The Explorers 8K : pourquoi nous sommes déçus par ce service de streaming

Ne fait pas du Netflix qui veut

 

Introduction

Voilà un service de streaming vidéo qui ouvre en grand les poumons des téléviseurs 8K de Samsung. A condition de disposer d’une connexion Internet très haut débit, il serait possible d’accéder à une qualité d’image encore inégalée. La réalité est quelque peu différente.

Samsung l’avait annoncé sur le salon IFA à Berlin au début de mois de septembre dernier : les contenus 8K arriveraient sur ses télés à la fin de l’année. Et l’échéance a été tenue par Samsung, comme par son partenaire de circonstance, à savoir les équipes de The Explorers. Après un petit retard à l’allumage (l’arrivée du service était prévue pour la fin du mois de novembre) c’est tout début décembre que nous avons pu essayer ce service de streaming 8K sur le monstrueux téléviseur Samsung QE75Q950R, par ailleurs testé dans nos colonnes, et qui répond d’ores et déjà à la nouvelle certification « 8K Association Certified ».

La « 8K » dans les tuyaux, mais pas pour tout le monde

C’est donc grâce à une mise à jour déployée par Samsung mi-décembre que l’application The Explorers 4K/8K est apparue sur notre téléviseur 8K de test. Outre le fait d’avoir un téléviseur capable d’afficher cette très haute définition de 7680 x 4320 pixels, le service The Explorers ne vous sera accessible que si votre connexion Internet est à la hauteur. Comme pour la 4K, il y existe un seuil minimal pour prétendre à la réception de cette 8K Ultra HD (à la différence du 8K cinéma dont la définition est de 8192 x 4320 pixels), et il est à 38 Mbits/s. Le débit maximum se situe ensuite à environ 87 Mbits/s — certains programmes plafonnent à 65 Mbits/s.

Jusque-là, compte tenu de la qualité de notre connexion fibre 1 Gbits/s, nous pouvons lever toutes les inquiétudes concernant le débit : nous sommes dans des conditions idéales de test. Néanmoins, histoire de mettre toutes les chances de notre côté, nous avons opté pour une connexion filaire en reliant un câble Ethernet au boîtier One Connect de Samsung. À la manière de Netflix et consorts, l’application The Explorers adapte la qualité d’image en fonction du débit disponible. Et c’est là que nous émettons notre première critique.

Notre débit, mesuré avec deux outils différents, dépasse les 800 Mbits/s. Il devrait nous permettre d’obtenir la meilleure des qualités.

 

On se rend compte lorsque l’on consulte les paramètres de diffusion que le choix coché est toujours sur « Auto ». L’appli nous propose bien de monter jusqu’au débit maximum qui est souvent d’environ 80 Mbits/s, mais même en validant ce choix, l’option bascule systématiquement sur « auto ». Et cela ne serait pas aussi perturbant si nous constations un changement de qualité à l’écran lorsqu’on sélectionne un débit d’image plus ou moins faible. Rien ne change vraiment sur cette immense dalle de 75 pouces.

Du coup, on ne sait jamais si on dispose devant nos yeux de la meilleure des qualités accessibles ou non. D’autant que la qualité, justement, n’est pas extraordinaire. Bien des fois, le piqué de l’image semble finalement du même niveau que celui que propose Netflix en 4K et avec une bande passante d’environ 16 Mbits/s. Certaines vidéos YouTube en 4K nous paraissent également du même acabit. Et ce n’est, selon nous, qu’une partie des bugs de cette application The Explorers.

La 4K est accessible dès 7 Mbits/s, de la même manière que sur le service Netflix. Un bon point pour The Explorers.

The Explorers, une appli encore en beta ? 

Quand bien même le service de streaming de The Explorers ne promettait pas de révolutionner l’offre 8K — le catalogue est mince et il ne s’agit que de documentaires dédiés à la nature — nous étions tout de même assez enthousiastes à l’idée de tester cette avant-première française. La déception n’est toutefois pas bien loin. Naviguer dans les différents menus de l’application The Explorers pose rapidement problème.

L’interface souffre de multiples lenteurs qui ne collent pas du tout avec l’image des produits Samsung. Alors que Tizen OS fait souvent office de référence en matière de fluidité parmi les systèmes d’exploitation TV, l’appli de l’équipe française cumule les latences pénibles et ce nous appellerons des « erreurs de navigation ».

Outre le fait de ne jamais être sûr de la qualité de la vidéo en cours de visionnage, le lecteur vidéo semble dater d’une autre époque. Par exemple, il n’y a aucune fonction permettant d’avancer dans la « timeline » dans un programme.

