Intel se serait-il montré trop audacieux pour son propre bien ? D’après Bob Swan, CEO du groupe, les multiples reports consentis pour le procédé de gravure en 10 nm (très attendu) seraient notamment dus à des objectifs de conception trop « agressifs ».

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Durant la conférence Fortune Brainstorm Tech, tenue ce mardi à Aspen (Colorado), Bob Swan s’est exprimé sur le retard constaté pour la mise en branle effective du procédé de gravure en 10 nm. Ce node, qui fait aujourd’hui cruellement défaut à Intel dans sa lutte contre AMD, devait initialement arriver sur le marché à l’horizon 2016. D’après le CEO des bleus, les explications aux multiples reports accordés à la gravure en 10 nm seraient à chercher du côté d’objectifs de design et de conception trop agressifs.

Quand Intel paye son ambition

Pour l’intéressé, si la gravure en 14 nm++ est toujours utilisée faute de mieux, c’est parce qu’Intel a joué avec le feu en tentant d’accomplir à nouveau ce que la firme avait été « capable de faire par le passé, c’est-à-dire défier les pronostics (…), [mais] à une époque où cela devenait de plus en plus difficile ». D’après lui, et toujours à propos du nouveau procédé de gravure en 10 nm, Intel se serait « fixé des objectifs de plus en plus agressifs ». Une stratégie que l’ancien CFO d’Intel (aux commandes de l’entreprise depuis le départ de Brian Krzanich en juin 2018… d’abord en intérim, avant d’être nommé CEO en janvier dernier) semble regretter.

Aujourd’hui, la gravure en 10 nm est pourtant sur le point de se concrétiser avec la présentation en juin des premières puces Ice Lake pour laptops. Gravées avec ce nouveau procédé, elles doivent être complétées à l’horizon 2020-2021 d’une autre fournée de processeurs 10 nm, cette fois destinés aux ordinateurs de bureau. Entre temps, Intel devra faire avec ses puces Comet Lake (gravées en 14 nm+++, ultime affinage d’un node en fin de vie), pour ses Core de 10e génération — attendus début 2020 selon les derniers rapports.

Permettre à Intel de reprendre le dessus sur un AMD déchaîné

L’arrivée pour le moins libératrice des premiers processeurs 10 nm devrait permettre à Intel de reprendre le dessus sur un AMD déchaîné, mais aussi d’amoindrir l’importance des pénuries qu’il rencontre depuis maintenant des mois (surtout sur les CPUs d’entrée de gamme destinés, par exemple, aux Chromebooks, populaires outre-Atlantique).

À ce propos, et comme le note le site spécialisé Tom’s Hardware, le groupe a annoncé que ladite pénurie devrait être légèrement moins virulente sur ce troisième trimestre 2019.

Bob Swan, qui a eu la malchance d’arriver à la tête d’Intel en pleine période de crise, a aussi profité de la conférence Fortune Brainstorm Tech pour afficher son désir de « remettre l’entièreté de l’entreprise sur les rails » en recourant à « plus de vérité et de transparence ainsi qu’à une libre circulation de l’information » au sein du groupe.