Au sein du Mi 5c, Xiaomi a intégré sa première puce développée en interne, le SoC Surge S1 (Pinecone V670). La marque préparerait également un processeur Pinecone V970 (Surge S2 ?) encore plus haut de gamme, qui pourrait équiper l’une des versions du futur Xiaomi Mi 6. Mais finalement, pourquoi Xiaomi se risque à développer deux nouveaux processeurs mobiles alors que les principaux acteurs de l’industrie proposent déjà des produits performants qui ont fait leurs preuves ?

Mise à jour du 28 février 2017Xiaomi vient de dévoiler le Xiaomi Mi 5c, intégrant la puce maison Surge S1. La société a donc levé le voile sur les caractéristiques de la partie processeur, GPU et modem du SoC mobile.

Depuis 2015, les rumeurs autour d’une puce mobile made by Xiaomi, en partenariat avec Leadcore s’intensifient. La rumeur se précise ces derniers jours, puisqu’il est question de deux puces différentes (les Pinecone V670 et V970) qui intégreraient les futurs smartphones de la marque, à commencer par le Xiaomi Mi5c. De cette manière, Xiaomi éviterait de se fournir chez MediaTek ou Qualcomm, mais directement auprès de sa filiale Pinecone, créée en 2014 pour ensuite racheter à Leadcore 15 millions de dollars de technologies pour créer des SoC mobiles.

Xiaomi n’est pas le premier à développer son SoC

Cette supposée stratégie de Xiaomi n’est pas si étonnante, puisque de nombreux autres acteurs de l’industrie des smartphones ont pris la même voie, il y a quelques années. Samsung a été le premier constructeur mobile à proposer un smartphone doté d’un processeur développé en interne : le Galaxy S, commercialisé en 2010 et équipé de l’Exynos 3110, co-développé avec Intrinsity, alors que le premier Samsung Galaxy était équipé d’une solution Qualcomm. Apple a suivi de près Samsung, en proposant la puce Apple A4 sur l’iPhone 4, le premier SoC développé en interne par le géant de Cupertino alors que l’entreprise utilisait pour les précédents modèles des SoC Samsung.

Huawei a ensuite pris la même voie, grâce à sa filiale HiSilicon qui a notamment conçu la puce K3V2 qu’on pouvait retrouver dans de nombreux terminaux Honor et Huawei, comme l’Ascend P2. La situation de Nvidia est légèrement différente puisque l’entreprise a longtemps conçu des SoC mobiles avant de proposer un premier produit à destination des consommateurs, la Shield Portable avec son Tegra 4. Enfin, LG a tenté de se lancer dans l’expérience avec l’Odin, une puce très décevante qu’on trouvait dans le LG G3 Pro.

Mais finalement, pourquoi se lancer dans la longue et coûteuse élaboration de puces mobiles ? Les raisons probables sont nombreuses, que ce soit dans le domaine marketing, légal ou même de l’optimisation. Tentons donc de comprendre pourquoi Xiaomi veut s’attaquer frontalement à Apple, Samsung, LG et Huawei qui vendent eux aussi des smartphones avec leurs propres puces.

L'argument marketing

La conception d’un SoC mobile est en effet un élément différenciant à une période où la majorité des smartphones vendus dans le monde sont équipés d’une puce Qualcomm

La réponse la plus simple à apporter à la question « pourquoi Xiaomi va équiper ses smartphones de puces Pinecone » est à aller chercher du côté du marketing. Quoi de mieux pour un vendeur que de dire à son prospect que le smartphone est doté d’un processeur maison, taillé pour les besoins précis de l’entreprise et des clients ? La conception d’un SoC mobile est en effet un élément différenciant à une période où la majorité des smartphones vendus dans le monde sont équipés d’une puce Qualcomm (66 % de parts de marché en 2014 et 59 % en 2015 et 50 % au premier semestre 2016) ou MediaTek.

Cet argument marketing est toutefois dangereux, puisque les Snapdragon de Qualcomm et les Helio de MediaTek commencent à être connus et sont donc capables de rassurer le grand public lors du choix d’un smartphone. Xiaomi devra donc prouver les bonnes performances de ses puces Pinecone pour que l’argument marketing puisse prendre tout son sens.

