J’ai testé le casque Marshall Milton ANC : le style avant le son

Marshall revient sur le supra-auriculaire

Marshall lance le Milton ANC à 199 euros. Ce modèle qui se pose sur les oreilles mise sur le design, l'autonomie et une réduction de bruit adaptative inédite chez la marque. Mais sa courbe de réponse pose un vrai problème d'équilibre.
Marshall Milton ANC
 
Marshall Milton ANC
Le casque supra-aural Marshall Milton ANC // Source : Tristan Jacquel

Marshall, c’est d’abord une histoire d’amplis de guitare. La marque britannique équipe les scènes depuis des décennies. Elle fabrique toujours ses amplis de sonorisation pour les guitaristes. Autour de ce cœur de métier, le groupe a développé des entités dédiées à l’audio grand public. On y trouve des casques, des écouteurs, des enceintes Bluetooth de loisir et, depuis peu, des enceintes festives.

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Sur le terrain des enceintes, Marshall fait du très bon travail. Les modèles Bluetooth nomades affichent une belle qualité. Les festives vont encore plus loin. Depuis un an, la marque propose d’excellents modèles dans ce format. La Bromley 750 a ouvert le bal. La Bromley 450 a suivi. Ces enceintes festives viennent taquiner JBL et Sony sur leur propre terrain. La signature sonore y est généreuse et équilibrée. C’est une vraie réussite.

Pour les casques et les écouteurs, le constat est plus nuancé. Depuis quelques années, les produits Marshall restent perfectibles dans ce domaine. Le son n’atteint pas le niveau des enceintes maison. Le Milton ANC s’inscrit dans cette lignée : on aimerait y retrouver l’équilibre des enceintes festives, mais ce n’est pas tout à fait le cas.

Un mot sur le positionnement, parce qu’il a son importance. Le Milton ANC remplace l’ancien Mid ANC, disparu du catalogue. Il se glisse entre le Major V et le Monitor III ANC. C’est le premier supra-auriculaire (sur les oreilles et non autour) à réduction de bruit de la marque depuis huit ans. On fait le point.

Marshall Milton ANCSpécifications techniques

Ce test a été réalisé avec un casque prêté par Marshall.

Marshall Milton ANCDesign : le vrai atout du Milton ANC

Le design est le principal atout de ce casque. Le Milton ANC est tout simplement joli, compact, mignon et très soigné. Une fois replié, il ne prend quasiment pas de place. La structure est souple, on peut manipuler franchement sans craindre une casse.

Marshall Milton ANC

Le look joue la carte rétro, avec des câbles de modulation qui restent visibles et relient les deux oreillettes via l’arceau. Aujourd’hui, presque plus aucun fabricant ne laisse voir ce fil. Marshall assume ce clin d’œil aux années 80 et 90. À l’époque, on ne savait pas dissimuler les câbles. Ici, le choix est purement esthétique.

Il y a un léger risque de l’accrocher en cas de geste brusque, mais avec un minimum d’attention, le problème ne se pose pas. Le câble paraît solide et bien fixé.

Les matériaux respirent la qualité. Le faux cuir est très confortable. Le contact est flatteur. La matière accroche légèrement sous les doigts. L’ensemble est très réussi, je le reconnais volontiers. Le logo Marshall couleur laiton apporte la touche finale. Un petit bouton avec la même finition complète le tableau.

Marshall Milton ANC

Le Milton ANC est un casque supra-auriculaire et non pas circum-aural. Ici, les coussinets reposent sur l’oreille, ils ne l’entourent pas. L’inconvénient avec ce type de casque, c’est parfois la pression exercée sur l’oreille. Ici elle est très mesurée et la mousse à mémoire de forme est tendre. Pour autant, le casque ne bouge pas. On peut secouer la tête sans le voir glisser. Le confort est excellent.

La connectique se limite à un port USB-C pour la recharge et l’écoute filaire. Un câble mini-jack 3,5 mm vers USB-C est fourni, pour se raccorder à la sortie audio d’un baladeur ou d’un ordinateur. Il est nécessaire que le casque soit sous tension pour que l’entrée analogique fonctionne. L’écoute de port USB-C à port USB-C est possible, avec un son sans aucune recompression (lossless).

