Air France connectée par SpaceX : pourquoi il n’existe aucune alternative crédible en Europe

 
Elon Musk qui tweete « Très bon » en français, c’est l’image de la semaine. Air France généralise le Wi-Fi Starlink dans ses avions et la classe politique s’insurge au nom de la souveraineté. Le problème ? Air France n’avait pas vraiment le choix.
Source : Frandroid

Elon Musk parle français. Son « Très bon » posté sur X pour féliciter Air France a fait le tour du web. Mais derrière ce tweet satisfait du patron de SpaceX, c’est toute une polémique franco-française qui a explosé.

D’un côté, une décision commerciale d’Air France : offrir du Wi-Fi gratuit et rapide à tous ses passagers Flying Blue. De l’autre, des politiques et souverainistes qui hurlent au scandale, accusant la compagnie nationale de snober les solutions européennes comme Eutelsat.

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La réalité ? Elle est plus cruelle pour notre orgueil européen. Air France se retrouve au cœur d’une tempête politique alors que la compagnie aérienne a simplement pris la seule décision rationnelle possible pour ne pas se faire distancer par Qatar Airways ou Delta. Starlink n’est pas juste une option parmi d’autres. Fin 2025, c’est la seule option viable.

La claque technique : pourquoi Starlink écrase tout

Comparer l’offre actuelle de Starlink avec celle des acteurs historiques du satellite, c’est comme comparer la fibre optique avec l’ADSL de campagne.

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Le secret réside dans l’altitude. Les concurrents historiques (comme Viasat ou les anciennes offres Eutelsat) utilisent des satellites géostationnaires (GEO). Ils sont perchés à 36 000 km de la Terre. Le signal doit faire l’aller-retour. La latence (le « ping ») est affreuse, souvent supérieure à 600 ms. Impossible de passer un appel WhatsApp fluide et surtout de jouer en ligne. C’est suffisant pour faire un peu de web.

Starlink, c’est de l’orbite basse (LEO). Ses 7 600 satellites (chiffre fin 2025) orbitent à environ 550-600 km. La physique est simple : le signal voyage 60 fois moins longtemps.

Concrètement ? Avec Starlink, tout l’avion peut streamer en même temps. Avec les anciennes technologies, vous luttez pour charger un e-mail. Air France ne pouvait pas se permettre de proposer une expérience dégradée face à des concurrents américains et du Golfe déjà équipés.

Le mythe de l’alternative européenne

C’est là que la polémique devient gênante. Les critiques affirment qu’Air France aurait dû choisir Eutelsat OneWeb ou attendre la constellation européenne IRIS².

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C’est vrai, OneWeb est bien une constellation en orbite basse (LEO). Mais elle a été conçue pour le B2B, avec une capacité totale bien inférieure à celle de SpaceX et des terminaux souvent plus coûteux et complexes à intégrer sur des fuselages existants. Eutelsat, qui a fusionné avec OneWeb, propose des solutions hybrides (GEO + LEO), mais la fluidité de l’expérience utilisateur n’atteint pas encore la simplicité du « plug & play » de Starlink.

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Quant à IRIS², le projet de constellation souveraine de l’UE ? C’est un projet de papier. Le déploiement ne sera pas significatif avant 2030. Air France doit équiper ses avions maintenant. Demander à une entreprise privée (l’État française ne possède que 28 % d’Air France-KLM) d’attendre 5 ans par « patriotisme » pendant que ses clients partent chez la concurrence, c’est du suicide commercial.

Les données : le vrai point noir

Si la critique technique est infondée, la critique sur les données est légitime. En faisant passer tout le trafic de ses passagers par des satellites américains et des stations au sol contrôlées par une entreprise US, Air France expose théoriquement ses données au Cloud Act américain.

Est-ce que Elon Musk peut lire vos mails ? Non, le trafic est chiffré (HTTPS). Est-ce que les métadonnées intéressent la NSA ? Probablement. Est-ce que Elon Musk pourrait couper le robinet si la France fâche Trump ? C’est le risque de la dépendance. Comme il l’a fait en Ukraine.

C’est le prix à payer pour avoir raté le virage technologique il y a dix ans. On ne construit pas une souveraineté en obligeant nos champions nationaux à utiliser des produits inférieurs. On la construit en investissant massivement pour avoir des produits compétitifs.

L’intégration de Starlink chez Air France est déjà en cours : 30 % de la flotte Air France est équipée. D’ici l’été 2026, ce sera la majorité des long-courriers. Pour le passager, c’est une excellente nouvelle : le Wi-Fi devient gratuit (il suffit de s’inscrire à Flying Blue), rapide et stable.


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