Des « batteries sur roues » : pourquoi les voitures électriques vont avoir un rôle crucial pour le réseau électrique européen

 
De plus en plus répandue sur les voitures électriques, la charge bidirectionnelle pourrait tout changer selon une récente étude. Elle permettrait en effet à ces véhicules de soutenir le réseau électrique en y réinjectant de l’électricité.
Renault 5 E-Tech Electric // Source : Renault

Recharger une voiture électrique n’est pas aussi anodin que cela puisse paraître. Car lorsque le réseau électrique est sous tension, cette pratique peut tout changer. Bien sûr, remplir la batterie de son véhicule tire sur ce dernier, et augmente la demande, d’autant plus que le nombre de véhicules zéro-émission (à l’échappement) est en hausse constante en France.

Cependant, ceux-ci pourraient aussi au contraire rendre service au réseau public. Mais comment ? Eh bien, c’est justement ce qu’explique une nouvelle étude tout juste publiée par l’ONG Transport & Environment.

En fait, celle-ci indique que la charge bidirectionnelle joue un rôle très important. Et en particulier la charge V2G (vehicle to grid). Pour mémoire, cette technologie permet de réinjecter l’énergie stockée dans la batterie vers le réseau électrique, notamment durant les heures pleines, lorsque ce dernier est le plus sollicité.

Les VE devraient à terme jouer un rôle clé dans le système énergétique. Et ce afin d’« absorber la production excédentaire d’énergie solaire ou éolienne et pour la redistribuer ensuite au réseau électrique lors des périodes de forte consommation ».

Nissan Leaf V2G
Nissan Leaf, commercialisée depuis 2010

Car les voitures peuvent être utilisées comme de véritables « batteries sur roues », comme nous l’avions déjà expliqué. L’idée est de les recharger à bas prix durant les heures creuses, puis de réinjecter l’énergie dans le réseau durant les heures pleines. Ce qui permet de faire d’importantes économies. De plus, certains fournisseurs d’énergie proposent des offres permettant de réduire vos factures en acceptant de fournir l’électricité excédentaire de votre auto. T&E estime que le V2G permettrait de déployer 139 GW de solaire supplémentaires d’ici à 2040.

Un bras de fer sur l’électrique

Ce chiffre se base sur l’estimation selon laquelle 35 % des 140 millions de voitures électriques présentes sur les routes européennes seraient équipées du V2G. Mais cela n’est pas encore garanti, bien au contraire. Car T&E déplore les actions de l’ACEA, l’association des constructeurs européens d’automobiles. Cette dernière souhaite réduire les normes environnementales, ce qui aurait pour effet de diminuer la part d’autos électriques vendues. Si l’organisation obtenait gain de cause, on compterait environ 49 millions de VE en moins en Europe d’ici à 2040.

Et dans ce cas, ce ne sont que 88 GW d’énergie solaire, soit 51 de moins, qui pourraient être déployés sur le Vieux Continent. Or, sans les voitures électriques jouant le rôle de batteries sur roues, l’énergie serait gaspillée au lieu d’être stockée. « En conséquence, les nouvelles installations photovoltaïques dans l’UE seraient réduites de 37 % (-51 GW) entre 2025 et 2040 », estiment les experts de T&E. Ainsi, l’Europe perdrait environ 6 TWh d’énergie propre supplémentaire chaque année d’ici à 2040.

Photo Yannick Brossard / DPPI

Il faudrait également produire 13 GW supplémentaires via les centrales nucléaires. Et dans le scénario où l’électrification serait plus lente que prévu, cela coûterait également très cher. Car il faudrait dépenser environ 4 milliards d’euros supplémentaires par an pour moderniser le réseau électrique. Et ce, parce que l’installation de transformateurs et de câbles plus épais serait indispensable, afin de supporter des charges plus importantes. La raison ? « Il y aura moins de véhicules électriques pour décharger l’électricité localement lors des pics de demande » selon l’ONG.


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