Marshall Milton ANCApplication : quelques surprises

Le casque dispose de deux boutons physiques. Le bouton M couleur laiton se trouve sur l’oreillette droite. C’est la fameuse manette multidirectionnelle de Marshall. On l’incline à l’horizontale ou à la verticale. On la presse de façon courte ou longue. Ce seul petit bouton gère le volume, le changement de piste, la lecture, la pause, la prise d’appel, l’allumage et l’appairage Bluetooth. C’est très bien pensé.

Marshall Milton ANC
L’un des atouts du Marshall Milton ANC, il est pliable // Source : Tristan Jacquel

Un second bouton sur l’autre oreillette permet d’attribuer une fonction au choix dans l’application Marshall. Il bascule la réduction de bruit, ouvre l’égaliseur, active la spatialisation Soundstage (on y revient) ou invoque l’assistant vocal.

Côté Bluetooth, le Milton ANC est à la page, avec une puce à la norme 6.0 qui gère le multipoint (connexion à plusieurs sources) LE Audio et la norme Auracast. Côté codecs, on retrouve le SBC, l’AAC, le LC3 et le LDAC.

Soyons honnêtes, l’argument du LDAC et sa faible compression reste théorique. Les écarts entre codecs Bluetooth sont déjà faibles dans l’absolu et il faut un casque très haut de gamme pour percevoir une différence. Ici, je n’entends pas d’écart évident entre le LDAC et le SBC de base utilisé par la plupart des smartphones. J’en entends davantage entre mon iPhone et mon smartphone Poco. Aussi, mieux vaut utiliser un smartphone premium avec une transmission Bluetooth basique (iPhone, Galaxy S…) plutôt qu’un téléphone d’entrée de gamme supportant le LDAC.

Un égaliseur un peu chiche mais des fonctions intéressantes

L’application Marshall Bluetooth donne notamment accès à l’ajustement du niveau de réduction de bruit. C’est une bonne nouvelle car beaucoup de fabricants imposent un mode automatique (adaptatif), pas toujours très réactif aux changements d’intensité des bruits environnants. Ce mode adaptatif existe ici, mais on peut le débrayer et forcer l’ANC en mode élevé.

L’application propose aussi un égaliseur. Trois présélections sont disponibles. On peut ensuite jouer sur les clés d’égalisation. La marge reste limitée. Il n’y a que cinq bandes, qui ne touchent ni l’extrême aigu, ni l’infra-grave. C’est trop peu dans la mesure où le son du Milton ANC mérite correction.

Marshall Milton ANCRéduction de bruit : honnête, sans plus

La réduction de bruit est la grande nouveauté de ce Marshall Milton ANC. C’est même la première réduction de bruit adaptative de la marque sur un casque supra-auriculaire. Pour y parvenir, le Milton ANC s’appuie sur six microphones, partagés entre l’isolation et les appels. Plusieurs d’entre eux analysent l’environnement sonore en temps réel et ajustent le niveau d’atténuation tout seuls.

En pratique, ce sont surtout les bruits graves qui sont éliminés, les bruits plus clairs n’étant que peu traités par l’électronique. Ils arrivent aux oreilles atténués néanmoins, mais peut-être pas au niveau de ce qu’on pourrait attendre d’un casque à 200 euros.

Marshall Milton ANC

Le mode transparence fait correctement son travail, même s’il conserve une légère coloration. On garde la sensation d’avoir un casque sur les oreilles, avec un son qui passe par les microphones. Cela n’empêche pas de suivre une conversation ni de rester attentif à son entourage.

Marshall Milton ANCAudio : la douche écossaise

Place à l’écoute. Et là, je vais être franc, c’est la douche froide. Comme souvent sur les casques Marshall, la courbe de réponse ne va pas dans le bon sens, avec un accent trop marqué sur les sons médiums.

