
L’histoire commence presque comme une lettre de rupture. D’un côté, une Ford Mustang Mach-E, un SUV électrique américain tout ce qu’il y a de plus classique. De l’autre, la Xiaomi SU7 Max, une berline électrique bardée de technologies, qu’un ami de la journaliste du Wall Street Journal, Joanna Stern, a réussi à importer temporairement dans le New Jersey, aux États-Unis.
Après deux semaines d’essai, le retour à la réalité au volant de sa Ford a été brutal pour la journaliste. « Je n’arrête pas de penser à toi – à ta grande autonomie, ton intérieur modulaire, ton écran d’infodivertissement absurdement grand », écrit-elle en s’adressant directement à la voiture de Xiaomi.
Son récit vient confirmer une tendance lourde de l’industrie : l’avance fulgurante des constructeurs asiatiques sur la partie logicielle, l’intégration de l’écosystème et le prix.
Un smartphone sur roues (qui fonctionne vraiment)
Ce qui frappe immédiatement avec la SU7, c’est l’approche diamétralement opposée aux constructeurs traditionnels. Comme l’écrit Joanna Stern : « Le SU7 Max ressemble exactement à ce que l’on attend d’une entreprise technologique qui fabrique une voiture, et non d’un constructeur automobile qui fait de la tech. »
L’habitacle est dominé par un imposant écran de 16,1 pouces propulsé par HyperOS, le système d’exploitation maison basé sur Android. L’interface est d’une fluidité exemplaire, semblable à celle d’un smartphone haut de gamme récent. Et pour ceux qui s’inquiéteraient de la compatibilité, la voiture gère parfaitement Apple CarPlay, qui s’affiche en grand format sur la dalle centrale.

Mais la véritable leçon d’ergonomie donnée par Xiaomi réside dans la modularité. Depuis des années, des conducteurs se plaignent du tout-tactile imposé par des marques comme Tesla. Xiaomi a trouvé la parade en proposant une barre de commandes physiques optionnelle.
« Avec Xiaomi, vous n’avez pas à choisir », souligne Joanna Stern. « Ils vendent une fine barre de contrôle qui s’enclenche magnétiquement au bas de l’écran, vous offrant de vrais boutons physiques pour la musique et la climatisation. Les miracles existent. »

Le souci du détail va jusqu’à l’audio : les indications du GPS sont diffusées exclusivement dans les haut-parleurs intégrés à l’appui-tête du conducteur. La musique ou les podcasts continuent de jouer pour le reste des passagers sans être interrompus.
Et pour les familles, l’écosystème Xiaomi prend tout son sens : des tablettes tactiles se clipsent au dos des sièges avant pour contrôler la climatisation ou jouer, tandis que le constructeur propose des accessoires comme des micros de karaoké sans fil, des talkies-walkies et un mini-réfrigérateur intégré entre les sièges arrière.
Pour résumer cette intégration logicielle poussée à l’extrême, la journaliste lâche d’ailleurs cette comparaison pour le moins flatteuse : « C’est comme si Apple avait réellement construit la fameuse Apple Car et que tout… fonctionnait. »
Sur la route : efficacité et conduite autonome
Au-delà de l’aspect « centre commercial technologique », la SU7 Max se distingue par son comportement routier. La journaliste note que la berline navigue avec douceur et silence, tout en offrant un ressenti plus sportif que sa Ford Mustang ou que le Tesla Model Y qu’elle a pu tester par le passé.
Les systèmes d’aide à la conduite (ADAS) se sont montrés particulièrement convaincants. Sur ce point, le constat de la journaliste est sans appel : « La voiture a freiné, braqué et accéléré plus doucement que ma Ford Mustang Mach-E. Je l’ai particulièrement remarqué dans le Holland Tunnel, un scénario que j’ai vécu de nombreuses fois dans ma Mustang. »

