Camions de pompiers bloqués par l’AdBlue en plein incendie : Renault Trucks nous répond

 
Après notre article sur les engins de secours immobilisés par leur système antipollution, Renault Trucks nous répond. Le constructeur affirme que ses châssis pompiers sont dispensés du mode dégradé lié à l’AdBlue, et qu’ils le sont depuis 2005.
Trucks D 14 4×4 CCF (camion citerne feux de forêt) // Crédit photo : Yannick Brossard / Renault Trucks

Notre article sur les camions de pompiers bloqués en pleine intervention par leur dispositif antipollution a fait réagir. Un lecteur nous a signalé que Renault Trucks disposait déjà d’une solution, et nous avons posé la question au constructeur.

Sa réponse, apportée par Antoine Pétré, manager produit carrossier incendie et voirie chez Renault Trucks, est nette : le problème ne se pose pas sur ses véhicules.

Avant d’entrer dans les détails, un rapide rappel s’impose : selon les pompiers, avec certains camions, lorsque le réservoir d’AdBlue est vide, il faut aller faire le plein car sinon il est impossible de redémarrer. Ce qui fait perdre du temps.

Mais également, les dispositifs anti-pollution imposent des contraintes en termes d’entretien et de réparation pour les pompiers, avec des pièces qui cassent ou à changer régulièrement car elles s’encrassent.

Une option qui existe depuis vingt ans

Le constructeur confirme l’existence dans son catalogue d’une variante identifiée 1MR15, au libellé peu poétique de « contrôle émission sans réduction de couple phase E ». Sa fonction : empêcher le moteur de passer en mode dégradé lorsque les émissions dépassent le seuil réglementaire par manque d’AdBlue.

Elle n’a rien d’une nouveauté. Renault Trucks indique la proposer depuis 2005, avec une déclinaison développée pour chaque étape réglementaire successive (Euro 4, Euro 5 puis Euro 6). La référence 1MR15 correspond simplement à la version en vigueur de l’Euro 6.

Trucks D 14 4×4 CCF (camion citerne feux de forêt) . Crédit photo : Yannick Brossard / Renault Trucks

Le point le plus intéressant tient en une phrase du constructeur : c’est « prévu par la réglementation depuis le départ ». Autrement dit, le droit européen n’a jamais imposé aux véhicules de secours de se brider tout seuls.

Cela recoupe ce que nous écrivions dans notre premier article : le règlement européen sur la réception des véhicules place explicitement les engins des services d’incendie, de la protection civile et des forces de l’ordre hors de son champ obligatoire.

De série sur les modèles pompiers

Cette variante est montée de série sur les modèles spécifiques pompiers, et proposée en option sur le reste de la gamme. Renault Trucks affirme que 100 % des véhicules à caractère sécuritaire qu’il livre en sont équipés.

C’est loin d’être anecdotique : les SDIS français roulent majoritairement en Renault Trucks. Sur ces engins-là, une panne sèche d’AdBlue n’entraîne donc ni réduction de puissance, ni immobilisation.

Attention toutefois à ce que cela ne dit pas. Le système SCR continue de fonctionner normalement : il ne s’agit pas d’une dispense de dépollution, mais de la seule neutralisation de la sanction automatique. Le camion dépollue comme n’importe quel Euro 6. Il ne se punit simplement pas lui-même quand le réservoir d’urée est vide.

Mais cela ne règle qu’une partie du problème

La réponse du constructeur fait référence à la variante du camion dont le mécanisme permet de passer outre le manque d’AdBlue.

Or les difficultés décrites cet été par les services d’incendie ne se limitent pas au niveau du réservoir. Le SDIS de la Gironde évoquait des défaillances de sondes en sortie de moteur, avec des pièces de rechange rarement disponibles en stock.

S’y ajoute un problème documenté de longue date dans le milieu pompier : un moteur qui entraîne une pompe par prise de force pendant des heures ne peut pas régénérer son filtre à particules, et l’usage à faible charge de ces engins favorise l’encrassement.

BENJAMIN CARROT/ENCRAGE POUR « LE MONDE »

La réponse de Renault Trucks ne fait pas référence à ces deux problématiques. Le débat public s’est cristallisé sur l’AdBlue parce que c’est l’élément le plus facile à comprendre, mais ce n’est probablement pas la principale cause d’immobilisation.

Il reste par ailleurs la question des autres marques présentes dans les parcs français (Iveco, MAN, Mercedes-Benz, Scania) pour lesquelles nous n’avons pas d’élément équivalent à ce stade.

Des discussions en cours au niveau gouvernemental

Dernier enseignement de cet échange, et non le moindre : Renault Trucks confirme avoir été sollicité par les autorités sur ce sujet, au même titre que l’ensemble des constructeurs réunis au sein de la Fédération française des métiers de l’incendie (FFMI). Le constructeur indique que des discussions sont en cours au niveau gouvernemental, sans pouvoir en dire davantage.

Ces échanges interviennent dans un contexte politique. À la mi-juillet, la députée de Gironde Pascale Got a interrogé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez sur l’AdBlue lors d’une séance de questions au gouvernement, en pointant les difficultés rencontrées par les pompiers sur le terrain.

Le dossier est donc bien ouvert côté État. On ne sait pas encore sur quoi il portera exactement : une exemption de norme à l’achat, une adaptation des dispositifs de sécurité obligatoires (que la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France vise également) ou tout autre chose. Nous suivrons.


Téléchargez notre application Android et iOS ! Vous pourrez y lire nos articles, dossiers, et regarder nos dernières vidéos YouTube.

Recherche IA boostée par
Perplexity