Marshall Milton ANC
La courbe de réponse du casque Marshall Milton ANC // Source : Tristan Jacquel

La courbe du Milton ANC est très accidentée. Le premier souci se situe dans le haut médium. On relève une grosse bosse de présence autour de 2 000 Hz. C’est exactement là où il ne faut pas. 2 000 Hz correspond à la fréquence de résonance du conduit auditif et quand le son est trop fort (et imprécis) sur cette zone, l’oreille le ressent aussitôt. Le rendu devient agressif et déséquilibré. De plus, cette bosse apporte beaucoup de coloration et masque l’aigu. La finesse du haut du spectre disparaît derrière elle.

Marshall Milton ANC

On peut jouer de l’égaliseur, faire plonger la clé à 2,5 kHz au maximum pour calmer le phénomène. Mais même dans ce cas, le son reste coloré. On comprend mal ce choix, car une courbe de réponse se modélise aujourd’hui sans difficulté grâce à l’électronique embarquée.

Le grave manque de profondeur. Le volume vers 60 et 70 Hz n’est pas assez généreux. Il manque de l’assise et de l’impact. Sur des morceaux taillés pour le grave, on reste sur sa faim (rap, techno). Le grave n’est pas absent, mais il en manque. Dommage que la division casques chez Marshall ne s’inspire pas des enceintes festives du fabricant, qui ont elles une superbe courbe de réponse. Ici, la magie n’opère pas.

On note aussi un creux vers 300 à 400 Hz, qui fait reculer les voix.

Marshall Milton ANC

Côté scène sonore, le bilan est mitigé. Par défaut, la scène manque de volume, tout est compressé en largeur comme en profondeur. C’est dû à cette satanée bosse dans le médium qui vous envoie au plus près des tympans. Mais en jouant de l’égaliseur (baisser totalement la clé à 2,5 kHz, monter la plus aiguë) et en activant le mode Soundstage, on peut arriver à une restitution nettement plus convaincante. Le mode Soundstage permet de simuler la diffusion du son par des enceintes dans une pièce de petite, moyenne ou grande taille, avec un ajustement fin du niveau d’intensité de l’effet. Un peu de réverbe s’invite et c’est plutôt agréable. En jouant avec les paramètres, on rend le casque nettement plus écoutable.

L’écoute filaire avec un câble USB-C améliore un peu les choses, avec une dynamique plus solide (normal, le son est alors transmis sans compression Bluetooth) et une spatialisation plus vaste.

Impressions d’écoutes

Massive Attack, « Angel ». Le morceau monte lentement en tension. L’impact de la batterie en ouverture est puissant, mais manque de poids. On devrait être oppressé, on ne l’est pas, mais la ligne de basse est nerveuse et lisible. Le casque tient la dynamique.

Muse, « Hysteria ». Terrain idéal pour une marque d’amplis. La basse saturée a du mordant, les guitares de l’attaque mais fatiguent vite l’oreille. C’est un titre redoutable pour ça.

Marshall Milton ANC

Diana Krall, « The Look of Love ». Le timbre de la voix recule légèrement. La contrebasse reste douce et présente. L’ensemble manque toutefois d’un peu de chaleur.

Daft Punk, « Giorgio by Moroder ». Le casque adore ce genre de morceau. Les nappes synthétiques ressortent bien, le rythme est entraînant, l’énergie au rendez-vous. Le haut médium pousse parfois un peu trop les couches aiguës.

Nils Frahm, « Says ». Le piano et les textures électroniques demandent de la finesse. On perçoit le détail. Mais la scène reste resserrée, l’aigu manque d’air. C’est joli, sans être aéré.

Marshall Milton ANCAppels téléphoniques : correct

La qualité des appels est correcte. Les bruits autour de la voix sont en partie supprimés. On note des effets de pompage sur la voix de l’auditeur. Malgré tout, on passe ses appels sans devoir hausser le ton. L’interlocuteur nous entend bien et pour un usage courant, c’est suffisant.

Marshall Milton ANC

Marshall Milton ANCAutonomie : plus de 50 heures

L’autonomie est un point fort. Marshall annonce jusqu’à 50 heures avec l’ANC et jusqu’à 80 heures sans. Ces chiffres semblent globalement justes. Concrètement, volume à 50 % et ANC active, j’ai mesuré 53 heures. En somme, le casque tient sans broncher sur plusieurs jours.

