Stellantis assure qu’il n’y a « pas de demande naturelle » pour la voiture électrique : les chiffres prouvent l’inverse

 
C’est une interview qui sonne comme un aveu de faiblesse. Emanuele Cappellano, patron Europe de Stellantis, affirme qu’il n’y a « pas de demande naturelle » pour l’électrique et que les marges s’effondrent. Le problème ? Les chiffres de 2025 disent exactement l’inverse.
Emanuele Cappellano, patron Europe de Stellantis // Source : Stellantis

Le discours est rodé, alarmiste, presque fataliste. On a malheureusement l’habitude chez Stellantis, dont les ventes VE baissent.

Dans une interview accordée aux Échos, Emanuele Cappellano, directeur des opérations Europe de Stellantis, dresse un portrait apocalyptique de l’industrie automobile en ce début 2026. Selon lui, le marché est sous perfusion : « Il n’y a pas de demande naturelle pour les véhicules électriques ». Il ajoute que vouloir forcer cette transition ne génère que des pertes.

C’est un discours qu’on entend souvent chez les constructeurs historiques en difficulté. Mais attendez. Si l’on regarde les chiffres réels de 2025 et les dynamiques de marché, cette déclaration ressemble moins à une analyse lucide qu’à une tentative de justifier une stratégie qui prend l’eau. Comparons les lamentations de Stellantis avec la réalité des données.

La « demande inexistante » qui fait +26 %

L’argument principal de Stellantis est simple : sans bonus écologique, personne n’achète. C’est faux. Les données sont formelles : au troisième trimestre 2025, les ventes de véhicules électriques en Europe ont bondi de 26 %. On parle d’une croissance à deux chiffres, bien supérieure à celle du thermique, et ce, alors même que les subventions ont fondu dans la plupart des pays, notamment en Allemagne et en France.

En France, la part de marché du 100 % électrique a atteint un record de 26 % en novembre 2025. Soit plus d’une voiture neuve sur quatre. Si la demande n’était pas « naturelle », elle se serait effondrée avec la baisse des aides. Or, elle se structure.

Ce que Stellantis appelle une absence de demande est peut-être, plus cruellement, une absence de demande pour leurs véhicules électriques, souvent mal positionnés face à une concurrence (Tesla, Chinois, et même Renault) beaucoup plus agressive.

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L’excuse du coût d’usage

L’autre point soulevé par M. Cappellano concerne les professionnels. Selon lui, les entreprises « rationnelles » évitent l’électrique car le TCO (coût total de possession) serait « beaucoup plus élevé ». Là encore, les mathématiques ne sont pas d’accord.

Une étude du BCG citée l’an dernier montre que 75 % des modèles électriques vendus en Europe sont déjà plus économiques sur 5 ans que leurs équivalents thermiques. Pour une citadine (segment B), l’économie peut atteindre 8 000 € sur la durée de détention grâce à un coût de l’énergie et d’entretien réduit.

Dire que les pros fuient l’électrique est contredit par les faits : sur le marché des utilitaires, l’électrique a gagné 7 points de part de marché fin 2025. Si Stellantis peine à convaincre les pros, c’est peut-être parce que leurs utilitaires électriques manquent d’autonomie ou sont vendus trop cher, pas parce que la technologie n’est pas rentable.

Le vrai problème : l’abandon de l’entrée de gamme

L’aveu le plus terrible de cette interview est sans doute celui-ci : « Il y a trois ans, nous avions 49 véhicules proposés à moins de 15 000 euros, aujourd’hui zéro. » Stellantis met ça sur le dos du coût des matières premières et des normes.

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C’est une demi-vérité. La réalité ? Stellantis a profité de la période post-Covid pour gonfler ses marges de manière spectaculaire, en supprimant les petits modèles peu rentables pour privilégier le « pricing power« , le « pouvoir de fixation des prix ». C’était une stratégie assumée.

Aujourd’hui, alors que les consommateurs sont étranglés par l’inflation et que les constructeurs chinois arrivent avec des modèles 30 % moins chers (Emanuele Cappellano a raison sur ce chiffre), Stellantis se retrouve nu.

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Ils ont abandonné le terrain du prix accessible, et maintenant que la bulle des marges éclate (les marges deviennent négatives, nous dit-on), ils blâment la régulation.

Bref, Stellantis essaie de gagner du temps. En affirmant que la demande n’existe pas, le groupe espère un assouplissement des règles CAFE ou de nouvelles aides publiques. Mais c’est un pari dangereux.

Pendant que Stellantis pleure sur l’absence de demande « naturelle », Tesla et BYD continuent d’inonder le marché avec des produits que les gens achètent, subvention ou pas. Le problème de l’industrie européenne n’est pas que les clients ne veulent pas de voitures électriques. C’est qu’ils ne veulent pas de voitures électriques trop chères et technologiquement en retard. Et ça, ce n’est pas la faute de Bruxelles.

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