Nous avons eu l’occasion de tester brièvement le Motorola RAZR, tout nouveau smartphone pliable de la marque emblématique. Qualité d’écran, fonctions, sensations une fois en mains… nous vous donnons notre avis complet.

Motorola RAZR déplié

Motorola RAZR déplié

Quelques jours après son lancement aux États-Unis, le Motorola RAZR a fait l’objet d’un second évènement à Londres pour le présenter à la presse européenne. Nous étions bien sûr présents pour l’occasion afin d’essayer le premier smartphone pliable à la verticale.

Après les Samsung Galaxy Fold et Huawei Mate X, qui s’apparentent davantage à des tablettes pliables — un grand écran qui se transforme en smartphone –, Motorola est peut-être le premier à proposer réellement un « smartphone pliable » en ramenant à la vie l’un de ses plus prestigieux modèles, le RAZR, un téléphone à clapet de 2005. Sauf qu’ici, les touches physiques cèdent leur place à un grand écran pliable de 6,2 pouces au format 21:9.

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Un écran… charnière

Le format 21:9 n’est pas une première sur un smartphone puisqu’il s’agit désormais du ratio de prédilection de Sony sur ses derniers smartphones. C’est aussi un format qui s’adapte particulièrement bien aux smartphones, permettant à la fois la consommation de contenus au format cinémascope, mais aussi un multitâche efficace.

Motorola RAZR

Motorola RAZR

Ce qui choque le plus ici, c’est plutôt sa forme. La bordure inférieure n’est pas plate, mais bombée vers l’extérieur, tandis que le haut de l’écran est tout en formes géométriques pour s’approcher au mieux du design original, avec une encoche qui ne grimpe pas sur la barre de statut. Toutes ces formes alambiquées permettent notamment à cet écran de se mouvoir dans la coque et de se déplacer légèrement au moment où l’on plie le clapet.

Ici, ceux qui ont suivi les dernières nouveautés devraient se demander dans quelle mesure la pliure est visible à l’écran. Eh bien Motorola a réussi à trouver un format qui ne marque pas, ou tout du moins pas trop. Au quotidien, la pliure ne devrait clairement pas sauter aux yeux, même si l’on regarde l’écran un peu en biais. Ce n’est pas faute d’avoir cherché, mais l’aspérité ne s’aperçoit que dans des conditions bien particulières, et c’est loin d’être aussi marqué que sur le Galaxy Fold par exemple.

Cette prouesse est permise, comme dit précédemment, par un léger jeu de l’écran dans la carcasse du téléphone, mais aussi par un ingénieux jeu de charnières qui donne plus de place à l’écran pour s’enrouler et ainsi ne pas avoir de pliure nette. Quant au nombre de pliages possible, Motorola n’a pas souhaité donner de chiffre précis pour le moment, mais promet être largement assez confiant pour proposer une garantie mondiale de 2 ans sur le produit.

Bien qu’il s’agisse d’un écran plastique, une contrainte toujours nécessaire sur les smartphones pliables actuels, le fait qu’il soit parfaitement tendu le rend vraiment agréable sous le doigt et parait plus qualitatif que sur les autres smartphones pliables.

La charnière du Motorola RAZR

La charnière du Motorola RAZR

Notons tout de même que lorsqu’on plie le RAZR, le mécanisme fait que l’écran se soulève légèrement avant de s’enfoncer dans la charnière, ce qui permet d’éviter la fameuse trace de pliure, mais soulève la question des poussières qui pourraient s’immiscer sous cette dalle OLED ou directement dans le mécanisme.

Le deuxième écran

Tout comme Samsung, Motorola a tout de même pensé à intégrer un écran au dos du clapet afin de réduire le nombre de sollicitations du grand écran, permettant ainsi de le protéger de l’usure et réduire la consommation d’énergie — ce qui devrait être un point important –, mais nous verrons cela plus tard. Cet écran de 2,7 pouces est en revanche moins satisfaisant.

Écran secondaire du Motorola RAZR

Écran secondaire du Motorola RAZR

Si la dalle principale est mate, le petit écran secondaire est brillant. Très brillant. Tellement qu’il en devient difficilement lisible en extérieur. Déchiffrer le contenu d’un mail derrière les reflets risque d’être très difficile, obligeant finalement à ouvrir le téléphone pour consulter le texte en question.

