L’homologation du Tesla FSD en Europe s’annonce plus complexe que prévu, révèlent des échanges internes

 
Après un feu vert néerlandais obtenu en avril, Tesla avance ses pions pour faire approuver son logiciel de conduite supervisée FSD dans toute l’Europe. Mais entre les réserves de plusieurs régulateurs nordiques et les questions légitimes sur la sécurité, le chemin reste encore semé d’embûches avec, parfois, un pas en avant pour deux pas en arrière.

Parmi les dossiers les plus tentaculaires de l’industrie automobile, on peut lister celui du Dieselgate, l’affaire des airbags Takata, les droits de douane pour les voitures importées de Chine et, sans doute très bientôt, l’homologation en Europe du FSD de Tesla, le fameux « Full Self-Driving » déjà disponible aux États-Unis et en Chine et, depuis peu, en Europe. Mais pas partout et sous quelques conditions.

En effet, depuis le 10 avril dernier, les conducteurs néerlandais peuvent officiellement utiliser le « Full Self-Driving (Supervised) » de Tesla sur les routes du pays. L’autorité routière RDW a accordé cette homologation provisoire après 18 mois d’essais, estimant que le système, utilisé correctement, peut améliorer la sécurité routière.

Un résultat que Tesla a immédiatement cherché à capitaliser, en approchant dans la foulée plusieurs autres pays européens comme l’Estonie, la Finlande ou encore la Suède pour les inciter à reconnaître cette approbation néerlandaise sans passer par leurs propres procédures d’évaluation.

Ce que le constructeur n’a pas annoncé aussi clairement, et comme le rapporte Reuters, c’est que le RDW ne compte pas publier le détail de ses tests, invoquant la confidentialité des informations. Autrement dit : « faites-nous confiance, nous avons testé ». Cette opacité ne facilite pas la tâche des autres régulateurs, qui se retrouvent à devoir prendre position sur une technologie dont ils n’ont pas accès aux données d’évaluation.

En attendant un éventuel vote à l’échelle de l’UE (le prochain comité technique se tient le 30 juin, mais le vote est plus vraisemblablement attendu en juillet ou octobre), Tesla et ses partisans jouent la montre. Le « comité technique des véhicules à moteur » s’est réuni mardi à Bruxelles pour entendre la présentation des Néerlandais. Pas de vote prévu, mais une première occasion pour les États membres de poser leurs questions.

Les pays nordiques loin d’être convaincus

Dans les pays nordiques, si on embrasse l’électrique volontiers, ce n’est pas la même chose concernant la voiture autonome, pour d’évidentes raisons de sécurité. Les e-mails obtenus par Reuters via des demandes d’accès aux documents publics révèlent un tableau plus nuancé que celui que Tesla aime projeter.

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Plusieurs pays du nord de l’Europe ont exprimé des réserves sur le comportement du logiciel. Un inspecteur suédois de l’agence des transports s’est dit « assez surpris » d’apprendre que le FSD pouvait dépasser les limitations de vitesse autorisées.

Un autre, finlandais cette fois, a questionné la pertinence du système sur des routes enneigées ou verglacées à 80 km/h. Un scénario loin d’être rare dans la région. Les régulateurs scandinaves se sont aussi interrogés sur la capacité du logiciel à gérer la présence d’élans sur les routes, un risque bien réel en Finlande, en Suède ou en Norvège où les élans remplacent souvent les vaches sur la signalisation routière que nous connaissons, nous, en France.

Au-delà des aspects techniques, la question du nom lui-même a fait tiquer certains. « Full Self-Driving » : deux mots qui laissent entendre une autonomie totale, alors que le conducteur doit rester attentif en permanence et être prêt à reprendre la main à tout instant.

Plusieurs législateurs ont explicitement demandé si cette dénomination ne risquait pas d’induire les clients en erreur sur les capacités réelles du système. Les autorités suédoises, par exemple, ont indiqué être « globalement positives » vis-à-vis des technologies de conduite automatisée, à condition qu’elles respectent les règles en vigueur. Mais entre une ouverture de principe et un feu vert effectif, il y a encore quelques étapes à franchir.

La Belgique s’intéresse au dossier

Pendant ce temps, du côté belge, la ministre des transports flamande a annoncé mardi avoir demandé à Tesla de lui transmettre les documents nécessaires pour étudier une possible homologation rapide en Flandre, la région néerlandophone du pays, qui borde justement les Pays-Bas.

Elle espère pouvoir confirmer d’ici la fin de la semaine si une procédure accélérée est envisageable. Tesla a également déposé une demande auprès de la Wallonie. Bruxelles, troisième région du pays, n’avait pas encore répondu. En l’absence de vote au niveau de l’UE, les États (voire même les régions visiblement) peuvent agir individuellement.

C’est précisément sur cette mosaïque que Tesla semble miser, avançant ses pièces là où le terrain paraît le plus favorable. Ce qui est plus difficile à défendre, c’est la stratégie parallèle consistant à mobiliser les propriétaires de Tesla pour qu’ils inondent les régulateurs de mails de soutien.

Elon Musk a lui-même encouragé ses clients à faire pression lors de l’assemblée des actionnaires en novembre dernier. Résultat : des centaines de messages reçus par les autorités norvégiennes, suédoises et finlandaises.

Le responsable européen en charge des affaires politiques de Tesla a fini par s’en excuser auprès d’un législateur norvégien, reconnaissant que « de tels e-mails ne sont généralement pas utiles pour le processus d’approbation ». C’est le moins qu’on puisse dire vu la situation actuelle.

Pour Tesla, l’enjeu dépasse aussi largement la question technique. Le constructeur a vu ses ventes chuter de 27 % en Europe en 2025, dans un contexte de boycotts liés aux activités politiques de son PDG et, plus globalement, de ralentissement du marché. L’approbation du FSD est présentée en interne comme un levier de reconquête, le logiciel étant vendu par abonnement mensuel à 99 euros aux Pays-Bas. Mais pour que cette mécanique fonctionne, il faudra d’abord convaincre des régulateurs qui, pour l’heure, ont surtout encore (beaucoup) de questions.


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