Lidl fait rouler le premier camion de livraison sans cabine ni chauffeur

Le camion fantôme roule

 
Le 15 septembre 2026, Lidl et Einride ont mis en service en Hesse le premier camion sans cabine ni chauffeur de sécurité à rouler sur une voie publique allemande, dans une vraie tournée de livraison. L’autorité fédérale d’homologation, le Kraftfahrt-Bundesamt, a signé pour l’occasion une autorisation inédite dans le pays.

Des camions sans conducteur, on en a vu défiler des dizaines sur des circuits fermés. Là, c’est autre chose. Le camion autonome d’Einride roule entre un centre de distribution Lidl et un magasin de la ville d’Edermünde, près de Kassel, au milieu de la circulation. Pas de volant, pas de pédale de frein, personne dans un habitacle qui n’existe pas : l’engin est conçu dès le départ pour se passer d’humain à bord. C’est, selon Einride, une première mondiale.

Sans l’accord du Kraftfahrt-Bundesamt (KBA), l’agence allemande qui homologue les véhicules, rien de tout ça n’aurait été légal. L’autorisation, la première du genre outre-Rhin, a été délivrée le 14 août 2026 et court au moins jusqu’au 28 février 2027. L’Allemagne applique parmi les règles de sécurité routière les plus sévères du monde : obtenir un feu vert de niveau 4 là-bas, c’est un sérieux repère pour la suite.

Le périmètre, lui, reste minuscule. Le parcours fait 400 mètres, la vitesse est plafonnée à 25 km/h, et le camion embarque jusqu’à 15 europalettes de produits secs. Sur quatre mois, Lidl vise plus de 3 000 palettes livrées, avec jusqu’à trois rotations par jour. Le camion n’est pas seul pour autant : un « Local Operator » le suit dans un véhicule séparé et gère le chargement et le déchargement, sans jamais toucher à la conduite.

Niveau 4 : pourquoi la voie publique change tout

Le camion roule en SAE niveau 4. Concrètement, le système assure toute la conduite dans une zone et des conditions définies à l’avance, sans qu’un humain ait besoin de reprendre la main. C’est le cran au-dessus du niveau 3, où un conducteur doit rester prêt à intervenir, et loin des niveaux 1 et 2, qui se contentent d’assister. Le véhicule ne choisit pas sa destination : il reste cantonné au domaine validé par le KBA.

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Ces 400 mètres et ces 25 km/h ne tiennent pas à la technique. Le camion pourrait aller bien plus vite. C’est l’autorisation du KBA qui trace les limites, pas ses capacités. Et ça change tout par rapport à une démo sur parking privé : sur voie publique, l’engin croise des piétons, des cyclistes, des voitures, gère des imprévus non scriptés et engage une responsabilité juridique en cas de pépin. C’est ce fonctionnement réel que l’homologation allemande valide.

Cette autonomie arrive alors que le camion électrique gagne du terrain en Europe. Les gros noms du secteur, poussent leurs modèles face au diesel allemand. On a d’ailleurs passé trente minutes à bord du Tesla Semi européen, dont le responsable nous a expliqué les écarts avec la version américaine. BYD, de son côté, mise sur un camion qu’il annonce plus sûr que les diesels allemands. Einride ajoute à l’électrique la couche qui manquait : le pilotage automatique.

Et après ? Le cap de 2027

Dès 2027, Lidl et Einride veulent transformer cette liaison unique en « milk run », une tournée à plusieurs arrêts. Le groupe Schwarz, maison mère de Lidl et Kaufland, discute déjà d’autres déploiements, sans calendrier ni nombre de véhicules arrêtés pour l’instant.

En toile de fond, il y a la pénurie de chauffeurs poids lourds : environ 500 000 postes ne trouvent pas preneur en Europe. Les deux partenaires travaillent ensemble depuis 2017, quand Lidl testait le tout premier prototype d’Einride en Suède.


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