Nous avons testé un trajet Paris-Lyon en Tesla Model S : que vaut la routière en conditions réelles ?

Les deux villes sont-elles joignables avec une seule charge ?

Tesla Model S
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Note de la rédaction

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Note de la rédaction

La Model S est une berline haut de gamme familiale, 100 % électrique, commercialisée en France depuis 2012. Il s'agit du second modèle de voiture commercialisé par Tesla Motors, après la Tesla Roadster. Elle a connu différentes versions, dont la Model S 100D présenté en 2017.

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Introduction

Avec l'avènement de la voiture électrique, nous avons voulu tester un trajet entre deux grandes villes éloignées d'environ 500 kilomètres, qu'il est possible de rallier avec un seul plein en thermique, mais pas forcément en voiture électrique.

Comme vous n’êtes pas sans le savoir, Bruxelles fait pression directement sur tous les pays européens pour faire diminuer les émissions polluantes de leur parc de véhicules. Cela nous mène donc à une transition énergétique sans précédent qui s’amorce via de nouveaux modèles et de nouvelles technologies, qui pouvaient paraître encore utopiques il y a quelques années.

Rouler en voiture électrique il y a cinq ans de ça relevait presque du parcours du combattant. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison que les infrastructures de recharge étaient encore bien trop rares et les voitures commercialisées bénéficiaient d’une autonomie bien trop restreinte pour aborder de longs trajets. De ce fait, son utilisation se cantonnait uniquement au milieu urbain ou à de faibles distances.

Aujourd’hui, les choses ont changé, même si la voiture électrique n’est toujours pas au niveau d’une thermique en tout point de vue. Effectivement, faire un long trajet peut encore relever du parcours du combattant, mais disons que certaines marques et certaines voitures sont peut-être un peu plus en avance que d’autres. C’est ce que nous avons voulu vérifier le temps d’un weekend, sur un trajet entre Paris et Lyon, que nous avons effectué à bord de la voiture électrique de série qui revendique le plus d’autonomie sous le cycle d’homologation WLTP : la Tesla Model S « Grande Autonomie ».

Présentation de la voiture

Pour notre trajet, notre modèle sera donc une Tesla Model S « Grande Autonomie », qui n’est autre que « l’entrée de gamme » de la Model S puisqu’elle débute à partir de 91 000 euros. Notre version d’essai réclame 96 800 euros et bénéficie comme seules options de la peinture Rouge Multicouches, de l’intérieur Blanc et des jantes Slipstream Sonic Carbon de 19 pouces. Une autre variante existe, à savoir le modèle « Performance » qui, comme son nom l’indique, est davantage axé sur les sensations de conduite. Pour autant, notre modèle « Grande Autonomie » revendique des chiffres loin d’être ridicule, notamment avec une autonomie annoncée de 610 kilomètres en usage mixte avec une seule charge, un 0 à 100 km/h abattu en l’espace de 3,8 secondes et une vitesse maximale de 250 km/h.

Commercialisée depuis 2012, la Tesla Model S a bien évolué depuis puisque 73 % des composants sont désormais nouveaux aujourd’hui. Notre modèle bénéficie de deux moteurs électriques, un à l’avant, le même que la Model 3, et un second à l’arrière. La capacité de la batterie est annoncée à 100 kWh. La voiture bénéficie, contrairement à la Model 3, de l’accès gratuit et illimité aux stations Superchargeurs et possède une capacité de recharge maximale de 150 kW. Bien évidemment ces données sont susceptibles d’évoluer avec les multiples mises à jour proposées par Tesla au fur et à mesure de la carrière de la Model S.

Quand on achète une Tesla, on est aussi souvent très regardant concernant la connectivité et les équipements technologiques qui agrémentent la voiture. Si vous faites partie de ces clients, la Tesla Model S devrait vous ravir puisqu’il s’agit aujourd’hui de l’une des voitures les plus technologiques du marché, là aussi grâce à de nombreuses mises à jour logicielles qui permettent de maintenir la voiture à la page. Grâce à cela, votre Model S peut recevoir de nouvelles données concernant certaines aides à la conduite (amélioration du freinage automatique d’urgence ou encore du régulateur de vitesse adaptatif par exemple), l’amélioration de certaines fonctionnalités (Mode Sentinelle, le Mode Chien, la Dashcam…) ou encore notamment l’ajout de quelques éléments divertissants comme la possibilité désormais de regarder Netflix sur l’écran central de 17 pouces (le plus grand écran du marché automobile actuellement).

