
Bruxelles semblait « donner le la » en Europe avec Paris sur les trottinettes et les vélos électriques partagés. Sauf qu’en juin dernier, la capitale belge annonçait l’interdiction des trottinettes électriques pour début 2027. La date est même désormais avancée au 1er septembre avec les vélos électriques. Pourquoi ce changement brutal ?
Lime conteste son éviction de 2023
La collectivité n’a rien à voir dans cette décision, puisqu’elle exécute celle du Conseil d’État belge. Celui-ci a en effet annulé les licences des trois opérateurs Bolt, Dott et Voi, suite à un recours de Lime. La société américaine, dont Uber est un actionnaire de poids, avait saisi la Haute Instance le 20 février 2024, en raison d’un appel d’offres jugé « non transparent et illégal ».
« Ces décisions violent la loi du 29 juillet 1991 relative à la motivation formelle des actes administratifs et se fondent sur un appel à candidatures qui s’appuie sur un arrêté du 13 juillet 2023 dont plusieurs dispositions sont elles-mêmes illégales », explique le Conseil d’État.
L’affaire en détail
L’arrêt du Conseil d’État reprend tous les détails du contentieux entre Lime et l’État belge. Bruxelles Mobilité désirait limiter le nombre d’opérateurs qui opéraient depuis 2019, en émettant un appel d’offres en septembre 2023.
Celui-ci a été validé le 22 décembre suivant pour une application au 1er janvier 2024. Bolt et Dott pouvaient ainsi déployer chacun 4 000 trottinettes et 2 500 vélos électriques, Voi seulement 2 500 vélos électriques. Lime n’a donc pas été retenue, et devait ainsi retirer ses vélos et trottinettes électriques.

Cependant, Lime a poursuivi en justice cette décision en 2024, notamment celle de réduire le nombre d’opérateurs et son octroi de licence, ainsi que la notation floue des opérateurs. Elle jugeait légitime de poursuivre ses opérations, ce que contestaient aussi les opérateurs actuels, d’où la durée de l’affaire.
En parallèle, Lime avait tenté de récupérer la licence de Bodaz, un autre opérateur qui avait fait recours, mais ayant obtenu une prolongation de licence jusqu’à fin 2025. Le Conseil d’État avait refusé ce transfert de licence, obligeant le retrait de ses vélos électriques en libre-service le 29 août.
L’opérateur américain a ainsi continué son recours et ses appels jusqu’à ce mois de juillet 2026, où la Haute Instance lui a donné raison, et rejeté les demandes de Dott et Bolt.
Cette victoire ne rouvre pas pour autant les portes de Bruxelles à Lime. L’entreprise l’a elle-même reconnu : l’arrêt ne lui accorde aucun droit automatique d’opérer dans la capitale. Elle réclame désormais un nouvel appel d’offres « pleinement conforme à la loi », où tous les opérateurs concourraient à armes égales.
Un coup de massue pour la mobilité à Bruxelles, avec un Villo! en sursis
La capitale belge figurait en 2024 dans le top 5 des villes européennes du vélo électrique en libre-service, avec 2,8 millions de trajets, et même sur le podium des trottinettes électriques partagées, avec 8,5 millions de trajets.
La volonté de passer de 20 000 à 8 000 véhicules, retoquée en 2024 mais finalement appliquée en 2025, n’a même pas bloqué la progression de la mobilité partagée. Selon la ministre de la Mobilité Elke Van den Brandt, 14 millions de trajets ont été réalisés en 2025 à Bruxelles.

La Région Bruxelles-Capitale a cependant décidé de ne pas renouveler les licences des trottinettes électriques en libre-service après le 31 décembre 2026. Concernant l’affaire en cours, elle pourrait décider du sort des vélos électriques partagés. Bruxelles Mobilité a annoncé réunir les opérateurs « à la mi-août-», sans précision depuis, afin « d’échanger sur les suites éventuelles ».
Quant au service public Villo!, avec ses 5 000 vélos et 360 stations, il n’est pas concerné et continue d’opérer. En sursis à cause d’une sous-utilisation (1 million de trajets par an, seulement 0,7 trajet/vélo/jour), son contrat avec JCDecaux a été exceptionnellement prolongé jusqu’au « nouveau système » promis en 2028.
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