Google a sorti aux Etats-Unis son nouveau Pixelbook, un Chromebook qui réclame tout de même 1000 dollars. Après l’avoir utilisé toute une semaine, on est toutefois loin de le comprendre.

Google Pixelbook

Google a décidé de devenir un constructeur sérieux sur le marché de la high-tech. Fini le temps des ententes avec divers partenaires, finis les Nexus et leur volonté d’aider les développeurs.

Place désormais à la nouvelle gamme Pixel — en omettant la Pixel C –, qui depuis un peu plus d’un an tente de se faire une place en commençant par le marché américain. Mais les Google Pixel 2 et 2 XL ne sont pas seuls concernés : le Pixelbook, présenté du même temps lors de la conférence Ask More de fin 2017.

Si l’objet en lui-même nous avait séduits lors d’une première prise en main rapide, j’ai pu l’utiliser plus amplement cette semaine. De cette expérience me reste une question : pourquoi diable cet appareil cherche tant à viser le haut de gamme ?

Le Pixelbook profite d’une finition irréprochable

Impossible de le nier pourtant : le Google Pixelbook est incroyablement séduisant. À peine sorti de sa boîte, l’ordinateur portable créé de toute pièce par le géant américain met sa petite claque.

On apprécie d’emblée le fait qu’il reprenne les grandes lignes de design des téléphones Pixel, avec son châssis en aluminium dont la partie supérieure est occupée sur chaque face par un rectangle de verre de teinte différente.

Ses formes, très arrondies aux charnières, mais tranchantes sur les bords, respirent bon la solidité et la précision. Le Pixelbook est simplement magnifique et aura donné à mon fidèle Razer Blade Stealth des airs d’ordinateur d’un ancien temps.

Les ordinateurs dits « deux en un », capables de se replier sur eux-mêmes, peuvent parfois inquiéter de par le nombre de mouvements qu’ils doivent encaisser. Toutefois, je n’ai jamais eu cette appréhension à l’utilisation : la charnière offre une sensation de solidité rassurante, qui tend à faire oublier la possibilité d’un grand drame.

Par ailleurs, l’appareil est particulièrement bien pensé dans cette idée de le replier sur lui-même. Les repose-poignets en silicone deviennent naturellement des patins sur lesquels l’écran se repose, et inversement.

Un ordinateur tablette ou une tablette ordinateur ?

Malgré ce soin apporté à sa fabrication, et qui saute aux yeux dès lors qu’on peut y poser les mains, quelques petits détails matériels viennent petit à petit ternir l’expérience. Les haut-parleurs, au son particulièrement plat, sont par exemple placés en dessous du clavier.

Un placement bien pensé en mode ordinateur portable, mais crispant en mode tablette. Que ce soit en mode « tente » ou intégralement replié sur lui-même, l’expérience sonore est véritablement gâchée dès lors que les haut-parleurs envoient leurs vibrations à l’opposé de votre écoute.

À l’inverse, le bouton d’allumage (verrouillage ?) placé sur la tranche gauche, en dessous des boutons de volume, se retrouve facilement en utilisant ses réflexes acquis des tablettes… mais devient vite source de frustration en mode ordinateur.

Sans compter naturellement le fait de sentir un clavier sous ses doigts, « défaut » commun à tous les appareils deux-en-un. Et si son poids de 1,1 kg est plus qu’appréciable pour un ordinateur portable… il se ressent en mode tablette. Faire reposer la tranche de l’appareil sur mon buste, tranquillement allongé dans mon lit, était un peu trop littéralement à couper le souffle.

L’écran à ratio 3:2, fausse bonne idée

Ces petits détails ont su ternir ce que j’accueillais pourtant de prime abord avec entrain, amateur comme je le suis des Chromebook. On pourrait toutefois imaginer passer au-dessus de ces petits points pour profiter de l’expérience centrale de l’appareil : son écran.

Sur ce point, Google vaut bien son prix. La dalle de 12,85 pouces de diagonale intégrée est suffisamment lumineuse et contrastée pour être dans les canons du haut de gamme sur ce secteur.

Le problème réside dans un choix étonnant : sa forme. Google a choisi un écran à ratio 3:2, représentant un compromis entre le 4:3 et le 16:9. La marque met en avant un surf plus agréable sur internet grâce à cela, plus d’informations étant affichées à l’écran.

À croire que Google a encore une fois voulu viser le meilleur des deux mondes. Résultat ? Les défauts des deux ratios sont amplifiés. Le fait est que le Web comme les applications s’organisent depuis des années autour des écrans 16/9ème et des smartphones en mode portrait.

Lorsque l’on visite une page web en ordinateur portable, l’apport est si minime qu’il n’est pas ressenti. Mais lorsque l’on utilise la tablette en mode portrait, ou que l’on cherche à regarder une vidéo en mode paysage, apparaissent sur les côtés des espaces vides comblés par des grands aplats de couleurs ou des bandes noires.