En termes de connectivité, la Model S s’est aussi mise à jour avec la possibilité d’intégrer une prise et un gabarit permettant d’intégrer son smartphone directement au niveau de la console centrale. Un port USB est évidemment toujours disponible pour recharger son téléphone, mais en aucun cas pour utiliser Apple CarPlay et Android Auto, les deux applications n’étant, pour le moment, pas compatible avec le système d’exploitation Tesla. D’une manière générale, le système d’info-divertissement est tellement au-dessus de la concurrence que vous pourrez aisément vous passer de votre smartphone, même le système de navigation est au point avec, en prime, pour de longs trajets par exemple, des recommandations d’arrêts au Superchargeur, du temps que vous pouvez y passer pour atteindre votre destination finale sereinement, et du niveau de batterie avec lequel vous allez terminer votre parcours.

Notre trajet

Comme énoncé dans le titre, notre parcours relie Paris à Lyon. Plus précisément, notre trajet a lieu entre l’aéroport Charles de Gaulle et le sixième arrondissement de Lyon. Au vu de l’autonomie revendiquée par la voiture et du réseau Superchargeur en France, nous ne nous sommes pas du tout inquiétés de la recharge éventuelle de notre voiture. Le réseau Superchargeur compte aujourd’hui 73 stations en France pour plus de 600 bornes.

Avec une capacité de recharge de 150 kW pour notre Model S, un plein complet nous réclamera un peu plus d’une heure. Étant donné que nous n’arriverons normalement jamais à 0 % et nous ne rechargerons jamais jusqu’à 100 % (pour préserver la capacité de la batterie, la capacité de recharge diminue drastiquement à partir de 80 %, de ce fait, les derniers pour cents sont plus longs à atteindre), nous avons prévu des arrêts plutôt courts.

Notre Tesla Model S au départ de l’aéroport Charles de Gaulle.

Notre Tesla Model S au départ de l’aéroport Charles de Gaulle.

L’autoroute A6 compte trois stations Supercharger (nous ne nous arrêterons pas sur les autres stations type Ionity), l’une se situe près d’Auxerre, l’autre à Beaune et la troisième à Mâcon. Il y en a aussi également du côté de Lyon, mais nous n’avons pas prévu de les utiliser, le but étant d’arriver dans le centre de la capitale des Gaules avec un peu de batterie pour pouvoir repartir à la fin du weekend via l’autoroute et recharger sur l’une des trois aires précédemment mentionnées. Le but également de ce test, c’est d’utiliser notre Model S comme nous utiliserons une voiture thermique, c’est-à-dire avec un peu de chauffage parce que nous sommes en hiver, les sièges chauffants, le volant chauffant ou encore la radio. Effectivement, caler au régulateur à 110 km/h pour ne pas trop consommer et ne bénéficier d’aucun confort à bord pourrait peut-être permettre d’effectuer le trajet avec une seule charge, mais ce n’est pas le but recherché aujourd’hui, tout simplement parce que les clients eux-mêmes ne s’infligeront pas ça.

Déroulement du trajet

Nous sommes partis de l’aéroport Charles de Gaulle avec 84 % de batterie, le but étant de rejoindre le Superchargeur d’Auxerre, situé à 200 kilomètres, pour regagner quelques kWh. Le système de navigation de Tesla nous conseille plutôt de faire le trajet jusqu’à Beaune, pour arriver avec seulement 5 % de batterie, recharger 25 minutes là bas et arriver à Lyon avec 22 %. Cela nous donne donc un trajet de 507 kilomètres, effectué normalement en 5h16 au vu des conditions de circulation. Nous préférons plutôt faire notre première halte à Auxerre, compte tenu du fait que nous allons rouler à 130 km/h, parfois même 140 km/h pour doubler, sans compter tous les éléments intérieurs liés à notre confort et qui consomment eux aussi pas mal d’énergie.

