« Bitcoin encourage les énergies renouvelables », l’idée folle de Jack Dorsey et Elon Musk

 

L'énergie gargantuesque nécessaire au bon fonctionnement de la blockchain de Bitcoin pourrait-elle favoriser le déploiement des énergies renouvelables ? C'est en tout cas ce que semblent penser Jack Dorsey (Twitter, Square) et Elon Musk (Tesla, SpaceX).

Bitcoin, la plus célèbre des cryptomonnaies

Le Bitcoin est une aberration écologique. Pour se départir des banques centrales, la plus célèbre des monnaies virtuelles repose sur un système de blockchain et de proof of work nécessitant une quantité considérable d’énergie pour fonctionner. Si l’idée est socialement intéressante, elle représente une hérésie écologique à l’heure où chaque économie est comptée. Et pourtant, selon certains grands noms de la Tech, l’existence de cette cryptomonnaie pourrait favoriser le développement des énergies renouvelables (EnR) et ainsi jouer en faveur de la transition énergétique.

Le Bitcoin et l’écologie

Tout d’abord, rappelons comment fonctionne le Bitcoin dans ses grandes lignes. Il s’agit d’une monnaie décentralisée, se passant des banques et autres grands organismes financiers pour fonctionner et noter les nombreuses transactions à travers le monde. Pour cela, cette cryptomonnaie — comme beaucoup d’autres — repose sur le principe de minage et de « preuve de travail » (ou proof of work en anglais).

Simplifions les choses. Chaque échange de Bitcoin est noté dans le registre virtuel qu’est la blockchain, permettant ainsi de déterminer à tout moment qui détient quel Bitcoin. Ce sont les mineurs qui s’occupent de tenir à jour ce registre en échange de récompenses sous forme de Bitcoin (ou plutôt de Satoshi, nom donné à 0,000 000 01 Bitcoin). Bien sûr, de nombreuses sécurités sont mises en place pour rendre ce registre infalsifiable et pour attribuer correctement les récompenses aux mineurs ayant contribué au bon fonctionnement du réseau, mais pour cela, les mineurs doivent fournir une preuve de leur travail sous forme de résultat d’un calcul extrêmement complexe demandant une grande quantité de puissance informatique.

La gamme GeForce RTX 3000

La gamme GeForce RTX 3000 // Source : Nvidia

Cette puissance informatique représente un coût. Un coût matériel tout d’abord, puisque les mineurs utilisent généralement de puissantes cartes graphiques pour réaliser un maximum de calculs (entrainant régulièrement des pénuries), mais aussi un coût énergétique puisque ces cartes graphiques nécessitent de l’électricité pour fonctionner. Or, dans le monde, l’électricité est en grande partie générée par des énergies fossiles, générant des émissions de CO2.

Selon certaines études, le fonctionnement du Bitcoin nécessiterait à peu près autant d’énergie que l’alimentation en électricité de la Norvège ou de l’Argentine. Il s’agit bien évidemment d’une approximation, mais cela donne une échelle de grandeur.

Et si le Bitcoin pouvait être bénéfique à l’environnement ?

Donc oui, le Bitcoin est une aberration écologique. Mais pourrait-il servir la cause de la transition énergétique ? C’est en tout cas ce qu’imagine Square, une entreprise américaine spécialisée dans le paiement électronique montée par Jack Dorsey (le créateur de Twitter), dans un livre blanc publié récemment.

L’idée derrière cela est que le marché tend naturellement vers l’économie pour faire plus de profits. C’est le cas par exemple de nombreux data centers qui améliorent leurs technologies afin de consommer moins d’énergie — et par conséquent réduire leur impact environnemental — malgré une hausse de la demande pour des raisons strictement pécuniaires. De même, le Bitcoin pourrait favoriser le développement des EnR.

Les énergies renouvelables comme le solaire ou l’éolien souffrent d’un problème de taille : leur dépendance aux conditions climatiques. S’il fait beau et qu’il y a du vent, beaucoup d’énergie sera générée, que la demande soit présente ou non. Et à défaut de stockage efficace, cette énergie se retrouve souvent perdue. À l’inverse, les EnR ont un avantage certain d’un point de vue capitaliste : elles coûtent bien moins cher à produire que les énergies fossiles.

Un champ d’éoliennes

Un champ d’éoliennes // Source : Stravasniper via Unsplash

Imaginons maintenant qu’un monde idéal ne fonctionne qu’avec des énergies renouvelables. Pour soutenir les périodes où la demande d’énergie est au plus haut, il faudrait de très nombreuses éoliennes et autres panneaux solaires qui tourneraient dans le vide lors des heures « creuses ». Cette énergie, pourtant moins chère à produire, serait alors perdue, générant un manque à gagner pour les producteurs d’énergie.

Square y voit là une convergence particulièrement intéressante avec le Bitcoin, dont la charge est interruptible à volonté. Toute l’énergie excédentaire durant ces périodes pourrait en effet être revendue aux mineurs de Bitcoin, faisant de la cryptomonnaie un « complément idéal » à la génération d’énergie propre, créant ainsi des profits non négligeables pour les producteurs d’énergie. On pourrait ainsi voir apparaître des marketplaces de l’énergie où les mineurs s’arracheront à prix d’or cette énergie supplémentaire.

En partant de ce principe, la croissance du Bitcoin pourrait pousser les compagnies d’énergie à se tourner beaucoup plus rapidement vers les énergies renouvelables, non seulement pour des raisons écologiques, mais aussi pour des raisons pécuniaires beaucoup plus pragmatiques dans un environnement capitaliste concurrentiel, et ainsi favoriser la transition énergétique.

Une théorie qui fait débat

Cette théorie récente n’est bien sûr pas du goût de tout le monde. Si elle reçoit l’approbation de figures emblématiques du monde des cryptomonnaies telles que Jack Dorsey ou même le fantasque Elon Musk, d’autres n’y croient pas du tout.

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— Elon Musk (@elonmusk) April 22, 2021

Mati Greenspan, un chercheur dans le domaine des FinTech, décrit par exemple ce rapport comme « justifiant la consommation d’énergie massive du Bitcoin » et présage « une boucle rétroactive énergivore ». Selon lui, il ne s’agit pas pour Square de chercher des solutions que de « brosser un tableau optimiste sur l’impact positive [que le Bitcoin pourrait avoir] sur le secteur de l’énergie propre ».

Pourtant, un peu d’optimisme fait toujours du bien, surtout quand on imagine mal la folie du Bitcoin se tarir dans le bull run actuel ayant amené le Bitcoin à un sommet à près de 65 000 dollars, générant toujours plus d’échanges d’opportunistes venus grappiller quelques sous.

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