La start-up hollandaise Lightyear vient de présenter à la presse et aux investisseurs sa première voiture électrique, boostée à l’énergie solaire. Un concept encore peu exploré à cause des rendements limités des panneaux solaires. Nous étions au lancement du côté d’Amsterdam pour comprendre comment ces ingénieurs originaux comptent s’y prendre.

Lightyear, en français, année-lumière : un nom ambitieux pour un projet qui l’est tout autant ? Nous avons voulu en avoir le cœur net et, ne reculant devant aucun défi, nous avons accepté de rejoindre la révélation de la première voiture signée Lightyear… au lever du soleil. Une belle symbolique pour une auto employant cette énergie, mais justement, l’énergie pour suivre une telle conférence à 6 h du matin vient à manquer. Heureusement — ou malheureusement — les cofondateurs que nous avons rencontrés après le show orchestré avec de bons moyens (public sur un plateau tournant, films XXL) et devant plusieurs centaines de personnes sont restés avares en détails techniques et chiffres trop indigestes de bon matin.

Briser le plafond de verre de l’autonomie

Mais quel est donc ce projet resté inconnu ou presque jusqu’à ce jour ? Son histoire remonte à l’équipe du Solar Team Eindhoven, qui a gagné plusieurs Bridgestone World Solar Challenge, cette compétition de prototypes mus uniquement à l’énergie solaire. Cela permet de gagner une bonne expertise dans ce domaine, certes, mais on reste loin de la problématique d’une voiture de route. L’équipe a eu l’idée de transférer leur savoir-faire en efficience absolue (chaque élément jouant sur la consommation compte, même de manière minime) dans une voiture de route, pensant briser le plafond de verre de l’autonomie. Le tout avec le soutien d’investisseurs bien évidemment, encore en phase de conquête aujourd’hui.

Ce qui est intéressant dans ce projet, au-delà des discours très généraux sur la préservation de l’environnement et même, au-delà des panneaux solaires qui recouvrent l’auto, c’est la vision d’une efficacité maximale dans chacun des éléments de l’auto, expliquée par son CEO et co-fondateur, Lex Hoefsloot : l’emploi de matériaux légers (aluminium notamment), la conception du châssis voulue plus efficace, l’aérodynamique soignée au maximum (sous les 0,20 de Cx), les moteurs placés dans les moyeux des roues (légers et efficients) et les batteries à la capacité limitée (60 kWh).

La Lightyear One, c’est son nom, est un concept tourné vers une efficacité maximum. Pas d’accélérations dantesques ici (8 à 10 s de 0 à 100 km/h, moins bien qu’une Nissan Leaf), mais ce n’est pas le propos. La One est concentrée vers son autonomie et c’est là qu’elle est prometteuse, avec 725 km selon la norme WLTP, relativement réaliste, dont 70 km environ seront gagnés par l’énergie solaire accumulée. Pas mal pour une auto dont la batterie fait un tiers de moins qu’une Tesla Model S 100 ! Mais elle bénéficie aussi d’un tiers de masse en moins, ce qui est une des explications de cette performance. Et sa consommation est annoncée comme deux fois moindre que la grande Tesla…

La partie solaire procure pour sa part environ 10 % de cette autonomie

La partie solaire procure pour sa part environ 10 % de cette autonomie, dans de bonnes conditions météo. En hiver, de l’aveu des représentants de la marque, il faudra plutôt compter sur 400 km, ce qui n’est pas si mal. Les panneaux couvrent une surface de 5 m², alors que la longueur du véhicule est de 5 m. Ils recouvrent le capot et tout le toit, filant jusqu’à l’arrière de l’auto qui n’a donc pas de lunette arrière. Des lignes effilées qui rappellent un peu une Audi A7, proches d’un concept-car, mais suffisamment réalistes pour que la One puisse être imaginée sur route. Les cellules photovoltaïques courbées sur deux axes ont représenté un défi technologique particulier ici, tandis que leur gestion permet de ne pas niveler par le bas la charge au niveau de celles qui sont exposées à l’ombre, maximisant à tout moment l’énergie emmagasinée dans chaque groupe géré individuellement.

La recharge est aussi un des atouts de l’auto selon ses concepteurs, grâce à une fine gestion de l’énergie autorisant un gain de quelques centaines de kilomètres en juste une demi-heure et une recharge complète en une nuit sur une simple prise électrique. À vérifier !

Dans l’habitacle, voulu cosy et assez classique, surtout sans gadgets spectaculaires, l’info-divertissement sera surtout fait via Android Auto ou Apple Carplay, car si l’entreprise a des designers dédiés UI-UX parmi ses quelque 150 employés, elle ne dispose pas des moyens nécessaires pour développer son propre système complet. Mais on nous a promis des innovations intéressantes au niveau des commandes au volant, sans touches physiques…

Les premiers modèles devraient être produits de manière artisanale à partir de 2021, avec pour projet une production en série chez un partenaire industriel à partir de 2024. Une centaine de personnes auraient déjà préréservé une One, affichée au tarif coquet de 149 000 euros TTC (119 000 euros pour la réservation !). Comme Tesla, l’idée est de commencer par un haut de gamme puis de descendre vers des modèles plus abordables, se tourner vers la conduite autonome et l’auto-partage. Mais nous sommes déjà en 2019 et la concurrence, notamment chinoise, est très fournie désormais. Souhaitons bonne chance en tout cas à cet original projet européen qui rejoint les Allemands de Sono Motors et leur Sion, plus abordable et plus citadine, également couverte de panneaux solaires.

Nos photos de la Lightyear One