Tesla n’est plus un constructeur automobile et ses finances le prouvent

 
Tesla gagne encore de l’argent, mais n’analyse des derniers montrent autre chose. Sans les crédits carbone vendus aux concurrents, le bilan de 2025 serait catastrophique. Entre chute des ventes et désamour des clients américains, la firme de Palo Alto n’a jamais semblé aussi fragile.

On savait que l’année 2024 avait été compliquée, mais 2025 vient de placer la barre du pessimisme encore plus haut. Tesla a publié ses résultats annuels, et c’est plutôt très nuancé pour les investisseurs qui croyaient encore au miracle permanent. Le bénéfice net s’est effondré de 46 %, il est de 3,8 milliards de dollars contre plus de 7 milliards l’année précédente.

Le plus inquiétant ? Pour la première fois dans l’histoire de la marque, le chiffre d’affaires global est en baisse (3 %). On parle d’une entreprise qui nous a habitués à des croissances à deux chiffres pendant une décennie. La réalité, c’est que Tesla a vendu 1,63 million de voitures en 2025, soit une baisse de plus de 8 % par rapport à 2024. Pendant ce temps, le concurrent chinois BYD caracole en tête avec 2,25 millions de véhicules livrés.

Il y a pire que les volumes : c’est la rentabilité. La marge opérationnelle, qui faisait autrefois baver toute l’industrie avec des sommets à 23,8 % en 2022, a fondu comme neige au soleil pour atteindre un petit 4,9 %. En clair, Tesla gagne aujourd’hui aussi peu d’argent par voiture vendue qu’un constructeur généraliste historique.

En 2025, 52 % du bénéfice net de Tesla provient des crédits réglementaires. Pour faire simple, Tesla gagne plus d’argent en vendant des « droits à polluer » à ses concurrents qu’en vendant des Model 3 ou des Model Y. Sans cette perfusion de cash purement administrative, Tesla serait aujourd’hui une entreprise à peine rentable.

L’ombre de BYD

Sur les 3,8 milliards de dollars de profit net, plus de la moitié (2 milliards) provient uniquement de la vente de crédits réglementaires. Sans ce coup de pouce des gouvernements et des concurrents à la traîne, Tesla serait quasiment à l’équilibre.

Le marché américain, autrefois chasse gardée de la marque, est en train de se retourner. L’élection de Trump et la fin des aides fiscales à l’achat ont porté un coup d’arrêt brutal à la croissance. Les ventes ont bondi l’été dernier juste avant la fin des bonus, pour s’écraser lamentablement en fin d’année. Et ne comptez pas sur l’image de marque pour compenser : 37 % des Américains ont désormais une image négative de Tesla.

Pour aller plus loin
2025 a été une excellente année pour les voitures électriques en Europe et ces chiffres le prouvent

En Europe, le constat est différent mais tout aussi cruel pour Elon Musk. Si le marché de l’électrique continue de progresser, dépassant même les ventes de voitures thermiques en décembre, ce ne sont plus forcément des Tesla que les gens achètent. Les constructeurs chinois comme Geely, Xpeng ou SAIC explosent, et les clients européens ont enfin de vraies alternatives crédibles.

Le grand quitte ou double vers l’IA

Alors, quelle est la réponse d’Elon Musk face à ces chiffres ? Une pirouette stratégique dont il a le secret. Tesla ne veut plus être un constructeur automobile. L’objectif est de devenir une « entreprise d’IA physique« . Pour prouver son sérieux, la marque prend une décision radicale : l’arrêt pur et simple des Model S et Model X, les deux voitures qui ont bâti sa légende.

La ligne de production de l’usine historique de Fremont va être démantelée pour laisser place au robot humanoïde Optimus. Elon Musk promet une production de masse dès cette année, tout comme celle du Cybercab, ce taxi autonome sans volant ni pédales. C’est un pari immense, voire délirant, quand on sait que le logiciel FSD (Full Self-Driving) peine toujours à convaincre au-delà d’un cercle de fans absolus.

Pour financer cette vision, Elon Musk va injecter 20 milliards de dollars en investissements cette année. On notera au passage le chèque de 2 milliards de dollars envoyé vers xAI, sa propre entreprise d’intelligence artificielle. C’est de l’investissement.

Quand un constructeur automobile investit, il crée des plateformes, des moteurs ou des batteries. Elon Musk, lui, annonce 20 milliards de dollars d’investissements pour 2026. L’objectif ? L’intelligence artificielle, le robot Optimus et le Cybercab.

Bref, Tesla change de visage. La firme abandonne son statut de leader de la voiture électrique pour devenir un laboratoire géant d’intelligence artificielle et de robotique.

En délaissant le segment des voitures abordables (la fameuse Tesla à 25 000 euros semble enterrée), Elon Musk laisse un boulevard immense à BYD, aux autres constructeurs chinois et aux constructeurs traditionnels. Tesla n’est plus la voiture de demain, c’est devenu le pari incertain d’un homme qui regarde déjà ailleurs.


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