Les interactions sont également limitées sur cet écran puisqu’il n’affiche pas de clavier. Vous pourrez donc consulter du contenu au besoin ou vous en servir pour prendre un selfie en utilisant le capteur principal, mais pour répondre à vos messages, il faudra passer par Google Assistant, par les réponses rapides prédéfinies ou ouvrir le téléphone.

Le smartphone pour hipsters

Depuis l’annonce de ce smartphone, beaucoup se demandent quelle est sa réelle utilité. Il ne rajoute aucune fonction ou confort supplémentaire comme pourraient le faire le Galaxy Fold ou le Mate X avec leur grand écran, et ne promet qu’une taille plus réduite à une époque où de toute façon tout le monde est déjà habitué à avoir un grand smartphone dans la poche.

Menton du Motorola RAZR

Menton du Motorola RAZR

Mais une fois le Motorola RAZR en mains, le trentenaire que je suis a retrouvé tout le plaisir du téléphone à clapet, avec en plus les fonctions « smart » que l’on attend en 2019. Même le « menton » un peu épais et hébergeant le capteur d’empreintes ne gêne en rien l’utilisation. Au contraire, il offre une prise en main très stable. Ouvrir et fermer le téléphone est néanmoins un peu difficile à une main. Elle est loin l’époque où on claquait son téléphone d’un geste vigoureux après une conversation.

Alors oui, il est n’est pas forcément aussi puissant ni aussi bon en photo qu’un smartphone traditionnel vendu au même prix, mais il offre du choix. Et surtout, comme le dit justement Étienne Bart, chef de produit Motorola, « c’est le moins cher des smartphones pliables ». Derrière ce trait d’humour se cache une vérité : cette nouvelle technologie coûte cher à concevoir et y ajouter en plus des caractéristiques ultra haut de gamme aurait fait s’envoler le prix au-delà de la barre des 2000 euros.

En ce sens, le Motorola RAZR apporte une chose qu’aucune fiche technique ne peut offrir : une expérience unique et un moyen de se différencier dans un raz-de-marée de téléphones tous conçus autour du même modèle. Alors certes, ce n’est clairement pas un téléphone qui est pensé pour le plus grand nombre, mais pour un premier smartphone pliable, concevoir un appareil de niche pour ceux qui veulent essentiellement se démarquer tout en restant proche des prix pratiqués dans l’industrie est loin d’être une mauvaise idée.

Une fiche technique décevante

Parce que oui, à côté de son format très réjouissant, la fiche technique du Motorola RAZR n’a rien de bien excitant. Écran HD (876p), SoC Qualcomm Snapdragon 710 (à la fois vieillissant et milieu de gamme), appareil photo sans stabilisation optique, 128 Go de stockage « seulement »… Ce n’est clairement pas sur ce terrain que Motorola compte jouer pour trouver des acheteurs.

Lors de notre prise en main, l’ensemble nous a paru fluide à l’utilisation, mais la transition des applications d’un écran à l’autre lorsqu’on ouvre le smartphone est un peu lente. Si vous avez votre notification de mail sur votre petit écran et que vous ouvrez le smartphone, vous vous attendez à ce que votre client mail s’ouvre instantanément, pas au bout de quelques secondes.

Pour le coup, ce ne sont pas les petits ajouts logiciels de Motorola qui changeront grand-chose à ce niveau, même s’ils sont bien pensés. On peut citer les gestes habituels de Moto (double twist pour l’appareil photo, double coup sec pour la lampe de poche…), l’affichage d’un smiley sur l’écran secondaire lorsqu’on prend une photo pour attirer l’attention ou encore le mode « rétro » qui transforme le bas de l’écran en un clavier numérique à l’ancienne. Plus un easter-egg qu’autre chose.

Etienne Bart et Motorola RAZR

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En Europe en 2020

Dans tous les cas, le Motorola RAZR n’est pas encore officiellement annoncé en France. Il arrivera en Europe à partir de décembre autour de 1599 euros (prix pouvant varier selon les pays). Dans l’Hexagone, il ne devrait pas être disponible avant 2020.