La batterie est remplaçable d’après Marshall, ce qui est rare et appréciable. Comptez 3 heures pour une recharge complète, avec un mode rapide qui permet de récupérer plusieurs heures en seulement 15 minutes.

Marshall Milton ANCPrix et concurrence

Le Milton ANC est vendu 199 euros. À ce tarif, la concurrence est rare.

Le rival le plus direct est le JBL Live 670NC désormais proposé à 99 euros. C’est aussi un supra-auriculaire à ANC adaptative, avec une autonomie qui peut atteindre 65 heures. Sa finition fait plus plastique et moins premium, mais ses qualités acoustiques sont supérieures.

Notre avis sur Le Marshall Milton ANC

Design
10
Le plus beau casque supra du moment chez Marshall. Compact, pliable, bien fini, ultra-confortable. C'est son principal atout, il est beau et sa qualité de fabrication est irréprochable.
Logiciel
8
L'application Marshall progresse. Elle reste simple et claire, mais gagne quelques réglages bienvenus, comme celui de la réduction de bruit active dont l'intensité peut-être fixée manuellement, ou laissée en mode adaptatif. Le mode Soundstage est une bonne idée : il permet de simuler l'ambiance d'une salle de concert, petite, moyenne ou grande et d'ajuster l'intensité de l'effet. La prise en charge du Bluetooth LE Audio et Aurcast, ainsi que le codec LDAC sont des atouts. Dommage que l'égaliseur ne comporte que 5 bandes.
Réduction de bruit
7
La réduction de bruit est efficace sur le grave, moins sur le haut du spectre et les bruits clairs restent gênants autour de soi s'ils sont intenses. On reste bien en-deçà des références circum-aurales.
Audio
7
On aurait noté plus durement s'il n'y avait l'égaliseur intégré à l'app qui permet de calmer les ardeurs du casque dans les fréquences moyennes. La signature sonore par défaut du Milton ANC peut décevoir, tant elle colore la musique écoutée. Une fois l'égalisation en place, tout va mieux, même si la résolution globale n'est pas phénoménale. Le mode Soundstage apporte de l'air et constitue un vrai plus.
Autonomie
10
Rien à dire pour l'autonomie, avec 50 heures à mi-volume avec ANC, 80 heures sans. La batterie est remplaçable et le casque ne sera pas à jeter si elle vient à s'user.
Note finale du test
7 /10
Le Marshall Milton ANC séduit d'abord par son design. Il est joli, compact et bien fini, léger et confortable. Sa connectique est moderne, avec une entrée ligne analogique via sa prise USB-C et le Bluetooth avec à la page, avec le support de l'Auracast. Son autonomie est excellente. Sa réduction de bruit fait le travail, même si elle n'est pas au niveau des meilleures pour les bruits clairs.

Le problème vient du son. La courbe de réponse souffre d'une grosse bosse dans le haut médium, le grave manque de fond et les voix sont un peu trop haut perchées. La coloration se fait sentir un peu partout. L'égaliseur aide à corriger le tir, mais sans tout résoudre. Côté scène sonore, ça manque d'aération par défaut, mais le mode Soundstage apporte une ampleur intéressante.

À 199 euros, le Milton ANC est donc avant tout un bel objet, mais un casque perfectible côté audio. Tout dépendra de votre sensibilité à cette signature brute.

Points positifs du Marshall Milton ANC

  • Design rétro réussi, compact et pliable

  • Excellente qualité de fabrication, faux cuir flatteur

  • Léger et confortable pour un supra-auriculaire

  • Bluetooth 6.0, LE Audio, multipoint, LDAC

  • Entrée ligne analogique (numérisée via USB-C) et lecture lossless

  • Autonomie exceptionnelle de 50 à 80 heures

  • Réglage manuel du niveau d'ANC

Points négatifs du Marshall Milton ANC

  • Signature sonore colorée et déséquilibrée (avant égalisation)

  • Grave manquant de profondeur

  • Scène sonore compressée, écoute fatigante sur la durée

  • Égaliseur limité à cinq bandes

  • Réduction de bruit seulement moyenne pour le prix

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