
La scène se passe à Kourou, en Guyane, mais les soupirs de soulagement se sont fait entendre jusqu’au siège d’Amazon à Seattle. Ce jeudi, l’Europe a envoyé dans l’espace sa toute première Ariane 64.
Pour les non-initiés, c’est la version « heavy » du lanceur européen, flanquée de quatre boosters à poudre. Une bête de somme capable de générer 15 400 kilonewtons de poussée au décollage.

Amazon est engagé dans une course contre la montre pour déployer sa constellation de satellites (Amazon Leo, anciennement Kuiper) et concurrencer le Starlink d’Elon Musk. Le problème ? Amazon n’a pas de fusée. Jeff Bezos possède bien Blue Origin, mais son lanceur New Glenn se fait attendre. Heureusement, l’Europe a pu l’aider.
Alors que les Américains de United Launch Alliance (ULA) subissent des déboires avec leur fusée Vulcan, victime d’une anomalie de booster jeudi matin même, l’Ariane 64 a livré une prestation parfaite. En moins de deux heures, elle a libéré 32 satellites à 465 km d’altitude.
Ariane 64 : le poids lourd qu’il nous manquait
Pour ce vol, Ariane 6 utilisait pour la première fois sa configuration maximale. Avec une coiffe allongée pour l’occasion, elle transportait 20 tonnes de charge utile. C’est quasiment la limite haute de ce que le lanceur peut encaisser. Mais c’est exactement ce dont Amazon a besoin pour rattraper son retard colossal sur SpaceX.

Il faut dire que la pression est maximale pour Jeff Bezos. La FCC (le régulateur américain des télécoms) impose à Amazon de déployer la moitié de sa constellation (soit environ 1 600 satellites) d’ici juillet 2026.

Amazon n’en a que 214 en orbite. SpaceX, de son côté, en compte déjà plus de 9 000 et revendique 9 millions d’abonnés. Le match semble déséquilibré, mais l’entrée en service d’Ariane 64 peut inverser la tendance.
Pour aller plus loin
Project Kuiper devient Amazon Leo, la riposte satellitaire d’Amazon face à Starlink
Ce succès ne doit pas faire oublier que l’Europe a elle aussi mangé son pain noir. Ce sixième vol d’Ariane 6 marque enfin la fin d’une période de disette où le vieux continent n’avait plus d’accès indépendant à l’espace. Avec 18 lancements réservés par Amazon sur Ariane 6, l’industrie spatiale européenne s’assure un carnet de commandes plein pour les prochaines années.
Le dilemme de Jeff Bezos
Le vrai problème pour Amazon, c’est la pénurie de lanceurs. Dans un document déposé récemment auprès des autorités, l’entreprise avouait une « pénurie de capacité de lancement à court terme ». Une humiliation pour Jeff Bezos, obligé de racheter des vols sur la Falcon 9 de son grand rival Elon Musk pour boucher les trous.
Arianespace apparaît donc comme l’alternative salvatrice. Le CEO David Cavaillolès n’a pas caché sa fierté : l’Europe a prouvé qu’elle pouvait gérer des missions de constellations à grande échelle. La suite ? Une cadence de tir qui devrait s’accélérer, avec un prochain lancement déjà prévu pour Amazon dans les semaines à venir.

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