Un SoC adapté à chaque smartphone

Un autre argument qui nous vient facilement à l’esprit est celui de l’optimisation. Lorsqu’un constructeur de smartphones crée sa propre puce, il peut choisir lui-même quels composants intégrer (rappelons qu’un SoC intègre des dizaines de composants différents, du CPU au GPU en passant par le modem et les DSP) pour un fonctionnement optimal. Cette affirmation est vrai chez Apple, puisque chaque SoC est utilisé sur un ou deux appareils au maximum. C’est moins vrai chez Samsung où les Exynos sont conçus pour fonctionner sur n’importe quel smartphone puisque le géant coréen cherche à les vendre à des OEM, comme à Meizu par exemple avec son Pro 6 Plus.

Une situation tendue avec Qualcomm

Finalement, il nous semble que les raisons liées à Qualcomm sont les plus justes dans la volonté de Xiaomi de se passer des Snapdragon. Selon DigiTimes, les Xiaomi Mi 5 et Mi 5s ne se seraient pas aussi bien vendus que prévu, à cause de problèmes de stocks puisque Xiaomi n’aurait pas réussi à mettre la main sur suffisamment de Snapdragon 820 et 821. Xiaomi n’est en effet plus dans le top 5 des vendeurs de smartphones et il faut savoir que pour être prioritaire sur des commandes de puces, il faut pouvoir en commander des millions à la pelle, comme peuvent le faire Samsung, Apple ou Huawei.

Le schéma pourrait se répéter et même s’amplifier avec le Snapdragon 835 qui serait dans un premier temps réservé à Samsung (qui grave justement le Snapdragon 835 pour le compte de Qualcomm…), ce qui obligerait les principaux constructeurs comme HTC ou LG à sortir leurs flagships 2017 avec un Snapdragon 821. Une situation qui expliquerait la volonté de Xiaomi de concevoir une puce haut de gamme (la Pinecone V970) afin de pouvoir se passer du Snapdragon 835 de Qualcomm pour le futur Mi 6.

Une histoire de brevets

Enfin, se passer de Qualcomm permettrait à Xiaomi de réduire sa dépendance aux coûteux accords de licence imposés par le géant de San Diego pour avoir le droit d’utiliser ses puces, mais aussi certaines technologies comme le glisser pour déverrouiller ou des éléments de 3G et 4G.

Une stratégie qui n’est pas sans risque

Finalement, les processeurs Pinecone de Xiaomi représentent un challenge difficilement surmontable pour l’entreprise chinoise : se passer des licences de Qualcomm. Rappelons en effet qu’en Inde, Xiaomi ne peut pas vendre ses terminaux équipés de puces MediaTek à cause d’une affaire de brevets avec Ericsson. Le fait de vendre des terminaux équipés de puces Qualcomm permet donc à Xiaomi de payer des licences pour éviter de se retrouver face à des tribunaux pour des violations de brevets.

Un autre risque majeur auquel s’expose Xiaomi en développant ses propres puces mobiles touche aux performances. Il serait en effet dommageable pour l’entreprise chinoise que ces puces soient moins performantes que celles de Qualcomm ou MediaTek, comme LG avait réussi à le faire avec son Nuclun… les rumeurs annoncent des caractéristiques haut de gamme pour le Pinecone V970 (Cortex-A73, Mali G71) mais rappelons que Leadcore, avec qui Xiaomi est associé, est connu pour ses puces d’entrée de gamme.

Enfin, les terminaux équipés des puces Pinecone de Xiaomi pourraient bien ne pas profiter de la joie des ROM customs, à moins que Xiaomi ne libère les sources et les pilotes de ses processeurs pour permettre aux ROM builders de créer des interfaces personnalisées.

Quitte ou double

Vous l’aurez compris, proposer des puces développées en interne peut être un véritable pari, surtout pour un acteur comme Xiaomi qui est assez récent dans le domaine des smartphones et qui n’a pas beaucoup de brevets à sa disposition pour pouvoir s’implanter en dehors de l’Asie sans risquer d’être harcelé par des patents trolls. Xiaomi doit avoir investi beaucoup d’argent dans le développement de ces deux puces personnalisées et on imagine donc que l’entreprise attend un retour sur investissement colossal.

Il faudra maintenant patienter jusqu’à l’officialisation du Xiaomi Mi 5c pour en savoir plus sur la puce Pinecone de Xiaomi et y voir plus clair dans la stratégie du petit géant chinois.

À lire sur FrAndroid : SoC : Tout ce qu’il faut savoir sur les processeurs mobiles