« Ce n’est pas de gaieté de cœur » : Tiamat, la pépite française de la batterie sodium soutenue par Stellantis, reporte son usine à Amiens

 
Annoncé pour fin 2028, le projet industriel de la start-up Tiamat dans la Somme est repoussé. Cette usine avait pour projet de lancer la production de batteries au sodium, des batteries moins chères à produire que les batteries au lithium et qui pourraient rendre certaines voitures électriques encore moins onéreuses.
Les fameuses batteries sodium // Source : Tiamat

À Amiens, il y a la cathédrale, son beau centre-ville, et il y a aussi le rêve d’une usine française de batteries au sodium. Mais ce rêve attendra visiblement encore un peu, à en croire les informations relatées par l’AFP.

Tiamat, jeune pousse picarde née en 2017, annonce le report de son projet industriel dans la Somme, faute d’un tour de table financier abouti. Une pause qui en dit évidemment long sur les difficultés persistantes de la filière batteries en Europe, notamment en France, où la Vallée de la batterie, dans le Nord, peine aussi à trouver son rythme, portée notamment par l’usine ACC de Stellantis, TotalEnergies et Mercedes, qui rencontre quelques difficultés de jeunesse.

Un financement trop lourd à boucler et une production reportée vers l’Asie

Le constat est posé par Hervé Beuffe, le PDG de Tiamat : « Le financement aujourd’hui d’un projet de ce type-là est relativement complexe », il était « très difficile à clôturer pour une jeune entreprise comme la nôtre ».

La première phase du projet représentait tout de même environ 200 millions d’euros d’investissement et devait créer 400 emplois directs, avec une mise en production espérée fin 2028. Des ambitions revues à la baisse, non pas par manque de volonté, mais parce que les financeurs privés se montrent frileux face à un secteur qui peine à convaincre depuis plusieurs mois.

Projet d’usine Tiamat // Source : Tiamat

En attendant des jours meilleurs, Tiamat continue de faire fabriquer ses batteries par des sous-traitants asiatiques. Une solution que son dirigeant qualifie lui-même « par défaut » : « Ce n’est pas de gaieté de cœur », reconnaît-il, ajoutant que ce choix n’est « pas non plus l’option la plus sécurisante à long terme ». Reste que, pour l’heure, c’est la seule option viable pour maintenir l’activité de l’entreprise.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que Tiamat avait pourtant décroché un soutien de poids il y a quelques mois : Stellantis, maison mère de Peugeot, Citroën, Fiat ou Jeep, avait investi dans la jeune pousse via sa branche Stellantis Ventures.

L’objectif affiché était alors de sécuriser une filière de batteries sans lithium ni cobalt, réputée plus performante en conditions hivernales que les technologies lithium-ion actuelles, et de préparer une future génération de citadines électriques abordables. On pensait notamment à la Citroën Ami ou à la Fiat Topolino.

Citroën Ami Buggy (2025) // Source : Citroën

Reste que cet argent devait, dans un premier temps, surtout servir à financer des batteries destinées à l’outillage et au stockage stationnaire, l’automobile n’étant prévue que pour une deuxième génération encore lointaine. Un calendrier déjà prudent, qui montre que même avec Stellantis à son capital, Tiamat ne parvenait pas à réunir tous les financements nécessaires à la construction de son usine.

Des débouchés loin de l’automobile

Il faut d’ailleurs rappeler que la technologie sodium-ion développée par Tiamat ne vise pas vraiment le marché des véhicules électriques. Concrètement, une batterie sodium-ion fonctionne sur un principe proche de celui des batteries lithium-ion classiques, mais en remplaçant le lithium par du sodium, un élément bien plus abondant et moins coûteux à extraire.

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L’avantage est double : une moindre dépendance à des ressources minières tendues et souvent importées, et une recharge nettement plus rapide. En contrepartie, la densité énergétique reste inférieure à celle du lithium-ion, ce qui limite l’autonomie et rend cette technologie peu adaptée, pour l’instant, aux véhicules électriques longue distance.

C’est précisément ce compromis qui oriente Tiamat vers d’autres usages : avec une autonomie limitée mais une recharge rapide, la technologie s’adresse plutôt au petit électroménager, à l’outillage ou au stockage d’appoint pour centres de données. Un créneau sur lequel l’entreprise mise beaucoup, notamment via son partenariat avec l’américain Endeavour noué l’an dernier.

Batterie sodium CATL Naxtra

De quoi relativiser l’impact direct de ce report sur la filière batteries automobiles proprement dite, même si le symbole reste pesant pour l’écosystème industriel local.

La Chine, de son côté, s’est emparée de cette nouvelle chimie, aussi bien pour ses systèmes de stockage stationnaire que pour des usages automobiles, avec des batteries dédiées aux voitures électriques dont la fabrication débuterait dès 2026.


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