Les Huawei Mate 20 et Mate 20 Pro ont beau être d’excellents smartphones, ils ont fait un choix particulier : abandonner les cartes micro SD pour le format NM créé par Huawei. Celui-ci a la particularité d’avoir la taille d’une carte SIM, mais cela suffit-il à lui donner de l’intérêt ? Nous les avons testés.

Le constructeur chinois Huawei a frappé un grand coup sur cette fin d’année. Son Huawei Mate 20 Pro comme le simple Huawei Mate 20 sont deux très bons téléphones qui ont marqué les esprits dès leur présentation.

Il faut dire que nos tests ont montré tout l’intérêt de ces téléphones qui mettent en avant le savoir-faire gagné sur de nombreuses années de l’entreprise. Il existe cependant une ombre au tableau : ceux-ci n’acceptent plus les cartes micro SD, et mettent en avant de nouvelles cartes « NM ».

Qu’est-ce qu’une carte NM ?

Une carte NM (pour Nano Memory) est, comme les cartes micro SD classiques, un espace de stockage en mémoire flash qu’il vous est possible de rajouter à votre smartphone. Huawei promet un taux de lecture de 90 MB/s pour ces cartes, soit l’équivalent d’une carte SD classe 10 U1 classique.

Le principal intérêt de ces cartes est qu’elles ont… exactement le même format qu’une carte nano SIM actuelle. De ce fait, le tiroir servant à les accueillir est beaucoup plus petit : sur le Huawei Mate 20 Pro par exemple, ce tiroir est recto/verso.

Ce nouveau format est cependant propriétaire pour le moment, faisant que seul Huawei (ou plutôt son partenaire Toshiba) est capable de les produire actuellement.

Test de performance des cartes NM

Huawei nous a fourni une carte NM de 128 Go afin de pouvoir en tester les capacités. Un lecteur de carte en USB type C acceptant les micro SD autant que les nano SIM nous a également été prêté, pour une raison simple : les Huawei Mate 20 et Mate 20 Pro sont les seuls appareils compatibles avec ce nouveau format et n’acceptent pas les micro SD.

Pour les comparer, il nous fallait donc une plateforme commune. Cette clé USB a été branchée directement sur un Huawei Mate 20 Pro, tandis que le benchmark a été réalisé par A1 SD Bench (en configuration « accurate »). Nous avons également exécuté le benchmark avec la carte NM directement dans le téléphone, pour des résultats équivalents à la clé USB n’ayant donc pas besoin d’être commentés.

  Carte micro SD Carte NM
Lecture 98,61 MB/S 77,55 MB/S
Écriture 81,48 MB/S 89,41 MB/S

Nous avons donc comparés la carte de 128 Go qui nous a été fournie, promettant un taux de lecture à 90 MB/s, avec une carte Samsung de classe 10 U1 de 64 Go promettant sensiblement les mêmes performances. On peut observer que la carte micro SD classique est plus performante en lecture et moins en écriture, tandis que la NM a la tendance inverse.

Malgré tout, ces différences ne sont pas énormes et nous pouvons donc le dire : les cartes NM sont bien similaires à des cartes micro SD classe 10 U1. Du fait qu’il s’agit là des cartes micro SD les plus vendues actuellement, c’est une très bonne chose : les consommateurs ne perdront pas en performance sur ce nouveau format.

Y a-t-il vraiment un intérêt aux cartes NM ?

Plus petites, mais toutes aussi performantes : voilà comment résumer jusque là les cartes NM. La véritable question restante est donc finalement la plus importante : y a-t-il un quelconque intérêt à tout cela ?

Les Huawei Mate 20 ont perdu la possibilité d’utiliser les micro SD, un standard utilisé depuis des années et connu de tous, pour pouvoir les acquérir. Et pourtant, elles n’ont tout simplement aucun intérêt pour le consommateur final, bien au contraire.

Se renfermer sur un format propriétaire alors que les deux types de carte ont des performances équivalentes est dommage. De plus, Huawei tente ici de faire ce que Sony a fait par deux fois : avec le format Memory Duo, qui a réussi à vivoter grâce à ses appareils photo et sa PSP, et avec le format propriétaire de la PS Vita. Sur ces deux expériences, il est communément admis que cela n’aura fait que gêner l’utilisateur quelques années avant de disparaître dans les limbes.

Si vous achetez une carte NM, vous prenez tout simplement le risque que cette carte ne soit utile que pour ces deux modèles de smartphone, peut-être la génération suivante, et puis… retour aux cartes micro SD.

L’ambition de Huawei

Cependant, il n’est pas dit que cela soit le cas. Après tout, Huawei a une place importante dans l’industrie et peut tenter — je dis bien tenter — de lancer un mouvement de masse sur le marché à présent. Si ces cartes NM ont un intérêt industriel (gain de place pour les composants par exemple), elles pourraient bien être progressivement adoptées par d’autres constructeurs.

Mais rien n’est moins sûr. Un autre format soutenu par plusieurs constructeurs pourrait rapidement renverser la tendance par exemple, tandis que l’intérêt des cartes d’extension de mémoire de stockage est très souvent remis en cause aussi bien par les constructeurs que par les consommateurs.

De plus, les cartes NM ont d’ores et déjà du retard sur les cartes micro SD : seules les capacités de stockage 64, 128 et 256 Go ont été annoncées, alors que les cartes SD vont aisément jusqu’au 512 Go de nos jours… et sont accessibles absolument partout. De même pour la lecture et l’écriture, où une carte micro SD U3 sera d’emblée plus performante sans pour autant être inaccessible financièrement.

Trop cher, trop tard

Les cartes NM sont arrivées un peu après les Huawei Mate 20 Pro et Mate 20 en France. Aujourd’hui, on peut les retrouver en précommande chez certains revendeurs (LDLC notamment), mais une recherche rapide sur internet ne les font pas ressortir. Sur Amazon, elles n’apparaîtront que début/milieu décembre.

Surtout, le problème vient du prix : une carte NM de 128 Go réclame 79,95 euros. Pour une capacité et des performances équivalentes (voire supérieures), une carte micro SD réclame… 25 euros environ. C’est trois fois moins, pour essentiellement… mieux, mais en un peu plus grand.

Du point de vue du consommateur donc, il semble bien trop tôt pour sauter dans ce wagon qui semble plus être un coup d’esbroufe de la part de Huawei qu’une véritable nécessité de l’industrie et une évolution pérenne. On pourrait être surpris à l’avenir, mais mieux vaut savamment observer l’évolution de la situation pour le moment.