10 millions de panneaux solaires en France : le paradoxe des brevets chinois d’HoloSolis

 
Le marché des panneaux solaires est mondialement dominé par la Chine, mais peut-être plus pour longtemps. Une immense usine va bientôt voir le jour dans l’est de la France, et devrait produire l’équivalent de 10 millions de panneaux photovoltaïques.
Image d’illustration. // Crédits : Magnific

10 millions. Voilà la quantité de panneaux solaires qui devraient sortir, chaque année, de la future usine HoloSolis, qui doit être implantée en Moselle. Créé en 2022 à l’initiative d’InnoEnergy, l’accélérateur européen des technologies propres, et soutenu par plusieurs acteurs du solaire, ce projet ambitionne de devenir une alternative fiable aux panneaux solaires produits en Chine. 

À pleine capacité, cette production correspondrait aux besoins d’environ un million de logements, selon HoloSolis, qui estime aussi que son site pourrait réduire de 8 % les importations européennes de modules photovoltaïques chinois. Un volume conséquent pour une usine française, mais qui laisse tout de même l’essentiel du marché aux fabricants chinois.

Pour atteindre ces 10 millions de panneaux par an, soit 5 gigawatts de capacité, HoloSolis a vu les choses en grand. Le site devrait comprendre pas moins de 18 hectares de bâtiments sur un terrain de 50 hectares, pour un investissement total de 850 millions d’euros.

L’enveloppe est pourtant loin d’être bouclée, puisque HoloSolis a réuni à ce jour un peu plus de 220 millions d’euros, dont 200 millions d’euros au titre du crédit d’impôt français C3IV, soit à peine plus d’un quart du total. Le Fonds européen pour l’innovation doit apporter une partie du complément, mais les conventions de subvention ne seront finalisées qu’au premier trimestre 2027, selon le calendrier de la Commission européenne.

Jusqu’à présent, la plupart des fabricants français de panneaux solaires achetaient des cellules fabriquées en Chine pour les intégrer à des panneaux. Ici, le projet HoloSolis va plus loin en fabricant directement les cellules photovoltaïques à partir de plaquettes de silicium. L’usine fabriquera des cellules de technologie n-type TOPCon.

Pour y parvenir, HoloSolis s’appuie tout de même sur un acteur chinois, puisque l’entreprise a signé avec Trina Solar, l’un des leaders mondiaux du photovoltaïque, un accord de licence sur les brevets de la technologie TOPCon. Un partenariat qui nuance un peu l’image d’alternative à la Chine défendue par le projet.

Le dernier des Mohicans

Le projet a pourtant pris du retard, puisqu’en 2024, HoloSolis visait un début des travaux au second semestre 2025 et des premiers panneaux fin 2026 ; les travaux sont désormais annoncés pour 2027. Si tout se passe comme prévu, les premiers panneaux devraient sortir de l’usine en 2028. 

L’usine ne tournera pas à plein régime dès son ouverture : la montée en puissance sera progressive, et HoloSolis ne vise sa pleine capacité de 5 gigawatts qu’à l’horizon 2030.

La réussite de ce projet pourrait avoir des allures d’exploit, car les derniers projets de gigafactory de panneaux photovoltaïques n’ont jamais vu le jour. Parmi les projets abandonnés, on peut citer celui du fabricant REC Solar, qui devait lui aussi s’installer à Hambach avant d’y renoncer fin 2022. À Fos-sur-Mer, la start-up Carbon visait les mêmes volumes que HoloSolis, soit 5 gigawatts et environ 10 millions de panneaux par an, avant d’abandonner son projet en mai 2026, quelques jours après son placement en liquidation judiciaire. Ces abandons successifs s’expliquent notamment par la pression industrielle chinoise. 

De son côté, HoloSolis peut compter sur de récentes mesures destinées à favoriser la pose de panneaux solaires produits en France.


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