
Le groupe franco-italo-américain accumule les revirements sur la voiture électrique, où il a clairement pris du retard. Un dépôt de brevet montre que le constructeur met des ingénieurs et de l’argent sur l’hybride.
Le document, repéré à la mi-septembre 2026 par le média américain CarBuzz, décrit une manière de faire travailler moteur thermique et moteur électrique plus « proprement » qu’aujourd’hui. De quoi gommer, en théorie, les petits à-coups qu’on ressent parfois en pleine relance.
Sur un hybride, moteur thermique et moteur électrique doivent se passer le relais en permanence. Le vrai souci tient au temps de réaction. Le conducteur accélère, des capteurs le détectent, le calculateur envoie ses ordres, le système répond. Ces échanges filent presque à la vitesse de la lumière, mais ça reste une réaction, et une réaction prend toujours un peu de temps. Surtout pour un moteur thermique qui ne réagit pas aussi rapidement qu’un moteur électrique. Ce délai minuscule suffit à provoquer les micro-secousses qu’on sent parfois passer dans la transmission.
Le brevet déposé auprès de l’office américain propose de passer de la réaction à l’anticipation. Un nouveau calculateur combinerait un filtre de Kalman (un algorithme mathématique qui prédit le comportement d’un système malgré les incertitudes) avec une prédiction sur un horizon donné, qui fixe jusqu’où on peut anticiper.
L’objectif : caler les impulsions du moteur électrique sur celles du thermique, réduire les chocs dans la transmission et lisser la conduite. Le système vise surtout les hybrides dépourvus d’embrayage pour débrancher le moteur, autrement dit ceux qui roulent avec une transmission à variation continue, l’eCVT.
Un brevet déposé, pas une voiture à vendre
Précisons que le brevet protège une idée, mais il ne garantit pas un produit, et beaucoup ne dépassent jamais le stade du papier. Stellantis en dépose d’ailleurs plusieurs autour de l’hybride en ce moment, entre un turbo électrique signé SRT, un autre système de commande cet été et même des supercondensateurs dérivés de Lamborghini.

Le groupe n’a pourtant presque plus d’hybrides au catalogue américain, après avoir abandonné ses hybrides rechargeables aux États-Unis et retiré ses modèles 4xe..
En Europe, la feuille de route n’est pas plus limpide. Jeep prépare sa riposte avec une gamme mêlant électriques et hybrides, après avoir lancé sa Wrangler en version 100 % électrique. Et Stellantis commence tout juste à adopter le full hybrid, cette architecture que Renault et Toyota exploitent depuis des années.
Miser sur l’hybride quand Toyota écrase tout
Sur le papier, remettre de l’hybride au catalogue tombe bien, puisque la demande grimpe. Sauf que Stellantis souffle le chaud et le froid depuis des mois. Le groupe a renoncé au thermique comme à l’hybride pour sa future gamme de petites voitures inspirée de la 2CV. Côté américain, le V8 HEMI du Ram a même perdu son hybridation 48 volts pour 2027.
Ce dernier renoncement est en partie poussé par une réglementation américaine sur la consommation. Début 2026, le constructeur justifiait un virage favorable à l’essence par 22,2 milliards d’euros de charges exceptionnelles. Difficile, dans ces conditions, de savoir sur quel pied danse le groupe.
Pendant ce temps, Toyota domine l’hybride sans partage. Le japonais table sur un record de plus de 5 millions d’hybrides vendus en 2026, du jamais-vu pour lui. C’est précisément ce savoir-faire que Stellantis espère rattraper, voire dépasser, avec ce genre de brevet.
Sauf que Toyota, justement, traîne lui aussi sur le 100 % électrique, à force d’avoir tout misé sur l’hybride. Parier gros sur cette technologie suppose qu’elle restera la référence encore longtemps, alors qu’elle reste une étape avant l’électrique. Un calculateur plus malin rendra peut-être l’hybride plus agréable, il ne changera pas cette trajectoire de fond.
Pour aller plus loin
Quelles sont les meilleures voitures électriques ? Notre guide d’achat
Un système capable de gommer les à-coups d’une hybride est uen bonne idée. Encore faut-il qu’une voiture l’embarque un jour, ce qui n’a rien d’acquis avec un simple brevet. Le vrai chantier de Stellantis est ailleurs : décider combien de temps il veut encore raisonner en hybride, quand son retard, lui, se joue sur l’électrique.
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