 500 kilomètres, c’est s’exposer d’emblée au syndrome de l’anxiété de la jauge. Le verdict est pourtant tombé sans appel dès les premiers tours de roue.

Et pourtant, je n’ai pas chômé : je suis partie de la région parisienne, pour rejoindre Poitiers et ses environs (Vienne), avant de faire un stop à Sarlat en Dordogne, Rocamadour et Saint-Cirq-Lapopie dans le Lot, et d’aller visiter le sud, soit Montpellier et Nîmes, puis d’y rallier Paris la dernière journée.

Source : Justine Pérou pour Frandroid

J’ai vu que le réseau de bornes et les habitudes de conduite se sont complètement métamorphosés.

Rouler en électrique : c’est chiant, vraiment ?

Je ne vais pas vous raconter chaque jour de mon périple, il était plutôt long et personnel, j’y écrirais des pages et des pages. Mais je vais vous narrer les plus grandes étapes lorsqu’on s’emmanche dans un tel projet, en tant que néo-électromobiliste. C’est comme ça qu’on dit ?

La première a été celle de m’habituer à ma monture. Manier un aussi gros SUV électrique n’est pas chose aisée pour ceux qui découvrent cette technologie tout juste à la veille d’un départ en vacances.

Avant donc de la côtoyer pendant deux semaines, j’avais à dompter une bête de 4,61 m et dotée d’une batterie de 81,4 kWh, donnée pour 530 kilomètres d’autonomie selon le cycle WLTP.

Kia EV5 // Source : Justine Pérou pour Frandroid

Le véhicule ne court pas dans la catégorie des poids plumes, donc. Certes, on sait qu’on n’achète pas une voiture électrique pour son dynamisme. Quoique au démarrage, on a de quoi être collé au siège, même avec cet engin de 2,3 tonnes.

On choisit plutôt ce type de véhicule pour son confort, son habitabilité, et son offre technologique. Quel plaisir de rouler une voiture électrique. Non ce n’est pas chiant, oui c’est amusant. On ne fait pas ici l’essai de la voiture, mais il est important de dire en premier lieu de ce récit qu’un SUV électrique est clairement taillé pour un road-trip en famille, sans que l’on s’ennuie au volant, ni à son bord.

Pour aller plus loin
J’ai roulé 1 800 km en Mercedes-Benz CLA Shooting Brake, et je trouve que cette voiture électrique n’a rien à envier au diesel

Pendant 15 jours, j’ai roulé sur des départementales et des nationales vers Poitiers, à haute vitesse sur l’A10, l’A20, en ville à Montpellier, j’ai freiné, tapé des pointes à -je ne vous dirai pas-, été trimbalée dans les virages de la vallée de la Dordogne comme empêtrée dans les bouchons parisiens. Pas de répit pour moi ni pour la voiture qui m’a été des plus agréables en toutes circonstances, je vous l’assure.

Kia EV5 – coffre // Source : Justine Pérou pour Frandroid

Et sincèrement, sur le ruban d’asphalte, le comportement routier surprend par son silence de fonctionnement et la reprise instantanée lors des dépassements. Ce n’est point un veau ! Un moteur électrique délivre 100 % de son couple immédiatement.

Conçu aussi bien pour le plaisir de conduire, avec de la puissance sous le pied, que pour le confort à bord, avec de l’espace plus qu’il n’en faut, ce type de modèle électrique semble l’équilibre parfait pour voyager au large, passagers comme bagages.

Préparer et planifier son trajet, vraiment ?

Je vais vous avouer un secret, je suis une « stressée de la vie », comme on dit. Partir seule en voiture électrique ne me faisait pas peur, mais pas clairement pas rêver non plus. L’angoisse de la panne sèche était bien réelle à la veille du départ.

Kia EV5 autonomie // Source : Justine Pérou pour Frandroid

Me voilà dans la peau d’un nouveau propriétaire de voiture électrique qui affronte son premier vrai long trajet avec un pack batterie et non plus un réservoir de carburant : ni une ni deux, j’ai utilisé un planificateur d’itinéraires comme Chargemap pour préparer mon voyage. Il en existe plein d’autres, comme ABRP, PlugShare, Ulys, Waze, Google Maps, etc.

Ce sont des outils intégrés à la voiture ou des applications qui calculent votre trajet en optimisant les temps de recharge sur votre parcours, et en fonction de vos besoins, si vous ne voulez pas arriver à sec à destination mais plutôt à 20% ou même 50% d’autonomie. Ils prennent en compte l’autonomie de votre véhicule, le trajet en lui-même, la météo et la disponibilité des bornes en temps réel. C’est de la personnalisation pure pour dicter le rythme sur la route.

