À plus de 900 euros, Valve vient-il de tuer son Steam Deck ?

 
Le Steam Deck vient de subir une hausse de prix massive qui rebat les cartes de sa pertinence sur un marché qui n’a plus du tout le même visage.
Le Steam Deck Oled // Source : Hugo Clery pour Frandroid

C’est une période sombre pour Valve. Alors que l’entreprise était sur le point de lancer pas moins de trois nouveaux produits en ce début d’année 2026, seul le Steam Controller a vu le jour. En pleine crise des composants, Valve semble encore temporiser sur le tarif de sa Steam Machine, sa console-PC tant attendue, et son Steam Frame, casque VR autonome.

Le tarif de la Steam Machine a fait l’objet d’innombrables rumeurs et spéculations au fil des mois, dressant un tableau des plus moroses pour une machine qui a pourtant eu excellente presse à son annonce. Mais tel un mauvais présage confirmant nos inquiétudes, Valve a annoncé à la fin du mois de mai une hausse de prix assez phénoménale de son Steam Deck, sa console portable tournant sur son système maison, SteamOS.

Ce coup de massue pour le positionnement de la machine l’a fait transiter vers une autre catégorie, rendant sa configuration quasiment anachronique sur son nouveau segment.

La hausse fatale du Steam Deck

La hausse du prix de la RAM et du stockage a visiblement poussé Valve à cesser la vente du modèle LCD de son Steam Deck pour privilégier le modèle Oled, plus onéreux. La récente hausse de prix fait ainsi passer la version 512 Go à 779 euros (contre 569 euros auparavant) et la version 1 To à 919 euros (contre 679 euros auparavant). Le modèle 1 To talonne désormais la ROG Xbox Ally X, la console phare d’Asus et Microsoft, que l’on trouve autour de 1 000 euros chez la plupart des distributeurs.

Pour situer l’ampleur de la marche : lancé en février 2022 à partir de 419 euros, le Steam Deck avait conservé un tarif stable, y compris à l’arrivée du modèle Oled fin 2023. La hausse de mai 2026 représente donc un bond d’environ 40 % sur une machine inchangée techniquement, ce que Valve assume sans détour en pointant la flambée des coûts mémoire et stockage.

Source : Valve

Ces hausses, on les retrouve déjà partout sur le marché des consoles portables, avec des prix pouvant dépasser les 1 500, voire 2 000 euros pour les machines les plus puissantes avec dalle Oled (la Legion Go Gen 2, pour ne citer qu’elle). Une tendance qui a même poussé certains observateurs, notamment chez le média spécialisé américain The Verge, à déclarer que l’âge d’or des consoles portables était déjà terminé.

Valve n’est d’ailleurs pas seul dans cette spirale : Sony, Microsoft et Nintendo ont tous relevé le prix de leurs consoles au cours de l’année écoulée. Mais le Steam Deck était vendu à prix coûtant, ou presque, comme produit d’appel vers Steam, ce qui rend la firme bien plus exposée que ses concurrents lorsque le coût des composants s’envole.

L’intérêt de ces machines, et notamment du Steam Deck, était de proposer une solution tout-en-un pour un prix parfois très intéressant. Le Steam Deck en version LCD était même souvent disponible en promotion à près de 400 euros, soit une sacrée affaire. La version Oled justifiait alors son prix par son écran à tomber par terre et quelques améliorations de performances et d’autonomie bienvenues.

Mais à désormais plus de 900 euros en configuration 1 To, il devient très difficile de justifier l’achat de la console vieillissante de Valve face à une concurrence bien plus à même d’encaisser les coûts de la crise.

Un socle technique d’un autre temps

Pourtant, son retour en stock à ce nouveau prix ne l’a pas empêché de se retrouver en rupture en moins d’une heure. Ici encore, l’aura de Valve semble jouer en sa faveur (l’auteur de cet article compris), même s’il est tout à fait possible que le nombre de modèles remis en vente ait été sensiblement inférieur aux précédentes périodes. Au vu de la surcharge des chaînes de production et d’approvisionnement chez les principaux fournisseurs de RAM et stockage, c’est même tout à fait probable.

