Chamboulement dans la tech et le jeu vidéo : Microsoft s’ouvre à la syndicalisation

 

Changement de paradigme chez Microsoft. La firme veut désormais être ouverte à la syndicalisation de ses employés. Derrière la campagne de communication, un changement de posture très important pour la tech et le jeu vidéo.

Microsoft-logo-photo

Le secteur de la tech, dominé par les Apple, Google, Meta, Amazon ou Microsoft, et le secteur du jeu vidéo de Sony, Nintendo, EA, Activision-Blizzard et Microsoft sont deux industries très différentes et pourtant cousines. Les deux font désormais face à une crise vis-à-vis des travailleurs du secteur, notamment aux États-Unis. Sur fond de nombreux scandales dévoilant des conditions de travail problématiques et un management défaillant, les employés réfléchissent à se regrouper en syndicat.

Jusqu’à présent, les secteurs de la tech et du jeu vidéo à haut budget avaient bloqué toute ambition de création de syndicats aux États-Unis. La situation a changé avec la création du premier syndicat chez Activision-Blizzard au sein du studio Raven Software (Call of Duty : Warzone). Elle est à nouveau bouleversée avec un changement de posture de la part de Microsoft.

Microsoft joue une nouvelle fois le bon élève

C’est Brad Smith, président de Microsoft, qui joue le rôle de porte-parole dans cette affaire, comme à chaque fois que l’entreprise doit faire face à des questions de société, politique ou face aux autorités. Toujours en plein processus de rachat d’Activision-Blizzard, la firme a su devenir la bonne élève de Washington et de l’Union européenne depuis plusieurs années. Cette annonce ne fait pas exception.

Dans un long article sur le blog officiel de la firme, Brad Smith analyse les transformations du marché du travail aux États-Unis et les nouvelles demandes des travailleurs, avec les conclusions qui s’imposent : « les récentes campagnes de syndicalisation menées dans tout le pays — y compris dans le secteur des technologies — nous ont amenés à conclure qu’inévitablement, ces questions toucheront davantage d’entreprises, y compris potentiellement la nôtre. »

Microsoft reprend ici la même posture que pour l’adoption de conditions plus favorables aux développeurs sur sa boutique d’application. Plutôt que d’attendre une obligation par la justice ou par le législateur comme peut choisir de le faire Apple, Microsoft préfère prendre les devants et choisir ses termes.

Brad Smith annonce donc l’ouverture de Microsoft aux syndicats, alors que la firme était connue du secteur jusque-là pour ses efforts menant à démanteler toute ambition syndicale.

Microsoft s’engage à adopter des approches créatives et collaboratives avec les syndicats lorsque les employés souhaitent exercer leurs droits et que Microsoft reçoit une demande spécifique de syndicalisation.

Évidemment, la firme ne va tout de même pas jusqu’à aller encourager la création de syndicats. Elle promet qu’elle offrira toujours la possibilité aux employés de remonter des problèmes de façon individuelle. L’Histoire a pourtant montré que c’est par le regroupement que les voix deviennent plus fortes.

Nous ne demandons pas à nos employés de se syndiquer, mais nous allons rencontrer les gens là où ils se trouvent.

Une annonce saluée par les travailleurs du jeu vidéo

Avec cette annonce, Microsoft prend de court à la fois ses concurrents dans la tech, mais aussi dans le jeu vidéo. Les deux secteurs peinent à recruter et retenir les talents, et il ne fait aucun doute que cette annonce va envoyer un signal positif pour le recrutement. Le groupe ABK Workers Alliance, qui réunit des travailleurs d’Activision-Blizzard-King a salué l’annonce de Brad Smith sur les réseaux sociaux.

We look forward to working with you, @BradSmi! @ATVI_AB has some incredibly passionate and talented employees and we're all very excited to see how how Microsoft further support them! https://t.co/6X4w7nD7SQ

— ABetterABK 💙 ABK Workers Alliance (@ABetterABK) June 2, 2022

C’est forcément un changement important pour l’union qui a face à elle jusqu’à présent un groupe Activision accusé à plusieurs reprises de communication anti-syndicats, mêlant désinformation, menaces et chantages. ABK Workers Alliance en a profité pour appeler les patrons de Blizzard, Activision et King à suivre le mouvement initié par Microsoft.

Pour la firme de Redmond et Brad Smith, l’enjeu est de montrer que ces signes de bonnes volontaires seront suffisants pour valider le rachat d’Activision-Blizzard par les différentes autorités. La question des travailleurs était centrale dans l’équation, d’après plusieurs déclarations de sénateurs américains démocrates sur ce dossier. Microsoft espère sans doute les avoir rassurés.

Les travailleurs de la tech et du jeu vidéo peuvent de leurs côtés espérer que d’autres entreprises suivront ce type de déclarations publiques, à commencer par Amazon et Apple.


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