Suivre le plan…

J’ai donc commencé par planifier mon premier voyage, de la région parisienne aux environs de Poitiers, pour arriver quand même avec 40 % d’autonomie dans mon petit village de prédilection.

Sur mes 3h30 de route prévues, chargée à 90 %, Chargemap m’a conseillé de m’arrêter sur l’aire de TotalEnergies de Sainte-Maure-de-Touraine sur l’A10, afin de ravitailler ma monture de 15 à 50 % sur une borne de 175 kW DC à un coût de 18,85 euros. Assez rassurée, je pensais évidemment suivre le plan. Mais l’application n’est pas infaillible.

Kia EV5 – trappe et recharge // Source : Justine Pérou pour Frandroid

Quelques dépassements ou des freinages entraînant d’autres accélérations, ces planificateurs ne prédisent pas souvent les embouteillages, les zones de travaux ou les chauffards… ce qui fait que j’ai dû recharger mon SUV deux fois.

Pourquoi ? Sûrement par stress… Mais au fur et à mesure des étapes de mon voyage, j’ai appris à ne plus paniquer : il y a des bornes absolument partout ! Sur chaque aire, et même sur des aires de services sans commodité, sur les parkings des fast-food ou au sommet de petits villages perchés je ne sais où, il y a de quoi faire le plein.

Pour aller plus loin
L’IA de Google Maps va totalement changer les longs trajets en voitures électriques pour plus de 350 modèles grâce au planificateur d’itinéraire

Pour tout vous dire, j’étais presque à sec sur la route qui m’emmenait de Souillac à Saint-Cirq-Lapopie (1h10) dans le Lot. Heureusement, mon application indiquait une borne de recharge au village niché en haut de la vallée, ma destination finale.

Borne de recharge Allego // Source : Justine Pérou pour Frandroid

Arrivée à 6 % de batterie restants, j’ai eu une petite frayeur — c’était ma seule option — mais j’ai pu me brancher l’esprit tranquille le temps de visiter le village pendant 3 ou 4 heures.

Moins de bornes en panne

Et qui plus est, les bornes sont moins en panne que ce que l’on peut croire. Si quelques-unes restent encore un peu capricieuses, le réseau de bornes de recharge s’est considérablement amélioré, offrant une expérience bien plus fluide aujourd’hui.

Borne 400 kW // Source : Justine Pérou pour Frandroid

D’après l’Avere, la France franchissait le cap des 200 950 points de recharge publics fin août, soit une hausse de 13 % en un an. Des infrastructures de plus en plus fiables, avec un taux de disponibilité technique de 90 % et 94 % d’accès immédiat.

Cette rotation fluide s’est ressentie, malgré la forte affluence estivale, pas de file d’attente monstrueuse -j’ai attendu une fois 10 petites minutes, c’est tout-, voire inexistante souvent, et pas de tension entre les conducteurs, que dans les voitures ! D’ailleurs, les plus hautes puissances continuent de se déployer, les plus de 250 kW et les ultra-rapides fleurissent à vue d’œil.

Attente borne de recharge // Source : Justine Pérou pour Frandroid

La morale de cette histoire, c’est que j’ai rapidement laissé tomber tous ces planificateurs de trajets. Finalement, anticiper chaque kilomètre et surveiller la jauge en permanence ne faisait qu’alimenter mon anxiété.

Aujourd’hui, il est facile de partir en voiture électrique l’esprit léger, en fixant simplement son cap, et lorsque la batterie commence à baisser ou que l’envie d’une pause café se fait sentir, on s’arrête à la première station venue. Exit le casse-tête logistique, l’angoisse de la panne n’est qu’un lointain souvenir de débutant.

Pour aller plus loin
« Je devais arriver pour le déjeuner » : l’erreur de recharge qui a piégé François Lenglet en voiture électrique sur RTL

Une autre façon de conduire

Autre crash-test de la réalité : la conduite. Voyager en voiture électrique demande simplement d’accepter de rouler différemment, à un rythme souvent plus apaisé. Logique, car plus j’ai écrasé l’accélérateur, plus j’ai tiré sur l’énergie.

C’est vrai, l’aérodynamique pèse lourd au-delà de 110 km/h et le 130 km/h impacte nettement l’autonomie, mais le phénomène est souvent exagéré. Il existe bien des modes de conduite Éco, le frein régénératif ou encore des appli d’éco-conduite pour optimiser son trajet. Mais franchement, je n’ai pas eu à réapprendre à conduire non plus, juste à lever le pied sur l’autoroute pour éviter de voir la batterie descendre en flèche !