Pourtant, le Steam Deck accuse son âge. L’APU Van Gogh reste basé sur une architecture mélangeant un CPU Zen 2 de 2019 et une partie graphique RDNA 2 de 2020. Au cours des années suivant son lancement, la console a été révérée pour sa polyvalence, pouvant faire tourner n’importe quel jeu indépendant et même quelques titres AAA plus gourmands. On se surprenait ainsi à jouer plus ou moins confortablement à Elden Ring, Red Dead Redemption 2, Control et même Cyberpunk 2077 en jouant sur les réglages.

Steam Deck OLED // Source : Chloé Pertuis pour Frandroid

Mais les récentes évolutions techniques, y compris dans la sphère indépendante, ont commencé à sceller le sort du Steam Deck sur plusieurs franges de jeux. Sur les productions AAA sans surprises, la démocratisation de l’Unreal Engine 5 a mis à genoux la console de Valve, tout comme celles de moteurs propriétaires comme le RE Engine (Resident Evil Requiem), le Northlight Engine (Alan Wake 2) ou récemment le Glacier Engine de 007 First Light. Même après optimisation (et upscaling), beaucoup de ces titres dépassent péniblement les 25 FPS.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le Z1 Extreme d’AMD est deux fois plus rapide que le Steam Deck sur un jeu comme Forza Horizon 6. Oui, la version de 2023, depuis remplacée par le Z2 Extreme, désormais concurrencé par l’Arc G3 Extreme de chez Intel. Le Steam Deck n’a donc plus les coudées assez solides pour encaisser les blockbusters actuels, à moins d’en profiter avec une qualité d’image d’un autre temps.

L’écart massif qui sépare le Steam Deck de la Legion Go première du nom // Source : ETA Prime sur YouTube

On peut aussi s’accorder sur le même constat dans la sphère indé ou double-A, notamment dans ces jeux 3D qui mettent désormais à mal la puce du Steam Deck. On peut ici citer les petites claques visuelles récentes que sont No Rest For The Wicked et Reanimal qui font sérieusement tousser la machine de Valve, même en réglages minimum.

Certains jeux 2D comme Noita ou Oxygen Not Included ne sont pas exempts de ce phénomène, car les calculs liés à la simulation (physique, fluides ou simplement IA) asphyxient la partie processeur au bout de quelques heures de jeu.

L’ombre d’un Steam Deck 2 et de SteamOS

Valve joue dans une toute autre catégorie que ses concurrents directs sur le marché, qu’on parle d’Asus, Lenovo, MSI ou les innombrables constructeurs chinois. Le Steam Deck est une campagne marketing pour Steam, une porte d’entrée vers un écosystème qui a eu 20 ans pour convaincre des millions de joueurs PC de ne plus pirater leurs jeux.

De même, SteamOS devient progressivement compatible avec toutes les consoles PC portables du marché, à la fois par les efforts de Valve, mais aussi des constructeurs eux-mêmes. Récemment, c’est Intel qui a affirmé vouloir porter sa plateforme Arc G3 vers l’OS de Valve alors que la firme semble investir toujours plus dans son support logiciel sur Linux.

Alors oui, Valve est bien en train de préparer un Steam Deck 2, qu’il veut faire passer dans une toute autre dimension en termes de performances et d’autonomie. Mais la firme ne s’est jamais mis aucune pression pour espérer rivaliser techniquement avec ses concurrents.

Le Steam Deck écrase sa concurrence année après année malgré sa dette technique. Mais cette hausse de prix, à l’instar de toutes celles qui gangrènent actuellement le marché, pourrait bien sonner le glas pour celui par qui tout a commencé.


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