Batteries connectées : la cyberattaque qui pourrait plonger un pays dans le noir

 
Les batteries pourraient-elles provoquer un blackout à grande échelle si elles étaient piratées ? Techniquement, oui, selon cette nouvelle étude. En effet, ces équipements censés renforcer la stabilité de nos réseaux pourraient devenir une nouvelle porte d’entrée pour les cyberattaques.
La centrale de stockage de Cheviré, Nantes // Source : Harmony Energy

Les onduleurs ne seraient pas les seuls équipements énergétiques vulnérables aux cyberattaques. Selon une étude publiée début septembre 2026 par l’entreprise de cybersécurité Centrii, les systèmes de stockage par batteries présenteraient également des failles importantes.

D’après les simulations réalisées par l’entreprise, la probabilité qu’une cyberattaque majeure survienne d’ici 2031 serait très élevée dans les conditions de sécurité actuelles. Il suffirait par ailleurs qu’une faible part des capacités de stockage soit compromise pour perturber l’ensemble d’un réseau électrique national.

Des batteries de plus en plus connectées

Tout comme pour les onduleurs, cette vulnérabilité est en grande partie liée à la connectivité des installations. Les batteries modernes sont de plus en plus reliées à des plateformes de contrôle à distance et à des services cloud. Un attaquant pourrait ainsi exploiter différents types de failles, comme des identifiants insuffisamment sécurisés, des micrologiciels obsolètes ou encore des vulnérabilités présentes dans la chaîne d’approvisionnement des onduleurs et des systèmes de gestion des batteries.

Une fois l’accès obtenu, l’attaquant pourrait agir directement sur l’équilibre du réseau électrique que les systèmes de stockage contribuent à maintenir. Il pourrait par exemple forcer la charge ou la décharge de plusieurs batteries en même temps. La variation brutale de la puissance absorbée ou injectée sur le réseau provoquerait alors un déséquilibre de sa fréquence.

Or, lorsque l’écart de la variation de cette fréquence devient trop important, les dispositifs de protection se déclenchent automatiquement afin d’isoler les équipements concernés. Le déclenchement simultané de plusieurs protections pourrait conduire à une panne généralisée, et ce, en moins de deux minutes à partir du début de l’attaque.

Un tel effondrement en cascade s’est déjà produit dans la réalité. En avril 2025, le réseau ibérique a basculé après la perte de 2,5 GW de production en moins de vingt secondes, laissant l’Espagne et le Portugal sans électricité pendant une dizaine d’heures. Les autorités ont attribué cette panne à une cause technique, et non à une cyberattaque, mais l’épisode montre à quelle vitesse un incident concentré peut faire tomber tout un réseau national.

Une probabilité estimée à 92 % d’ici 2031

Le principal objectif de l’étude est d’estimer la probabilité qu’un tel scénario se produise. Les résultats sont quelque peu inquiétants. Centrii estime à 92 % la probabilité d’une attaque majeure d’ici 2031 si les conditions de cybersécurité du secteur restent inchangées.

Centrii ne situe pas ce risque à une échéance lointaine. Selon le rapport, une première fenêtre d’attaque pourrait s’ouvrir dès 2027-2028 si le secteur n’investit pas davantage dans la sécurité de ses installations.

Pour parvenir à ce chiffre de 92 %, l’entreprise a utilisé une méthode mathématique appelée Monte Carlo. Au total, 10 000 simulations ont été réalisées en faisant varier différents paramètres tels que la puissance disponible, la localisation des batteries ou encore le comportement des installations en cas d’attaque.

Toutefois, dans un scénario où la norme IEC 62443 serait appliquée et où des exercices réguliers de préparation aux cyberattaques seraient réalisés, cette probabilité tomberait à 61 %. Cette norme encadre la cybersécurité des systèmes d’automatisation et de contrôle industriel afin d’en renforcer la sécurité des accès.

Centrale de stockage par batteries de Thurrock, en Angleterre. // Source : Statera Energy

Compromettre une part de la flotte de batteries pour faire tomber tout un réseau

Pour son étude, Centrii s’est penché plus particulièrement sur deux réseaux électriques aux configurations très différentes : celui du Royaume-Uni et celui du Texas.

Au Royaume-Uni, le modèle utilisé estime qu’il suffirait de compromettre 29 % de la capacité de stockage par batteries, soit près de 400 unités, pour déclencher une panne à l’échelle nationale. Près de 67 millions de personnes pourraient alors en être affectées, tandis que les pertes économiques sont estimées entre 2,33 et 11,65 milliards d’euros.

Au Texas, la compromission de 5,4 % de la flotte de batteries, soit près de 1 500 unités, suffirait à perturber le réseau électrique. Jusqu’à 30 millions de personnes pourraient être touchées, et les pertes économiques sont estimées entre 10 et 60 milliards d’euros.


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