
Me voici dans les allées du Salon de Pékin, à déambuler entre les stands des mastodontes asiatiques. Au milieu de cette effervescence technologique, un constructeur français tente de faire entendre sa voix.
Peugeot vient en effet de présenter deux études de style majeures, pensées pour redresser la barre sur un marché asiatique devenu ultra-compétitif. C’est face à ces modèles que je me suis retrouvé, scrutant chaque détail du premier concept de voiture électrique conçu par la marque au lion avec la volonté d’être produit et vendu localement.
Un design qui tranche avec les habitudes
Devant moi se dressent le Concept 6 et le Concept 8. Le premier est sans doute le plus saisissant des deux. Il prend la forme d’un grand break de chasse, croisement audacieux entre les anciens concepts Instinct et Polygon.

Les proportions sont très basses, la surface vitrée est drastiquement réduite, et la carrosserie exhibe des lignes ultra-tendues. À l’avant, le capot plongeant est nettement bosselé. On y découvre une toute nouvelle signature lumineuse : trois fines bandes LED horizontales de chaque côté, encadrant un logo et un lettrage illuminés.
En se penchant sur le bas du bouclier, on remarque la présence de ce qui s’apparente à des ouïes actives destinées à l’aérodynamisme. Le toit fuit agressivement vers une lunette arrière très inclinée, surmontée de deux appendices latéraux, le tout posé sur d’immenses jantes de 22 pouces.

À ses côtés, le Concept 8 s’attaque au segment très prisé des grands SUV. Si la signature lumineuse et les codes esthétiques conservent un indéniable air de famille avec la berline, son allure se montre beaucoup plus massive et statutaire.


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L’objectif visuel est clair : rassurer et imposer une présence forte sur la route. Ces lignes traduisent une « vision tournée vers l’avenir qui associe élégance française, design émotionnel et technologies électriques et intelligentes de pointe » selon les déclarations de la marque.

Sous le capot, un grand mystère face à des rivaux surarmés
Pour le moment, aucune image de l’habitacle n’est disponible et les fiches techniques brillent par leur absence. Il est probable que des motorisations fonctionnant uniquement sur batterie soient de la partie, tout comme des versions équipées d’un prolongateur d’autonomie essence, une architecture très en vogue chez les conducteurs locaux pour pallier l’anxiété de la recharge.
Ce détail est important, car il montre que ces deux voitures ne sont pas seulement des exercices de style. Elles s’inscrivent dans une stratégie industrielle. Peugeot connaît d’ailleurs déjà les solutions très locales du marché chinois : la marque a par exemple déjà été associée à une 408 chinoise compatible avec l’échange de batteries, une technologie permettant de repartir avec une batterie pleine en quelques minutes plutôt que d’attendre une recharge classique. Nous l’avions raconté avec cette Peugeot 408 chinoise pensée pour le battery swapping.
Ce retour à Pékin n’arrive pas de nulle part. Peugeot et la Chine, c’est une histoire commencée il y a longtemps, avec des coentreprises, des espoirs, puis beaucoup de désillusions. Dès 1985, Guangzhou Peugeot Automobile produisait notamment des 504 pick-up et des 505 SW en Chine. C’est un pan assez méconnu de l’histoire automobile française, que nous avions détaillé dans notre récit sur les débuts chinois de Peugeot avec GAC.
Le problème de ces deux voitures
Le problème, c’est que le marché chinois de 2026 n’a plus rien à voir avec celui des années 1980, ni même avec celui des années 2010. À Pékin, Peugeot ne se bat pas seulement contre Volkswagen, Toyota ou Honda.
La marque se retrouve face à BYD, Xiaomi, Huawei, Xpeng, Nio, Li Auto et une longue liste de constructeurs capables d’aller très vite, souvent avec des technologies embarquées très avancées. Car and Driver évoque près de 1 500 véhicules et plus de 200 nouveautés ou concepts présentés au Salon de Pékin 2026, ce qui donne une idée du niveau de saturation.

Alain Favey, le patron de Peugeot, résume l’enjeu avec une phrase très claire : « La Chine est un moteur majeur de notre transformation globale ». Selon lui, cette transformation concerne notamment l’électrification, l’innovation et la montée en gamme. C’est cohérent sur le papier.
Mais dans les allées du salon, on comprend aussi le défi : un beau concept-car ne suffit plus à impressionner durablement un public chinois habitué à voir des voitures très avancées arriver en série à un rythme accéléré.
Le pari complexe de la reconquête
L’usine Dongfeng de Wuhan devrait être chargée de la production de ces futurs véhicules, qui ne fouleront jamais le sol européen.
En dévoilant les Concepts 6 et 8, le constructeur français prouve qu’il n’a pas perdu son savoir-faire en matière de design automobile. Les lignes de ce break de chasse et de ce SUV attirent l’œil et affirment une identité forte.

Reste la vraie question : que mettra Peugeot derrière ces lignes ? En Chine, le design est nécessaire, mais il ne suffit pas. Il faudra des batteries compétitives, une recharge rapide, un logiciel convaincant, des aides à la conduite au niveau des acteurs locaux, et un prix qui ne donne pas l’impression d’acheter une marque européenne en retard.
Pour l’instant, Peugeot a montré deux belles promesses. À Pékin, c’est déjà quelque chose. Mais sur le marché chinois, ce n’est qu’un début.

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