Depuis quelques mois, le terme est sur toutes les bouches : RCS (pour Rich Communication Services). Google en fervent défenseur, la technologie est vue comme l’avenir du simple protocole SMS/MMS. Mais qu’est-ce vraiment ? Notre dossier vous le dira.

De nos jours, nombreuses sont les personnes à être sur Facebook Messenger, WhatsApp ou encore LINE. Ces applications de discussion instantanée ont petit à petit enterré, mais pas totalement supplanté, le protocole SMS/MMS d’antan qui n’est aujourd’hui utilisé qu’en de rares occasions.

Face à ce mouvement, on entend de plus en plus parler du RCS. Google fait partie des entreprises ne cessant de placer cette petite abréviation dans chacune de ses phrases dès lors qu’il parle d’application de discussion, particulièrement alors que les siennes — notamment Google Allo — n’ont jamais réussi à captiver le marché.

Mais qu’est-ce que le RCS, dans les faits ? À quoi va-t-il servir, et pourquoi n’est-il pas implémenté plus rapidement ? Dans ce dossier, nous allons vous expliquer les tenants et aboutissants de tout cela.

Qu’est-ce que le RCS ?

RCS veut dire « Rich Communication Services », et désigne un protocole développé par le consortium GSMA. Vous l’aurez compris : il s’agit d’un protocole libre, dépendant d’ailleurs de celui de l’IP.

Son but ? Offrir des services standardisés à tous, avec notamment :

  • Une messagerie indépendante
  • Chat en tête à tête
  • Chat en groupe
  • Transfert de fichiers de tout type
  • Notification de disponibilité
  • Appels en VoIP
  • Appels vidéo
  • Partage de géolocalisation
  • Messagerie audio
  • Liste noire

Vous l’aurez compris, il s’agit d’offrir aux SMS / MMS d’antan les mêmes fonctionnalités qui font la force des services comme Facebook Messenger ou WhatsApp. Avec quelque chose en plus : ce standard peut être utilisé par n’importe quel constructeur de smartphones sur n’importe quel appareil, et fonctionne sur n’importe quel réseau et n’importe quel serveur.

Le RCS ne passe cependant pas par le simple réseau GSM, mais naturellement par la 4G ou le Wi-Fi. Malgré tout, les applications l’utilisant se reconnaissent facilement entre elles et peuvent donc efficacement profiter de toutes ces fonctionnalités sans limite. Et ce, qu’importe la plateforme : téléphone, tablette, ordinateurs, tout est bon.

La philosophie derrière le RCS

Pourquoi avoir créé le RCS ? Quand bien même on l’oublie, tous les services utilisés actuellement émanent d’entreprises privées : Messenger appartient à Facebook, WhatsApp appartient à Facebook, Skype appartient à Microsoft… et iMessage appartient à Apple. Les utilisateurs font donc passer leurs vies privées par les canaux d’entités ayant un contrôle total de leurs données.

Certaines entreprises les utilisent, et d’autres non. Toujours est-il que le modèle est plus vicieux par essence que le simple SMS, qui passant par le réseau téléphonique est plutôt contrôlé par le gouvernement, garantissant un certain respect de la vie privée. Le RCS n’est cependant pas chiffré de bout en bout, ce qui inquiète certaines personnes.

Sur le pur aspect pratique, avoir un « iMessage pour tous » doit nécessairement passer par un standard accepté par tous. Or, ces entreprises ont développé leurs propres technologies et sont loin de vouloir partager le fruit de leurs requêtes : elles sont toutes en compétition.

Le RCS reste totalement neutre. De ce fait, tous les appareils et tous les constructeurs y ont accès, faisant que les utilisateurs pourront enfin goûter à ce fameux « iMessage pour tous » sans avoir besoin d’avoir le même produit du même constructeur avec la même application. Il suffit d’avoir une application compatible RCS, et toutes les fonctionnalités sont immédiatement débloquées.

De plus, cela n’empêche pas la compétition. Le RCS a beau être un standard, les applications l’utilisant sont libres d’utiliser l’interface qu’elles souhaitent et d’adopter le nom qu’elles veulent. C’est pourquoi Android Messages et Samsung Messages sont compatibles quand bien même leurs buts sont bien différents.

L’adoption du RCS

Tout sonne parfait, n’est-ce pas ? Pourtant, ce standard n’est pas facilement accepté. D’une part, il fait appel à de nombreux acteurs différents qui doivent tous se serrer la main, et notamment les opérateurs. Pour ceux-là, les SMS/MMS sont encore une manne intéressante que ne remplacera pas le RCS, dont le support doit être déployé sur le réseau. Un investissement sans forcément de retour qui peut déplaire. La plupart des opérateurs ont annoncé vouloir supporter le RCS, mais rares sont ceux ayant fait les déploiements nécessaires pour le moment.

De l’autre, les acteurs privés et les développeurs ne sont pas forcément motivés pour intégrer le RCS au sein de leurs applications. Il faut dire que les services privés occupent déjà massivement le marché, faisant que l’adoption du standard ne paraît pas forcément garantie par les utilisateurs. Aussi, pourquoi investir vers quelque chose qui ne garantit pas un retour monétaire important ?

Voilà ce qui s’oppose actuellement à l’adoption du RCS. Pour autant, Google fait des pieds et des mains pour que ce standard soit adopté. De même, certains acteurs télécoms voient dans le RCS un moyen de conjuguer leurs efforts pour contrebalancer le pouvoir des grandes entreprises, et s’allient en ce sens autour du protocole pour contrebalancer ces entreprises.

En ce sens, il semble que le RCS soit destiné à remplacer le SMS/MMS d’une manière ou d’une autre. La seule inconnue est finalement le temps que cela prendra, lié au temps qu’il faudra pour qu’une entente soit trouvée entre tous ces acteurs différents du marché.

Nous avons contacté les quatre opérateurs français afin de recueillir leurs visions de la chose. Free indique n’avoir rien à communiquer sur le sujet : nous attendons toujours réponse d’Orange, SFR et Bouygues Telecom, et mettrons à jour cet article si nous les avons.