Affichage borne de recharge // Source : Justine Pérou pour Frandroid

Et pour la climatisation qui détruirait l’autonomie ? C’est faux ! Oubliez le souvenir des premières citadines d’il y a dix ans, d’autant que le préconditionnement est désormais démocratisé. En pratique, il ne faut que 1,3 à 1,5 kW pour garder l’habitacle frais, soit à peine 2 % de batterie ou 8 km d’autonomie en moins par heure, même avec la clim à fond.

Sur autoroute, cette consommation est complètement noyée dans l’énergie absorbée par le moteur pour fendre l’air. Crever de chaud en coupant la clim ne me ferait gagner que quelques kilomètres symboliques. Je ne m’en suis donc pas privée en pleine canicule, même au retour de la plage ! En comparant mes trajets quotidiens, la différence est imperceptible. Résultat : j’ai roulé au frais sans culpabiliser, en me contentant de lever le pied pour préserver mon autonomie.

Les allers-retours à la borne

Le vrai « ennemi » de l’autonomie, c’est la vitesse, ce qui a renforcé les allers-retours à la borne. Et là, il est temps de sortir les chiffres et la calculette. Cet été, j’ai donc roulé plus de 2 500 kilomètres au volant de mon Kia EV5 électrique, ce qui m’a conduit 16 fois aux bornes, effectuant 7h30 de recharge (lente, rapide et ultra-rapide chez Engie, Allego, Izivia, Zunder, TotalEnergies, etc) au total pendant mes vacances. Il est vrai que j’ai dû réorganiser mon temps, avec des arrêts d’environ 25-30 minutes pour atteindre ce fameux indicateur de 10 à 80 %.

Carte de recharge // Source : Justine Pérou pour Frandroid

Ma voiture a eu besoin d’utiliser environ 455,8 kWh des infrastructures pour une facture totale de 265,60 euros, pour un taux moyen de 0,58 centime du kWh (alors que la recharge à domicile à 11 kW est plutôt facturée 0,20 euro et autour des 0,70 euro sur l’autoroute sans abonnement).

Kia EV5 borne de recharge // Source : Justine Pérou pour Frandroid

Des chiffres assez conséquents, mais rappelons que je me suis mise dans la peau d’un conducteur lambda nouveau propriétaire qui découvre la vie en électrique.

Je n’ai en aucun cas lésiné sur la recharge ni sur le coût, je suis allée au plus rassurant pour moi et au plus pratique, quand j’en avais envie et au besoin. L’important n’était pas d’aller à tout prix à l’économie, alors que ce montant est facilement divisible par deux en privilégiant les bornes classiques, voire la recharge à domicile.

Pour aller plus loin
« Un plein à 10 euros » : Lidl casse le prix de sa recharge électrique, c’est le tarif le moins cher de France

Bon, ce qui est regrettable, c’est que les tarifs de recharge peuvent varier du simple au triple selon les opérateurs ou en fonction du mode de paiement (cartes bancaires, QR codes, abonnement, applications mobiles, etc).

Totem prix Engie // Source : Justine Pérou pour Frandroid

De plus, ils ne sont pas toujours affichés sur les totems et on ne se rend compte du prix total de sa recharge qu’en recevant la facture si on fonctionne par abonnement. Il faut rapidement remédier à cette opacité tarifaire inacceptable. Ceci est un autre sujet.

Pour aller plus loin
Une « loterie » : la jungle des prix de la recharge des voitures électriques dénoncée par cette étude

Le bilan de la route du Soleil en électrique

J’ai apprécié rouler en voiture électrique, et avec tout ce que j’ai vécu entre gros débits de recharge et confort ouaté, reprendre le volant d’un modèle thermique me semblerait bizarre.

Finis les cauchemars logistiques d’antan. Si l’exercice demande un minimum d’anticipation et peut-être l’usage des bonnes applications de paiement et d’éco-conduite, et que le déploiement massif de stations de recharge ultra-rapides change radicalement la donne, rallier la Méditerranée en traversant la France s’effectue aujourd’hui sans mauvaise surprise majeure.

Affichage borne de recharge // Source : Justine Pérou pour Frandroid

On ne s’arrête plus par obligation de panne sèche imminente, mais pour caler les pauses physiologiques sur les temps de charge. La voiture électrique a définitivement validé son billet pour les grands départs en vacances.


Certains liens de cet article sont affiliés. On vous explique tout ici.

Recherche IA boostée par
Perplexity