Du côté de l’autonomie, les données chiffrées sont solides. Xiaomi annonce 810 kilomètres sur une seule charge pour la SU7 Max (selon le cycle d’homologation chinois CLTC, généralement plus optimiste que notre norme WLTP européenne, ce qui donne concrètement plus de 600 km réels). Lors d’un trajet de 80 kilomètres (50 miles) par un froid glacial (des conditions qui font généralement fondre l’autonomie des batteries), la voiture n’a consommé que 30 % de sa batterie.
« Le gorille de 300 kilos de l’industrie »
Cette démonstration de force technologique explique la panique actuelle des constructeurs historiques. Dans son article, Joanna Stern cite Jim Farley, le PDG de Ford, qui confiait récemment, après avoir lui-même conduit une SU7 et refusé de s’en séparer : « La réalité concurrentielle est que les Chinois sont le gorille de 300 kilos de l’industrie des véhicules électriques. Il n’y a pas de véritable concurrence de la part de Tesla, GM ou Ford face à ce que nous avons vu venir de Chine. »
Pour aller plus loin
« Fantastique » : le patron de Ford tombe amoureux de cette voiture électrique chinoise et ne veut plus la rendre
Le résumé de la journaliste américaine est d’ailleurs lapidaire : « Bordel, la Chine est en train de gagner la course aux voitures électriques. »
Le coup de grâce vient évidemment du prix. « En Chine, son prix de lancement a débuté à 299 900 yuans, ce qui équivaut à environ 43 000 dollars, soit dans la même fourchette qu’un Tesla Model Y. Pourtant, l’expérience Xiaomi semble plus premium », assène-t-elle.
Si l’on sait que la Chine parvient à produire ses voitures environ 40 % moins cher qu’en Europe grâce à une maîtrise complète de la chaîne d’approvisionnement (notamment sur les batteries) et des subventions massives, la qualité du produit fini reste bluffante.
Chez Frandroid, nous avons d’ailleurs fait le même constat lors de notre prise en main de la nouvelle YU7 ou lors de notre récent essai de la radicale SU7 Ultra de 1 500 chevaux.
Vers une arrivée aux États-Unis (et en Europe) ?
Pour l’heure, la Xiaomi SU7 est bloquée aux portes du marché américain. Des droits de douane de 100 % frappent les véhicules électriques chinois, couplés à des restrictions fédérales sur les technologies embarquées pour des raisons de sécurité nationale.
Pourtant, la situation pourrait évoluer. Des experts du secteur, comme Michael Dunne, PDG du cabinet Dunne Insights, l’affirment : « Vous aurez absolument une voiture comme la Xiaomi SU7 ici – ça ne fait aucun doute. »
Cette arrivée ne se ferait pas par l’importation, mais par l’implantation d’usines chinoises directement sur le sol américain ou mexicain. Comme le rappelle l’expert cité dans l’article : « Les constructeurs chinois sont préparés et prêts à bondir dès que la porte s’ouvrira – et cette porte ne s’ouvre pas par le biais des importations, mais par la fabrication sur place. »

C’est d’ailleurs exactement ce qui se passe en Europe : le Vieux Continent a mis en place des droits de douane punitifs pour les constructeurs chinois. La réponse ne s’est pas faite attendre : ceux-ci installent des usines en Europe pour passer outre ces droits de douanes. Xiaomi est censé démarrer la commercialisation de ses voitures électriques en Europe dès 2027. Certains modèles roulent déjà en France, via l’importation.
En attendant, Joanna Stern conclut son essai sur une note d’espoir pour sa nouvelle berline préférée : « Je t’attendrai, Xiaomi. Nous serons de nouveau ensemble un jour. » Un avertissement clair pour les constructeurs occidentaux : le public est prêt pour ces nouvelles voitures, il ne reste plus qu’à ce que les barrières commerciales tombent.
Pour aller plus loin
Après le solaire, l’automobile ? Ce rapport officiel met en garde contre un crash industriel de l’Europe face à la Chine
Mais l’industrie automobile européenne doit faire très attention, si elle ne veut pas que l’histoire de l’industrie du panneau solaire ne se répète. Avec, à la clef, de nombreuses faillites sur le Vieux Continent.
Si vous voulez recevoir les meilleures actus Frandroid sur WhatsApp, rejoignez cette discussion.





Ce contenu est bloqué car vous n'avez pas accepté les cookies et autres traceurs. Ce contenu est fourni par Disqus.
Pour pouvoir le visualiser, vous devez accepter l'usage étant opéré par Disqus avec vos données qui pourront être utilisées pour les finalités suivantes : vous permettre de visualiser et de partager des contenus avec des médias sociaux, favoriser le développement et l'amélioration des produits d'Humanoid et de ses partenaires, vous afficher des publicités personnalisées par rapport à votre profil et activité, vous définir un profil publicitaire personnalisé, mesurer la performance des publicités et du contenu de ce site et mesurer l'audience de ce site (en savoir plus)
En cliquant sur « J’accepte tout », vous consentez aux finalités susmentionnées pour l’ensemble des cookies et autres traceurs déposés par Humanoid et .
Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment. Pour plus d’informations, nous vous invitons à prendre connaissance de notre Politique cookies.