L’arrestation d’une responsable de Huawei par les autorités américaines prouve une nouvelle fois que le constructeur chinois devient un symbole de l’animosité qui règne entre Washington et Pékin. Il est d’ailleurs l’un des premiers à en faire les frais.

L’année 2018 de Huawei aura été marquée par les sorties très remarquées du P20 Pro puis du Mate 20 Pro. Les deux smartphones se sont imposés comme des références incontournables sur le marché. En d’autres termes, le constructeur chinois a clairement manifesté ses ambitions gargantuesques.

Et pourtant, malgré la renommée grandissante de la marque à travers le monde, il y a un marché qui résiste encore et toujours à Huawei : les États-Unis. Les autorités américaines considèrent l’entreprise chinoise comme un danger pour la sécurité nationale et ont multiplié les obstacles à l’implantation durable de la marque sur le sol de l’Oncle Sam.

Le Huawei Mate 20 Pro

Le dernier accroc en date entre les deux parties ne viendra certainement pas apaiser les tensions. En effet, la directrice financière de Huawei, Wanzhou Meng, a été arrêtée à l’aéroport de Vancouver au Canada sur demande des forces de l’ordre des États-Unis. Elle est en effet accusée de ne pas avoir respecté le blocus iranien qu’impose Washington pour empêcher la vente de produits à l’Iran. À noter que ZTE a rencontré des soucis pour les mêmes raisons.

En réaction à cette arrestation, Huawei a fait parvenir un communiqué au média MobileSyrup :

Récemment, notre directrice financière, Mme Meng Wanzhou, a été détenue provisoirement par les autorités canadiennes au nom des États-Unis d’Amérique qui demandent l’extradition de Mme Meng Wanzhou pour faire face à des accusations non précisées dans le district est de New York, alors qu’elle faisait escale au Canada.

L’entreprise n’a reçu que très peu d’informations sur les accusations et n’a pas connaissance d’actes répréhensibles de la part de Mme Meng. L’entreprise est certaine que les systèmes juridiques canadien et américain parviendront à une conclusion juste.

Le groupe Huawei se conforme à toutes les lois et réglementations applicables dans les marchés où il opère, y compris les lois et réglementations des Nations Unies, des États-Unis et de l’UE en matière de contrôle des exportations et de sanctions.

Malgré ces déclarations assez sobres — voire diplomates –, Huawei s’est retrouvé au cœur de tensions géopolitiques qui opposent la Chine et les États-Unis, et plus particulièrement depuis que Donald Trump est arrivé au pouvoir.

Embûche sur embûche

Comme nous le disions plus haut, Huawei est considéré comme une menace par les services de renseignements américains tels que le FBI, la NSA et la CIA. Ces derniers estiment en effet que la firme sert d’outil d’espionnage pour la Chine. Ces inquiétudes avaient été exprimées en début d’année et, depuis, le constructeur a vu ses produits retirés des rayons du distributeur Best Buy. Les produits de la marque ne peuvent donc plus être trouvés dans des magasins physiques aux États-Unis.

À cela s’ajoute la loi signée par Trump interdisant les agences gouvernementales d’utiliser des produits ou infrastructures de Huawei et la pression de certains législateurs sur Google pour que la firme de Mountain View cesse de travailler avec Huawei.

L’impact de Donald Trump

Les États-Unis et la Chine ont toujours été de gros concurrents, les deux pays souhaitant asseoir leur domination économique et politique. Cette opposition a été exacerbée par l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Le 45e président américain n’a en effet jamais caché son hostilité pour les produits venus de l’Empire du Milieu.

Donald Trump

D’une part, il exhorte ses concitoyens à consommer des produits américains et d’autre, il accuse régulièrement la Chine de s’adonner à une concurrence déloyale. Donald Trump incarne réellement cette tension accrue entre Washington et Pékin. Dans un tel contexte, Huawei devient alors une cible idéale.

La marque a conquis son marché natal avant de partir à la conquête du monde. Une conquête couronnée de succès puisqu’au deuxième et troisième trimestre 2018, Huawei a occupé la place de deuxième constructeur mondial, devant Apple qui est une entreprise étasunienne justement.

Frapper Huawei revient ainsi à frapper l’un des acteurs économiques les plus importants de la Chine. Le coup n’est donc pas directement porté contre Pékin, mais il est lourd de conséquences.

Huawei s’accroche

Face à ces obstacles qui, accumulés, paraissent insurmontables, un responsable de Huawei avait clairement laissé entendre que sa firme jetait l’éponge sur les États-Unis au lieu de s’entêter. Toutefois, par la suite, on apprenait que l’entreprise ouvrait 200 nouveaux emplois outre-Atlantique. Cela laisse ainsi supposer que le constructeur n’a pas encore abandonné son rêve américain.

En ce qui concerne la France, vous n’êtes pas sans savoir que l’on trouve des produits Huawei très facilement, aussi bien dans les magasins physiques que sur les boutiques en ligne, tandis que plusieurs de ses antennes quadrillent le territoire. La firme n’est donc pas inquiétée dans l’Hexagone pour le moment.

Néanmoins, si des responsables politiques français indiquent avoir une « analyse fine de la situation », ils ne nient pas non plus que cette question peut être sujette à certaines tensions.