Le trajet proposé par le système de navigation de Tesla, mais que nous ne suivrons pas.

Le trajet proposé par le système de navigation de Tesla, mais que nous ne suivrons pas.

Suspensions réglées en mode « Confort », consistance de la direction également réglée sur ce même mode, et nous voici partis pour un peu plus de 500 kilomètres avec essentiellement de l’autoroute, le pire ennemie de la voiture électrique, puisque c’est sur ce type de trajet que la voiture consommera le plus d’énergie et qu’elle en récupérera le moins, puisque nous ne serons que très rarement amenés à freiner ou à décélérer. Durant ces premiers 200 kilomètres, nous relèverons environ 20 à 21 kWh/100 kilomètres, et c’est globalement ce que nous allons relever en moyenne durant toute la longueur de notre essai sur autoroute, avec quelques variations évidemment en fonction du rythme adopté.

Nous arrivons donc après un peu plus de deux heures de route, notamment à cause d’un trafic toujours compliqué en Île-de-France, au Superchargeur d’Auxerre. Première constatation, il faut sortir de l’autoroute pour atteindre la borne. Fort heureusement, la station se trouve à moins de 1,5 kilomètre de la sortie et près d’un hôtel pour, pourquoi pas, prendre un café et se détendre pendant que la voiture recharge.

Nous arrivons donc à notre Superchargeur avec 38 % de batterie restante. Nous en avons ainsi vidé 46 % en 200 kilomètres depuis notre départ avec une allure réglementaire.

Comme annoncé par Tesla au moment de prendre la voiture, sur autoroute, nous sommes plus proche des 400 kilomètres d’autonomie que des 610 kilomètres annoncés via WLTP, mais rappelons que dans ce cas, il s’agit d’un usage mixte et non uniquement autoroutier.

Début de recharge sur le Superchargeur d’Auxerre.

Début de recharge sur le Superchargeur d’Auxerre.

Comme énoncé plus haut, nous arrêterons la recharge vers 80 %. Pendant ce temps, nous profitons de Netflix dans la voiture pour poursuivre notre série préférée, en l’occurrence « Top Boy » au moment où nous essayons la voiture. Après seulement une petite demi-heure, notre batterie affiche 80 %. C’est donc le moment de repartir, le moment aussi d’arrêter Netflix, de toute manière il est impossible de profiter des services de vidéo en roulant. Dans les faits, nous pourrions aller jusqu’à Lyon directement grâce à cet arrêt à Auxerre, mais en roulant à moins de 120 km/h. Nous préférons garder la même « philosophie » qu’au début de notre trajet et ainsi l’utiliser comme nous utilisons une voiture thermique. Nous rechargerons donc à Beaune, à 153 kilomètres d’Auxerre. Une petite recharge de vingt minutes, histoire de finir notre épisode sur Netflix et d’avoir assez de batterie pour rejoindre Lyon, circuler un peu dans la ville le weekend, et repartir le dimanche après midi sur l’autoroute et effectuer notre première recharge du trajet retour au Supercharger de Mâcon.

Les différents services proposés pour patienter à bord de sa voiture.

Les différents services proposés pour patienter à bord de sa voiture.

Une fois à 80 % en partant de la station de Beaune, nous arrivons à Lyon avec 37 % de batterie. Largement de quoi rallier le Supercharger de Mâcon au retour. Nous n’utiliserons quasiment pas la voiture à Lyon et nous repartirons donc à la fin de notre weekend avec 35 % de batterie restante. Pour le trajet retour, nous consommerons comme à l’aller, c’est-à-dire environ 20 kWh/100 kilomètres, et nous arriverons au Superchargeur de Mâcon avec 18 % de batterie restante. Nous resterons logiquement un peu plus longtemps que d’habitude pour arriver à 80 %, environ 40 minutes en l’occurrence, l’occasion d’allumer un petit feu de cheminée pour nous réchauffer !

