
Nvidia continue de flatter les marchés et ses investisseurs avec des résultats records pour le premier trimestre fiscal 2027. Avec des progrès de 80 à 90 % d’une année sur l’autre dans des secteurs décisifs comme les data centers, Nvidia compte même rattraper son retard sur le marché des processeurs serveurs avec son architecture Vera.
Typiquement, une entreprise comme Nvidia catégorise ses résultats en fonction de ses différentes business units, ses grandes divisions générant le plus d’actifs. On sépare alors le marché entreprise (B2B) du marché consommateur (B2C), mais aussi le cloud, les services ou encore le matériel.
Ce trimestre, Nvidia n’a mentionné aucun chiffre concernant sa division cartes graphiques de jeu et pro, mentionnant simplement le lancement de la Dynamic Multi-Frame Generation du DLSS 4.5 ainsi que le DLSS 5. Certains observateurs se sont ainsi très vite empressés d’affirmer que Nvidia n’avait plus grand intérêt pour ce marché maintenant minoritaire dans sa comptabilité.
Oui, les cartes graphiques ne sont plus du tout la priorité de la firme depuis la montée en puissance de CUDA et surtout, de l’IA côté entreprise. En cette période, les investisseurs et actionnaires de Nvidia n’ont finalement que très peu d’intérêt pour la santé financière de cette division maintenant minoritaire.
Mais Nvidia reste encore très investi dans le secteur face à une concurrence qui peine à sortir la tête de l’eau à ce niveau.
2026, une année blanche pour le secteur des cartes graphiques
Nvidia et AMD ont lancé leur dernière carte graphique il y a tout juste un an. Depuis, la lame de fond portée par l’IA a vu les fabricants de mémoire servir en priorité les hyperscalers, ces entreprises aux centres de données massifs pouvant accommoder des surplus de demande massif en quelques semaines.
La DRAM du monde entier, ou presque, se destine désormais à la mémoire HBM ainsi qu’à la LPDDRX de ces architectures serveurs. Nvidia, en première ligne, priorise logiquement ce surplus de demande massif pour les géants que sont OpenAI, Anthropic ou même SpaceX.
Les ruptures de stock et hausses de prix ne sont pas les seules conséquences touchant directement les consommateurs, mais un vrai bouleversement des plannings de production. De nombreuses machines annoncées parfois en décembre dernier ne voient le jour que maintenant alors que les chaînes d’approvisionnement et de production n’ont jamais été aussi tendues (coucou la Steam Machine).

Nvidia, qui a l’habitude de lancer des déclinaisons « Super » de ses cartes graphiques RTX, a semble-t-il fait l’impasse sur ces nouveaux GPU pour se concentrer sur la demande liée à l’IA. Une décision qui s’explique par une concurrence finalement peu rude d’AMD, qui a pourtant lancé l’une des meilleures générations de GPU de son histoire avec RDNA 4.
Mais les soucis d’approvisionnement, l’incapacité de vendre des cartes graphiques à leur prix de base conseillé et les errances d’AMD ont égratigné encore plus la réputation d’outsider de la marque rouge. Si les ventes de GPU ont baissé de 3,3 %, les livraisons sont encore massivement à l’avantage de Nvidia : 94 % contre 4 % pour AMD.
Dans ce contexte, on peut comprendre, certes avec un brin de cynisme, pourquoi les ventes de cartes graphiques disparaissent cette année de ces résultats financiers. Elles devraient à n’en pas douter faire leur retour l’année prochaine avec la prochaine génération basée sur l’architecture Rubin déjà lancée pour la catégorie serveurs et data centers.
Nvidia reste omniprésent auprès des joueurs PC
Si Nvidia n’a pas lancé de nouvelle carte graphique depuis un an, la firme n’a pourtant pas freiné ses investissements côté logiciel. Ainsi, elle a annoncé en début d’année le DLSS 4.5, une nouvelle version de sa technologie DLSS dotée d’un nouveau modèle neuronal de reconstruction d’images pour une qualité de rendu encore supérieure.
Lors d’un test à l’aveugle organisé par le site ComputerBase, les joueurs PC semblent privilégier une image DLSS 4.5 au rendu natif, prouvant ce que la marque martelle depuis des années : le natif est de l’histoire ancienne. Quelques mois après, c’est la Dynamic Multi-Frame Generation qui fait son entrée pour les GPU Blackwell, pour adapter cette fonctionnalité très récente aux écrans à haut rafraîchissement.
Nvidia a aussi lancé cette année G-Sync Pulsar, une nouvelle technologie d’écran pour offrir aux dalles LCD compatibles une clarté de mouvement encore inégalée. Nous l’avons testé, comme de nombreux médias, et la promesse est réellement tenue, même si elle ne convaincra que les joueurs les plus exigeants.
Pour aller plus loin
Pourquoi mon prochain écran devra intégrer la technologie G-Sync Pulsar de Nvidia (mais peut-être pas le vôtre)
Surtout, Nvidia a collaboré avec pas moins d’une dizaine de jeux ces douze derniers mois pour implémenter des technologies comme le Ray Tracing, le Path Tracing ainsi que ses fonctionnalités de générations d’images. On peut citer Resident Evil : Requiem, Pragmata, Dying Light: The Beast, Directive 8020 et les très attendus 007 : First Light ainsi que Control : Resonant.
Nvidia a encore du retard sur deux points côté logiciel : l’arrivée de Reflex 2, annoncé au CES 2025 et dont l’absence se fait sentir mois après mois, et l’intégration d’un nouveau modèle pour sa technologie Ray Reconstruction qui a fait défaut à un titre comme Resident Evil : Requiem.

On peut largement critiquer Nvidia pour ses choix stratégiques depuis l’arrivée de Blackwell : le choix des 8 Go de VRAM sur certains GPU, une RTX 5060 moins puissante qu’une RTX 3070 et des performances parfois décevantes sur le milieu de gamme (ici la RTX 5070). Ici, la marque semble miser toujours plus sur son offre logicielle alors que son concurrent direct, AMD, joue visiblement la montre en annonçant près d’un an et demi après son lancement le déploiement du FSR 4 sur ses anciennes architectures.
Dans ce contexte, Nvidia compense l’absence de temps forts commerciaux pour son offre matérielle par ses investissements logiciels. Blackwell reste une architecture solide, qui a réussi à convaincre les indécis sur le DLSS mais aussi sur les fameuses « fake frames » de la génération d’images. Mais on ne peut s’empêcher de voir progressivement Nvidia se reposer sur ces solutions alors que l’entreprise semble croire de moins en moins au rendu classique.
L’exemple du DLSS 5, dévoilé il y a quelques mois, n’aura pas entaché ses ambitions malgré un sentiment de défiance parfois très intense de la part des joueurs. Le rendu neuronal est l’avenir selon Nvidia, mais un avenir qui devra toujours se reposer sur la puissance d’une carte graphique (cœurs Tensor ET cœurs CUDA / Shaders) pour permettre aux joueurs de profiter des derniers jeux AAA.
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