À pousser un changement que personne n’appelait de ses vœux, Google n’a fait que ternir une expérience pourtant optimisée depuis des années. Pire : à ces bandes s’ajoutent des bordures prononcées autour de l’écran, qui auraient été excusables pour une meilleure prise en main si elles ne se rajoutaient pas au problème explicité précédemment.

Chrome OS doit rester Chrome OS

Depuis que le Chromebook est Chromebook, ses détracteurs sont les premiers à pointer du doigt le manque de possibilités de Chrome OS. C’est pour moi manquer d’imagination, puisqu’il n’a jamais eu pour ambition de jouer la compétition avec Windows ou Mac OS, mais de montrer un chemin différent.

Plus précisément : celui du cloud et des applications web. Et il faut reconnaître que pour monsieur et madame Michu, qui ne souhaitent que consulter leurs mails et trouver des recettes sur Marmiton, c’est absolument parfait.

Vient alors l’intégration du Google Play Store et des applications Android, attendues depuis longtemps pour rendre ces ordinateurs plus viables hors-ligne. Avec son écran tactile et ses capacités deux-en-un, le Pixelbook doit évidemment en être un champion. Particulièrement alors qu’il profite d’un Core i5-7Y57 et 8 Go de RAM dans la version que j’ai pu utiliser, garantissant des performances tout de même au-dessus du lot des Chromebook disponibles actuellement.

Il est évidemment agréable de retrouver cet univers applicatif dans son intégralité, même si l’on sent que l’optimisation manque pour véritablement profiter au maximum des capacités du SoC Intel. Des petits ralentissements peuvent apparaître çà et là sur certaines applications que l’on ne retrouve pas sur mobile.

Mais c’est surtout leur intégration dans l’OS qui laisse à désirer, du fait de l’existence de nombreux doublons. YouTube et Google Play Musique peuvent par exemple aussi bien se lancer en tant qu’application web qu’en tant qu’application Android, ce qui provoque l’existence de deux applications dans la liste du système.

Pire, leur comportement n’est pas logique. Mettre une vidéo en plein écran sur YouTube version web cachera naturellement la barre des tâches. Sur la version Android ? La barre reste, même en mode tablette. Autant utiliser constamment la version web ? Non, puisque l’explorer en mode tactile est plus que frustrant, le clavier ayant la fâcheuse tendance à rester affiché.

L’intégration de Google Assistant, spécifique à ce Pixelbook pour le moment, est bienvenue, mais n’est pas transcendante pour autant. Il s’agit de l’exact même assistant que celui disponible sur smartphone, avec les forces et faiblesses qu’on lui connaît.

Quelle est la raison de vivre de ce Pixelbook ?

Vous l’aurez compris, ce Google Pixelbook m’aura donné l’impression de prendre en main pendant une semaine l’ordinateur de Frankenstein. De son matériel à son logiciel, on sent que le constructeur a voulu pouvoir répondre à toutes les utilisations… et s’est perdu en chemin.

Un excellent ordinateur portable ne fera jamais une excellente tablette, et inversement, sans que la fusion entre matériel et logiciel soit parfaite. Du côté matériel, on peut considérer que la gamme Surface de Microsoft a énormément fait avancer les choses.

Mais du côté logiciel, Google est le développeur le mieux placé pour réussir sa formule. Avec le Pixelbook, il semble surtout montrer qu’il n’a aucune idée de comment réaliser ce tour de passe-passe.

En résulte l’un des appareils bâtards les mieux construits qu’il m’ait été donné d’utiliser. Google a créé là un cas particulier : un appareil censé être le fer de lance de toute une gamme, mais qui la dessert plus qu’elle ne l’aide.

Le Pixelbook ne vaut 1000 dollars que dans l’idée

Car voyez-vous, tous ces petits traits étranges peuvent être pardonnés aux alentours de 200-300 euros. Cette fourchette de prix fait alors ressortir le meilleur de l’écosystème : sa rapidité et sa facilité d’utilisation, en prime de sa consommation d’énergie extrêmement basse permettant une autonomie record.

Mais à 1000 dollars, le Pixelbook semble vouloir déclarer que son OS est prêt à faire face aux MacBook et Surface Laptop de ce monde. Et si cela n’est pas son but, en ressort une impression d’orgueil d’un produit qui a encore besoin d’évoluer pour être véritablement attrayant sous cette forme deux-en-un.

À ce prix, l’expérience se doit d’être irréprochable. Ayant à peine implémenté les applications Android, et semblant avoir poussé Chrome OS à se plier aux envies des utilisateurs sans forcément considérer ce qu’il adviendrait, Google n’est tout simplement pas prêt.

Pire, le Pixelbook laisse à penser que le constructeur ne sait pas quelle direction prendre, alors même que les utilisateurs s’approprient petit à petit la plateforme et comprennent son intérêt sur le long terme. Si d’ordre général, il était attendu qu’il ne soit pas un bon rapport qualité/prix, je ne m’attendais pas à ce qu’il me fasse autant questionner un système que j’aime. Un comble pour un appareil vitrine.

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