L’application « Feu de cheminée » qui, en plus de lancer une musique romantique, augmente le chauffage pour créer une ambiance que l’on pourrait qualifier de chaleureuse…

L’application « Feu de cheminée » qui, en plus de lancer une musique romantique, augmente le chauffage pour créer une ambiance que l’on pourrait qualifier de chaleureuse…

Après Mâcon, nous repartons directement vers Auxerre en sautant le Superchargeur de Beaune. Nous arrivons à Auxerre avec 25 % de batterie, il nous aura donc fallu encore environ 50 % de batterie pour effectuer les 232 kilomètres qui séparent les stations de Mâcon et d’Auxerre. Là encore, à Auxerre, nous rechargeons jusqu’à 80 %, de quoi rallier Paris, notre destination finale pour notre trajet retour, avec 43 % d’autonomie restante. Mission accomplie et sans trop d’encombres.

Le bilan

Habituellement, pour faire un trajet entre Paris et Lyon, en comptant une pause de 20 minutes, il faudrait environ 5h15 à 5h30, en prenant également en compte les quelques ralentissements au moment de quitter Paris. De notre côté, en Tesla Model S « Grande Autonomie », notre trajet s’est rallongé d’environ 1h30, le temps de recharger deux fois un peu plus d’une demi-heure, et le temps également de sortir et de regagner l’autoroute à chaque recharge. Nous n’avons certainement pas eu la meilleure stratégie de recharge, nous n’avons d’ailleurs pas forcément pas eu de vraie stratégie à proprement parler, puisque le but était de rouler avec une voiture électrique sans faire de distinction avec une thermique.

Quel bilan en tirer donc ? Tout d’abord, qu‘il est désormais possible, depuis quelques années maintenant d’ailleurs, de parcourir de grandes distances en voiture électrique. Malheureusement pas forcément avec toutes pour le moment, la faute à un réseau de recharge encore assez restreint selon les régions. Néanmoins, les principaux axes de circulation et les aires d’autoroute les plus importantes sont généralement équipés de bornes de recharge rapides. Il faut évidemment un peu plus de temps par rapport à une voiture thermique si vous utilisez votre véhicule électrique de la même manière.

Tout dépendra aussi de votre « stratégie » de recharge et votre manière de voyager. Vous passerez effectivement trois à cinq fois plus de temps dans une station de recharge par rapport au temps passé dans une station-service, vous perdrez également du temps sur votre trajet habituel, mais au rythme où avance la technologie, d’ici quelques années les temps de recharge vont largement diminuer et vos longs trajets en électrique devenir aussi confortables qu’en thermique.

Zoom sur l’application Tesla

Comme de nombreux constructeurs aujourd’hui, Tesla propose une application permettant de relier directement votre smartphone à votre voiture. Dans le cas de Tesla, vous pourrez utiliser votre téléphone pour plusieurs actions. Sur la Tesla Model 3, c’est même votre smartphone qui vous sert de clé. Pour les Model S et Model X, c’est encore une clé physique, mais nul doute que d’ici peu de temps, Tesla démocratisera ce système sans clé.

Que retrouve-t-on donc au sein de cette application ? Vous devrez d’abord entrer vos codes permettant à votre smartphone de se connecter à votre voiture. Une fois ces codes enregistrés, vous pourrez donc faire pas mal de choses comme, par exemple, allumer les sièges chauffants, la ventilation, programmer une recharge, arrêter une recharge, consulter le niveau de votre batterie en temps réel ou encore ouvrir le coffre à l’avant ou à l’arrière. Plusieurs modes sont également disponibles comme le mode « Voiturier » qui permet, entre autres, de verrouiller la boîte à gants lorsque vous confiez votre voiture à un voiturier.

Le mot de la fin

Évidemment, avec la voiture revendiquant la meilleure autonomie du marché, un trajet de Paris jusqu’à Lyon en voiture 100 % électrique était largement envisageable. Le fait d’avoir également des stations de recharge performantes et fiables sur l’ensemble du territoire rassure également et permet d’envisager de longs trajets sans passer des heures à tout planifier auparavant. Malheureusement, avec d’autres voitures 100 % électriques, ce genre de trajet relèvera encore du parcours du combattant, mais il ne fait aucun doute que d’ici quelques années, les autres constructeurs se seront inspirés de Tesla. Mais pour le moment, la firme américaine domine très clairement le secteur de la mobilité électrique.

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