
Il y a beaucoup de choses que l’on peut reprocher à Stellantis, en particulier des soucis de fiabilité bien connus ces dernières années autour du moteur 1,2 litre PureTech ou encore de nombreux bugs sur certains modèles électriques à leur lancement, comme pour la Citroën ë-C3.
Mais s’il y a bien une chose que Stellantis réussit particulièrement bien à nos yeux, c’est de parvenir à distinguer chaque modèle d’une marque à une autre, même si les autos en question partagent la même plateforme et les mêmes motorisations.
La Peugeot e-208, par exemple, est la cousine technique des Opel Corsa et Lancia Ypsilon, et un œil non averti verra trois voitures bien différentes esthétiquement parlant. Il en va de même pour la Peugeot 308 avec l’Opel Astra ou encore le Peugeot 3008 avec le Citroën C5 Aircross.
Bref, Stellantis maîtrise globalement son sujet en matière de design et de différenciation, mais visiblement, Gilles Vidal, l’ancien patron du design chez Peugeot, parti chez Renault quelques années pour superviser le design de la R4, de la R5 et de la nouvelle Twingo, puis revenu chez Stellantis l’an passé, veut aller encore plus loin.
Le grand écart entre les marques
Revenons un instant sur ce que Stellantis représente concrètement : 10 marques uniquement en Europe (14 à l’échelle mondiale, sans compter le chinois Leapmotor), des plateformes communes et des usines partagées. Le groupe a longtemps misé sur la mutualisation à tout-va, ce qui a permis de réduire les coûts, mais pas toujours de préserver l’identité de chaque constructeur juge-t-on chez Stellantis.
C’est précisément ce chantier que Gilles Vidal dit vouloir prendre à bras-le-corps. Sa feuille de route ? Que chaque marque ait une personnalité suffisamment affirmée pour que le client ne se retrouve plus à hésiter entre deux Stellantis, sans même le savoir.
« On veut que les marques se battent contre la vraie concurrence, pas entre elles », résume-t-il dans les colonnes du magazine britannique Autocar.
Des identités à (re)construire
Gilles Vidal cite lui-même un contre-exemple réussi : la génération précédente formée par le C5 Aircross, le 3008, le 5008 et le Grandland. Des voitures issues d’un même programme, mais perçues comme suffisamment différentes (dans leur design comme dans leur comportement) pour ne pas se marcher dessus. L’idée, c’est de retrouver ce niveau de distinction à tous les niveaux.
Pour chaque marque, il esquisse une direction. Peugeot misera sur l’innovation technologique, avec notamment son système steer-by-wire Hypersquare, tout en conservant un design « élégant » plutôt que spectaculaire. Citroën jouera la carte de l’abordable sans renier son histoire d’originalité. Le concept ELO, ce concept de micro-monospace, illustre assez bien cette direction.
DS restera dans le registre « premium à la française ». Fiat prolongera la dynamique lancée par la Grande Panda. Opel vise à devenir « la marque allemande la plus créative », tandis qu’Alfa Romeo entend remettre le plaisir de conduite au centre de ses intérêts, avec de vraies commandes physiques, pas uniquement des écrans.
Maserati, le dossier le plus délicat
Si un nom revient dans le discours de Gilles Vidal comme une priorité tacite, c’est Maserati. Et pour cause : la marque traverse une période difficile, entre repositionnement incertain et ventes en berne.
Le designer s’y prend par l’angle historique : chaque grande rupture stylistique chez Maserati aurait correspondu à une ère d’environ 20 ans. Courbes dans les années 50-60, angles dans les 70-80, « brutal » dans les 90, puis retour aux rondeurs. Selon lui, ce cycle serait bouclé. Reste à savoir ce qui vient après.
C’est aussi et sans doute une façon élégante de dire que personne n’a encore la réponse. Toujours est-il que Stellantis n’est certainement pas le groupe automobile où les synergies sont les plus évidentes, notamment grâce au travail des designers, mais le groupe semble vouloir pousser le curseur un peu plus loin.
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