Flipper One : à quoi sert ce mini-PC Linux qui agite déjà la communauté tech, et pourquoi il fait grincer des dents

Un pingouin de poche

 
Flipper Devices vient d’annoncer le Flipper One, un mini-ordinateur ARM sous Linux qui fait beaucoup de bruit. Mais concrètement, on en fait quoi ? Et pourquoi ça titille déjà beaucoup de monde ?

Vous est-il déjà arrivé de regarder votre Wi-Fi mourir dans un Airbnb perdu, votre vieux Raspberry Pi prendre la poussière dans un tiroir, et de vous dire qu’il existe forcément, quelque part, un objet capable de tout faire en même temps ? Un truc à glisser dans la poche, qui sait analyser un réseau, faire tourner une IA en local, partager une connexion 5G et accessoirement servir d’ordinateur d’appoint. Pendant longtemps, ça relevait du fantasme. Flipper Devices, le studio derrière le célèbre Flipper Zero, vient justement d’annoncer qu’il s’attaquait à ce fantasme. Et de promettre de le rendre réel sous la barre des 350 dollars.

Le Flipper One n’est pas un Flipper Zero amélioré. C’est un mini-ordinateur complet : SoC Rockchip RK3576 octa-core, 8 Go de RAM, 64 Go de stockage, batterie 7000 mAh, deux ports Ethernet Gigabit, HDMI 2.1, deux USB-C et un slot M.2.

Le tout dans un boîtier de 155 x 67 x 40 mm, à peu près un smartphone un peu costaud. Et surtout, une distribution Linux maison conçue pour tourner sur le noyau officiel, non bricolé par un constructeur. C’est là que tout se joue.

À quoi ça sert, concrètement ?

Voilà la vraie question. Et la réponse tient en quelques scènes très banales. Vous arrivez dans un hôtel avec une connexion filaire, vous branchez le Flipper One en Ethernet, vous activez son Wi-Fi, et vous voilà avec un routeur de voyage chiffré pour toute votre famille. Vous voulez analyser le trafic suspect d’un objet connecté qui parle un peu trop à des serveurs en Chine ? Vous le posez sur le réseau, vous lancez un outil de capture, vous regardez. Vous voulez faire tourner un modèle d’IA en local pour discuter sans envoyer vos données à OpenAI ou Google ? Il a la puissance d’un Raspberry Pi 5, donc oui, c’est jouable pour les petits modèles.

Ajoutez à ça la possibilité de le brancher en HDMI sur un écran pour en faire une station de travail Linux d’appoint, d’ajouter un module 5G via M.2 pour avoir Internet partout, ou même d’y greffer des radios spécialisées via les quatre connecteurs d’antenne intégrés.

Le rail M.2 accepte du PCIe, de l’USB et du SATA : un SSD rapide, un modem cellulaire, un accélérateur d’IA, tout passe. En gros, c’est un couteau suisse numérique qui s’adapte au projet du jour. Là où un Raspberry Pi exige un mois de bricolage pour devenir nomade, le Flipper One arrive déjà avec son écran, sa batterie et ses ports.

Pourquoi ce boîtier fait peur, et à qui

Le Flipper Zero traîne déjà une réputation sulfureuse. Interdit à la vente sur Amazon par moments, accusé à tort ou à raison de servir à voler des voitures, à pirater des Tesla, à copier des badges d’immeuble. Le gadget a si bien paniqué les autorités canadiennes qu’elles ont tenté de le bannir. Flipper Devices a clairement retenu la leçon.

Le Flipper One se débarrasse par défaut de la NFC, du Sub-GHz, de la RFID et de l’infrarouge. Tous ces protocoles passent désormais en modules optionnels à brancher en M.2, ce qui change la nature même du débat juridique. Vous voulez la version « télécommande universelle » ? Faut le vouloir, et payer en plus.

Sauf que le Flipper One fait peur autrement, et à d’autres. Il fait peur aux constructeurs qui vivent du « notre logiciel sur notre matériel sinon rien ». Pavel Zhovner, le patron de Flipper Devices, le dit sans détour dans son billet d’annonce : l’objectif, c’est de pousser les fabricants à ouvrir leur code et à abandonner les fameux « blobs binaires » propriétaires qui pourrissent Linux sur ARM depuis dix ans. En clair, une machine que vous pouvez encore patcher dans cinq ans, dont vous savez exactement ce qu’elle fait, et qui ne meurt pas le jour où son fabricant décide d’arrêter les mises à jour. Là, on parle d’obsolescence programmée si vous n’aviez pas suivi.

Et puis il y a la stratégie communautaire. Flipper Devices, on en parlait hier, rend public l’intégralité de son processus de développement : tickets internes, discussions, documentation, « tout le bordel qu’une boîte garde habituellement privé », dixit Zhovner. Et l’entreprise s’est associée à Collabora, un poids lourd du noyau Linux, pour pousser le support du RK3576 directement.

Si le pari fonctionne, le Flipper One devient un cas d’école : la preuve qu’on peut produire un ordinateur ARM complètement transparent, à 350 dollars, sans dépendre du bon vouloir d’un fabricant chinois opaque.

Si ça rate, à cause de la crise actuelle de la RAM ou de la complexité du chantier logiciel, ce sera juste une magnifique idée enterrée. Pour l’instant, Flipper Devices vise une campagne Kickstarter pour la fin de l’année. Et demande publiquement de l’aide pour y arriver. On n’avait pas vu autant d’humilité dans une annonce produit depuis longtemps.


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