Ni Google, ni OpenAI : Cyclon dégaine le premier smartphone 100 % piloté par l’IA

Fin des applis ?

 
Deux ingénieurs, un hackathon gagné en mai et un ticket pour Y Combinator : Cyclon veut remplacer l’iPhone par un smartphone où l’IA utilise nos applications à notre place.

En 2009, Apple vendait l’iPhone avec un slogan qu’elle a fini par déposer : « There’s an app for that », il y a une application pour ça. Dix-sept ans plus tard, la promesse a été tenue au-delà du raisonnable. On a une application pour la banque, une pour le parking, une autre pour scanner un document qui nous inflige trois publicités avant d’enregistrer le PDF, une autre pour compter les calories de ses plats… Mais retrouver un contrat dans Drive, l’envoyer à un collègue sur WhatsApp puis l’appeler demande une bonne dizaine de gestes, trois applications et un copier-coller qu’on rate une fois sur deux. La startup Cyclon a choisi précisément cette scène pour sa démo, en la réduisant à une seule phrase dite à voix haute.

Cyclon se présente comme « un téléphone où l’IA est l’interface ». Son cofondateur Adam Zinebi l’a dévoilé ce lundi 2 novembre sur X, avec une ambition modeste : remplacer l’iPhone. La promesse tient en trois points : l’agent utilise les applications déjà installées avec nos comptes, il fabrique celles qui manquent et il exécute des tâches en arrière-plan pendant qu’on fait autre chose. On peut le réserver dès maintenant avec un acompte remboursable de 199 dollars (environ 180 €), à valoir sur un prix final estimé à 699 dollars hors taxes (environ 625 €). Le vrai téléphone Cyclon, avec un matériel maison, est attendu au deuxième trimestre 2027 et dépend encore d’une autorisation de la FCC, le régulateur américain des télécoms. En attendant, les premiers acheteurs américains reçoivent sans supplément, sous 30 jours, un Pixel 8a, un milieu de gamme lancé en 2024 à 549 euros chez nous, qui fait tourner Cyclon OS en guise de prototype.

D’un hackathon chez Y Combinator à un Android maison

L’équipe tient sur les doigts d’une main, et il en reste trois de libres : la fiche de l’entreprise chez Y Combinator affiche deux salariés, basés à San Francisco.

Adam Zinebi, le CEO, est passé par CentraleSupélec et l’EPFL, où il a étudié l’électronique et la miniaturisation du matériel, avant un poste chez Oracle et des travaux de recherche à Berkeley. Thomas Kiefer, le CTO, a travaillé sur Android chez Google après Stanford et l’ETH Zurich. Leur histoire commune démarre le 17 mai 2026, au Call My Agent Hackathon organisé dans les locaux de Y Combinator. Face à 91 équipes, ils décrochent la première place avec Drishti Jain grâce à Gavel, un agent à qui on écrit par SMS pour vendre un objet : il publie l’annonce, discute avec les acheteurs, négocie le prix et cale le rendez-vous. Le premier prix garantissait un entretien chez YC, et la société qui porte Cyclon s’appelle toujours TextGavel Inc.

Y Combinator, que tout le monde abrège en YC, est l’accélérateur le plus célèbre de la Silicon Valley. Fondé en 2005 par Paul Graham, Jessica Livingston, Robert Morris et Trevor Blackwell, il a vu passer Airbnb, Dropbox, Stripe ou Reddit. Le fonctionnement est rodé : quatre promotions par an, environ 1 à 2 % de candidats retenus, trois mois de programme à San Francisco et un Demo Day final devant des centaines d’investisseurs. Cyclon fait partie de la promotion d’automne 2026, baptisée « F26 », qui court d’octobre à décembre. Chaque startup admise reçoit 500 000 dollars (environ 445 000 €) : 125 000 dollars contre 7 % du capital, plus 375 000 dollars convertibles lors de la prochaine levée. C’est pour l’heure le seul financement connu de Cyclon. Chez YC, la startup est suivie par David Lieb, cofondateur de Bump passé ensuite par Google Photos.

Cyclon ne part pas d’une page blanche, et ses dépôts publics sur GitHub montrent comment l’équipe s’y prend. Cyclon OS repose sur LineageOS, la ROM Android alternative chère aux bidouilleurs, associée à microG, une réimplémentation libre des services Google Play. C’est d’ailleurs cette solution qui est utilisée sur les smartphones Huawei pour faire fonctionner les services Google.

L’agent navigue ensuite dans les applications comme on le ferait : il lit l’écran, tape et fait défiler, sans attendre que les développeurs lui ouvrent une porte dédiée. Quand une application manque, il écrit le code dans un bac à sable hébergé dans le cloud, le teste, le corrige puis l’installe comme une vraie application, à l’image du clone de CamScanner sans publicité exhibé par Adam Zinebi. Détail savoureux, les branches de code portent le préfixe « claude/ » et les relectures sont confiées à un autre modèle : le téléphone piloté par l’IA est lui-même en partie écrit par des IA.

Le cerveau, en revanche, ne loge pas dans le Pixel. La FAQ de Cyclon l’admet sans détour : pour exécuter une demande, le téléphone envoie à ses fournisseurs d’IA ce qui s’affiche à l’écran, nos messages ou notre position, sans dire de quels fournisseurs il s’agit. La mémoire de l’assistant est stockée sur l’appareil, mais ses passages utiles sont aussi envoyés quand une demande l’exige. Certains fournisseurs conservent ces données un temps limité pour détecter les abus. Ça cadre mal avec la réponse d’Adam Zinebi à un internaute, assurant que tout se passe « dans ta poche, pas dans un cloud ». Le choix de microG a aussi un coût que la startup reconnaît : sans certification Google, certaines applications de banque, de paiement ou d’entreprise risquent de refuser de fonctionner.

