Phil Schiller, vice-président marketing d’Apple, s’est exprimé sur le marché éducatif pour Cnet. Dans cette interview, l’homme d’affaires relègue les Chromebook au rang d’appareils de seconde zone qui ne permettront pas aux élèves de réussir… mais ce n’est pas la réalité.

Aux États-Unis, le marché éducatif est particulier. En gardant uniquement une vision tech, il faut savoir que Google a réussi un coup énorme en réussissant à équiper de nombreuses classes en Chromebook, lui permettant de devenir l’acteur numéro 1 sur le marché.

Voilà une place qui fait des envieux. C’est pourquoi du côté d’Apple, l’iPad le plus financièrement accessible a été tourné du côté de l’éducatif, avec notamment une prise en charge de l’Apple Pencil. Il reste cependant toujours très onéreux.

Les enfants ne peuvent pas réussir sans iPad

En interview pour Cnet, le vice-président marketing d’Apple, Phil Schiller, s’est exprimé sur le milieu éducatif. Il avance que sur ce marché, particulièrement jusqu’à 12 ans et dans la tranche des 6 à 9 ans, l’iPad se porte bien.

Mais ce n’est pas le passage qui a suscité la colère de nombreux lecteurs. S’avançant sur le marché éducatif, il a mis en avant les résultats d’une étude réalisée quelques années auparavant par Apple sur le rôle de la technologie dans l’éducation, qui aura offert un constat simple connu de tous depuis des millénaires : les étudiants plus engagés en classe sont ceux qui réussissent le mieux.

Très bien, mais la suite prend une nouvelle forme : « Les enfants passionnés par l’éducation et ayant envie d’apprendre auront de meilleures chances. Ce n’est pas difficile de comprendre pourquoi les enfants ne sont pas intéressés en classe sans appliquer la technologie d’une manière qui les inspire. Vous avez besoin d’avoir ces outils d’apprentissage de pointe pour aider les enfants à atteindre leurs meilleurs résultats ».

« Vous avez besoin d’avoir ces outils d’apprentissage de pointe pour aider les enfants à atteindre leurs meilleurs résultats »

Un premier message grinçant. Quel est le sous-entendu ici ? Que sans technologie de pointe, les enfants sont condamnés à ne jamais atteindre leur plein potentiel ? On serait tenté de lui offrir le bénéfice du doute s’il n’avait pas rajouté :

« Et pourtant, les Chromebook ne font pas ça. Les Chromebook ont atteint les classes parce que, honnêtement, ils ne sont que des outils de test bon marché pour les examens obligatoires. Si tout ce que vous voulez est faire passer des examens à vos enfants, eh bien, peut-être qu’un portable pas cher suffira. Mais ils n’arriveront pas à réussir. »

Le message est clair. Les Chromebook ne sont que des outils bon marché, et il est impossible pour des enfants de réussir avec eux. Suite au tollé que cette interview a provoqué, Phil Schiller est revenu sur ses propos sur Twitter pour ajouter :

« Tous les enfants ont la possibilité de réussir — les y aider a toujours été notre mission. Dans l’interview complète de CNET, nous parlons du fait de donner aux enfants et professeurs les contenus, cursus et outils dont ils ont besoin pour apprendre, explorer et grandir. Pas seulement passer un examen ».

Le même mépris s’y ressent, montrant que Phil Schiller n’a tout simplement pas compris en quoi ses propos ont pu faire grincer de nombreuses dents.

Les Chromebook ont débloqué des classes

Revenons donc ensemble sur les Chromebook. Si les appareils restent relativement de niche en France, leur succès surprise aux États-Unis dans le domaine de l’éducation est important.

Nous avons justement rencontré récemment Google pour parler de ces Chromebook et de la situation dans le milieu éducatif. L’explication de ce succès, qui les a eux aussi surpris, est assez simple : sur ce domaine, Google n’a pas vaincu un concurrent, mais étendu le marché.

Comprenez que la plupart des écoles américaines n’ont tout simplement pas le budget d’avoir un parc informatique et le maintenir. Avoir un administrateur réseau Windows capable de maintenir des dizaines voire centaines de machines a un coût, en prime, bien sûr, des machines elles-mêmes.

Avec le Chromebook, le corps enseignant a accès à des machines à bas prix pouvant être facilement utilisées par plusieurs personnes en même temps. Mais surtout, leur déploiement est si simple qu’un professeur peut s’en occuper lui-même sur un après-midi. La maintenance de ces ordinateurs est tout aussi simple, puisqu’elle est faite par Google directement : l’école peut lancer ce programme et l’oublier. Les ordinateurs peuvent être rendus accessibles librement, comme un livre dans une bibliothèque. Et aucune donnée n’est à risque de piratage.

Voilà la formule qui n’a pas séduit les écoles… mais les a libérées. Des institutions qui n’avaient pas le budget de développer un pôle informatique ont pu du jour au lendemain accéder à une solution pérenne et peu chère pour que leurs étudiants puissent profiter de l’outil. Un outil qui n’est qui plus est pas forcément accessible aux familles, mais l’est bien plus que le produit le moins cher qu’Apple a à leur proposer.

L’apparition des Chromebook dans le milieu éducatif américain a conduit à une plus grande expansion de l’outil informatique dans les écoles. Si Google est devenu numéro 1 du marché, ce n’est pas parce qu’il a remplacé un concurrent, mais parce qu’il a répondu aux besoins de consommateurs étant dédaignés jusque là. Par Apple, notamment.

Les Chromebook sont loin d’être aussi limités

Les capacités des Chromebook eux-mêmes sont loin de correspondre à la vision fermée que tente de vendre Phil Schiller ici. Les Chromebook sont désormais tous compatibles avec le Play Store, permettant d’utiliser de nombreuses applications éducatives disponibles sur Android.

Qui plus est, les formats sont multiples et des tablettes sous Chrome OS existent aussi désormais. Aussi, l’accessibilité d’expérience en réalité augmentée est largement plus grande que sur la gamme vendue par Apple. Si les graphismes ne seront pas aussi poussés, est-ce vraiment un problème par rapport à l’éducation ? Particulièrement face à de nouvelles générations qui ont grandi avec le tactile et le mobile, et sont donc naturellement plus portées à comprendre rapidement comment interagir avec ces appareils et expériences.

Pour l’éducation à la programmation et aux outils numériques, ils sont également compatibles avec Linux et peuvent offrir bien des manières de comprendre intimement et intuitivement l’outil informatique. Il n’y a pas de réel frein à l’inspiration des jeunes.

Enfin, même s’ils n’y sont plus limités désormais, les Chromebook sont foncièrement des expériences connectées au net. Ce qui veut aussi dire aux outils collaboratifs du web, comme les Google Docs si populaires auprès des étudiants. Les bienfaits de la collaboration ne sont-ils pas des valeurs que l’on souhaite apprendre aux enfants ?

Bref. Entre le mépris de classe affiché et le dédain de ses concurrents, Phil Schiller a tout simplement montré sur cette interview son ignorance crasse sur les questions d’éducation qu’il cherche pourtant à défendre. Difficile d’entendre tout cela de quelqu’un se voulant représenter une nouvelle ère éducative avec un iPad vendu à 389 euros grand minimum.