Inutile de chercher aussi une fonction permettant d’avancer sur quelques dizaines de secondes comme on peut le faire aujourd’hui sur Netflix, par exemple. Plus agaçantes encore, les fonctions d’avance et retour rapide ne fonctionnent pas du tout. Mais c’est lorsque l’on quitte par erreur une vidéo qu’on décroche le pompon.

En effet, toute fausse manipulation renvoie au menu d’accueil de l’application (après un écran noir de quelques secondes) et il faut alors relancer la lecture. Mais le comble c’est que celle-ci ne reprend pas du tout là où elle s’est arrêtée ! Et comme il est visiblement impossible d’accélérer la lecture, il faut tout visionner à nouveau. Bref, soit l’application de notre téléviseur de test est boguée, soit The Explorers, qui avait déjà retardé le lancement du service, rappelons-le, doit encore améliorer ses outils.

Peu de contenus… et pas de traduction

Comme nous le disions plus avant, l’offre est mince en matière de contenus. Mais sur le sujet, les équipes de The Explorers nous avaient bien dit que l’offre serait timide au lancement, mais qu’elle serait enrichie avec le temps. Quelques rubriques sont proposées. Au moment où nous rédigeons cet article, on trouve dans « Les merveilles de la Terre », neuf documentaires, dont les formats, varient entre 3 et 7 minutes. Tous proposent une définition 8K et inférieure.

C’est aussi le cas des neuf vidéos proposées sous la rubrique « Fast Facts » qui sont cette fois-ci des faits historiques ou naturels résumés là encore en 2 à 3 minutes. Plus bas, on trouve une rubrique photo comportant une galerie d’une vingtaine de clichés, certes jolies, mais complètement hallucinant non plus. Certains comptes Instagram de professionnel de la photo sont plus fournis.

 

La rubrique « Earth Stories » qui, comme son nom l’indique, partage des histoires de la terre, compte seize vidéos. Le meilleur du service se situe alors dans les rubriques « Daylies » et « films en 4k et 8K » qui regroupe sept documentaires de 52 minutes. Et ce n’est que là d’ailleurs qu’on accède enfin à du contenu en Français.

Alors que les équipes de The Explorers avaient partagé avec nous (lors de la présentation du service) le travail colossal que représente la traduction des documentaires dans plusieurs langues, dans les faits, rares sont ceux à être doublés en français. C’est donc une nouvelle frustration pour nous qui aurions aimé partager ces documentaires avec les plus jeunes de la famille. Impossible pour eux de se focaliser sur les images et lire en même temps les sous-titres. Sous-titres qui ne sont d’ailleurs pas toujours là pour traduire une voix, mais aussi pour décrire ce qu’il se passe à l’image.

Le sous-titre ne peut être désactivé et il masque la fonction détaillée du scientifique français

Et puis il y a parfois des sous-titres sous des voix françaises qui viennent à masquer d’autres informations. Ci-dessus, par exemple, le sous-titre en anglais masque le synthé de présentation de l’intervenant français. Et comme aucune fonction ne permet de désactiver les sous-titres, il faut souffrir de ce énième bug, parmi tant d’autres, comme ces artefacts que nous avons remarqué systématiquement au passage précis de ce documentaire.

Les artefacts sont systématiquement reproduits sur cette scène, preuve d’un problème de codage à la source.

Notre verdict 

Nous en attendions peut-être trop de ce service de streaming 8K et c’est pourquoi nous sommes aussi déçus. Certes les documentaires ayant pour thématique “la planète” sont bien réalisés et les images séduisantes, mais l’expérience est finalement assez loin de celle à laquelle nous nous attendions.

Le piqué 8K n’est pas toujours percutant, surtout dans le contexte où il est avéré que Quantum Processor de Samsung fait déjà des merveilles avec de la 4K. Nous n’avons pas trouvé non plus que l’expérience audio est mémorable. Certains documentaires mettent en scène des combats de lions, ou des chevauchées de chevaux, et pourtant la musique reste très « plate ». Aucune montée en puissance musicale qui pourrait faire naître l’angoisse chez le spectateur — en tout cas sur les documentaires que nous avons visionnés. Sans en attendre autant que les sensations que peut provoquer “La Chevauchée des Walkyries”, nous en attendions plus d’un service qui mettait un point d’honneur à indiquer que les musiques étaient toutes composées par les équipes de The Explorers.

Heureusement, le service n’est pas très cher (à partir de 3 euros par mois) et une période de gratuité permet de se faire une idée. Au final, ce service doit encore grandement s’améliorer et, surtout, corriger les nombreuses lenteurs, bugs et autres bizarreries de navigation qui ne collent assurément pas avec l’expérience initialement proposée par les télés Samsung.

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