Agent OS : Google, Samsung et OpenAI sur les rangs

Ce que vend Cyclon porte un nom un peu barbare, l’agent OS. Aujourd’hui, le système d’exploitation d’un smartphone sert surtout à lancer des applications et à les isoler les unes des autres, à nous de faire le lien entre elles. Un agent OS inverse la logique : on formule une intention, et le système décide quelles applications ouvrir, dans quel ordre et avec quelles données. Les applications deviennent des briques qu’on ne regarde presque plus. Quand la brique n’existe pas, on la génère : n’importe quel chatbot récent crée déjà, dans le cloud, un petit outil ou un jeu à partir d’un prompt, et le Xiaomi 18 Pro permet de créer sa propre application pour l’écran arrière, en cinq minutes lors de notre test.

Crédits : Google / Frandroid

Google est le plus avancé des géants, et aussi le plus prudent. Depuis février, Gemini sait piloter des applications tierces sur les Galaxy S26 et Pixel 10, mais aux États-Unis et en Corée uniquement, et sur une poignée de services comme Uber, Lyft, DoorDash ou Starbucks. Gemini Intelligence, présenté en mai, étend l’idée à Android 17 avec l’automatisation entre applications et un outil « Créer mon widget », cousin de l’application générée par IA du Xiaomi 18 Pro, sans calendrier annoncé pour la France à notre connaissance. Samsung a fait du Galaxy S26 un téléphone multi-agents où cohabitent Bixby, Gemini et Perplexity, qu’on réveille d’un « Hey Plex ». Galaxy AI reste pourtant surtout une boîte à outils de retouche, de résumé et de traduction, dont les agents touchent aux applications maison et à quelques partenaires. On est loin d’un téléphone qui gère seul notre fil WhatsApp pendant une heure.

Deutsche Telekom a déjà tenté l’expérience en Europe. L’opérateur allemand présentait au MWC 2024 un concept de smartphone sans applications, conçu avec Qualcomm et Brain.ai, avant de lancer en 2025 ses T Phone 3 vendus comme « AI Phone ». L’assistant de Perplexity s’y lance d’un bouton dédié et utilise en arrière-plan les applications déjà installées.

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OpenAI vise la même cible avec infiniment plus de moyens. L’entreprise a racheté io, la startup de Jony Ive, pour environ 6,5 milliards de dollars en 2025, et aurait recruté environ 400 anciens d’Apple, selon la plainte déposée par la firme de Cupertino le 10 juillet. Apple y accuse notamment Tang Tan, aujourd’hui responsable du matériel chez OpenAI, d’avoir aidé à faire sortir des secrets industriels, ce qu’OpenAI conteste en réclamant l’abandon pur et simple des poursuites. Le premier appareil, attendu en 2027, serait une enceinte sans écran, et le téléphone capable de remplacer le smartphone viendrait plus tard. Cyclon dispose donc d’une fenêtre de tir tant qu’OpenAI n’a pas de téléphone à vendre.

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Encore faut-il pouvoir accéder aux applications. Sur Android, une simple application va déjà loin : Perplexity propose depuis janvier 2025 un assistant capable de commander un VTC ou de lancer une playlist sur Spotify. Google surveille toutefois de près les services d’accessibilité dont ces outils dépendent, et réserve ses accès les plus profonds aux applications système, Gemini en tête. Sur iOS, la porte est fermée, puisque Siri passe par des actions que chaque développeur doit exposer lui-même. Un Anthropic ou un Perplexity pourrait donc déployer un agent sur Android si Google le tolère, ou s’allier à un fabricant comme Perplexity l’a fait avec Samsung. Cyclon tente une troisième voie, celle du système maison, quitte à perdre la certification Google qui garantit que les applications tournent.

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Pour l’instant, Cyclon s’adresse à des premiers utilisateurs américains prêts à immobiliser 199 dollars et à essuyer les plâtres sur un Pixel 8a. Depuis la France, on peut réserver, mais le prototype n’est expédié qu’aux États-Unis et les pays de vente du téléphone final ne sont pas annoncés.

Cyclon laisse plusieurs questions sans réponse : les modèles d’IA utilisés, le coût de l’IA après la phase de test, l’autonomie, ou le respect des conditions d’utilisation de WhatsApp, sur lesquelles Adam Zinebi explique simplement que l’équipe « règle les détails ».

Deux personnes promettent un OS, un matériel maison et une homologation de la FCC pour le deuxième trimestre 2027, un calendrier qui a tendance à glisser dans le matériel. Cyclon parle d’ailleurs d’une simple estimation et promet de rembourser l’acompte en cas de retard. Petite ironie au passage : Rabbit vendait son R1 199 dollars (environ 180 €), Humane facturait son AI Pin 699 dollars (environ 625 €), et aucun des deux n’a convaincu. Les deux projets ont échoué. Parmi les messages enthousiastes qui ont fait décoller l’annonce, celui du leaker Ice Universe apparaissait d’ailleurs avec la mention « partenariat rémunéré ».

Crédit : Humane

Sur le fond, Cyclon a raison : un smartphone découpé en dizaines d’applications cloisonnées ressemble de plus en plus à un héritage de 2008, et un agent qui les fait travailler ensemble en est la suite logique. Sa démonstration va plus loin que ce que Google ose lancer, justement parce que deux ingénieurs n’ont ni réputation ni procès antitrust à ménager. Il lui faut maintenant prouver que ça tient hors d’une vidéo, sur des applications qui changent d’interface tous les mois. Si Cyclon y parvient, la startup tiendra quelque chose. Apple, Google, Samsung et les constructeurs chinois ne manqueront pas de s’en inspirer.


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