Wear OS est quasi absent du marché, pourtant l’OS pour montres connectées a eu l’opportunité de devenir l’OS le plus utilisé. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

Android Wear, que nous appelons désormais Wear OS, devait devenir l’OS le plus utilisé sur les montres connectées dans le monde à l’image d’Android sur les smartphones. Son potentiel aurait permis une domination totale sur le nombre et la variété des appareils, mais cela n’a pas fonctionné.

Je me souviens de mon enthousiasme quand j’ai mis la première fois les mains sur la Motorola Moto 360. Mon test de cette montre Android Wear remonte à septembre 2014, j’étais très enthousiaste.

(…) la Moto 360 ressemble à une pièce d’horlogerie connectée, et non pas un gadget de geek. Là où d’autres montres ont choisi un cadran carré, la Moto 360 adopte une approche minimaliste : une simple face ronde avec un bouton physique sur le côté. 

Avec l’intelligence contextuelle de Google, les mini-apps par centaines et ce design accrocheur : j’adopte Android Wear avec un grand plaisir. Je pense que Motorola part dans la bonne direction pour la conception d’une montre connectée en général ; un visage arrondi à l’allure naturelle.

Cette montre, je m’en suis servi de nombreuses années, elle a reçu d’innombrables mises à jour et fonctionnait avec Android et iOS. Il faut dire qu’Android Wear (désormais Wear OS) a connu des hauts et des bas. Au début, il y avait Motorola, LG, Samsung… aujourd’hui, il y a Fossil.

En 2019, on peut compter sur l’Apple Watch (et la dernière Series 5) sur le marché des smartwatch. Une montre qui fonctionne parfaitement avec un iPhone grâce à ses grandes capacités de fitness, de santé et de multimédia qui fournissent tout ce que nous pourrions attendre d’un tel appareil. Il y a aussi Amazfit (le dernier test de la GTR), Huawei (la dernière Watch GT 2) (et Honor) ainsi que Samsung (Galaxy Watch Active 2). La situation était similaire avec Wear OS, qui, contrairement à watchOS, est compatible avec les deux plates-formes mobiles les plus importantes, mais trop de choses ont échoué.

Pourquoi ça n’a pas fonctionné ?

Tout d’abord, ni Google ni les fabricants de montres ne pouvaient compter sur des ressources adéquates en matière de processeurs. Les processeurs Snapdragon adaptés aux montres consomment trop d’énergie — j’écris ceci au présent, car la situation n’a pas changé depuis plusieurs années. Ensuite, Wear OS manque de cohérence. La variété de services et d’applications installés sur les montres Wear OS est trop importante pour parler d’un écosystème cohérent. Ce qui aurait pu être le plus gros avantage de Wear OS est devenu son plus grand fléau.

De plus, Google Fit est un service complètement absent et l’Apple Watch a prouvé l’importance des fonctionnalités sportives pour les utilisateurs de montres connectées. C’est un problème de fragmentation des services et des applications sur Wear OS. Chaque constructeur de montres souhaitait proposer à ses clients ses propres solutions. Qu’il s’agisse d’une application de tracking ou de quelque chose de plus complexe, il était le plus souvent nécessaire de disposer d’un smartphone de la même marque que la montre pour profiter de toutes les fonctions disponibles. Dans l’univers Android, où les utilisateurs attachent de l’importance à la liberté de choix, c’était totalement impensable.

Dans tout cela, l’absence de Google était également perceptible. Pas d’appareil propre, pas de services complets et d’applications pour Wear OS, ni d’investissement suffisant dans le développement de la plateforme. Il reste une douzaine de produits sur le marché, et ceux qui s’y sont essayés (comme Nixon, New Balance ou Diesel) ont rapidement abandonné ce marché. La présence marginale de Wear OS est également démontrée par l’absence de la plateforme lors de la plus grande conférence Google I/O.

Les LG Watch développées en partenariat avec Google ont été une des rares initiatives de Google pour concevoir une montre maison

Pourtant le marché des montres intelligentes est en croissance. Même sans la force des marques traditionnelles, il se vendait cinq millions d’unités en 2014, il s’est vendu 75 millions d’unités en 2017, selon les données de Statista. Aux États-Unis, un citoyen sur six possède une montre intelligente, principalement des personnes âgées de 18 à 34 ans.

À quelques exceptions près, les marques traditionnelles n’ont pas misé sur les montres intelligentes. Celles qui l’ont fait sont les marques de smartphones : Apple (watchOS), Samsung (Tizen OS), Huawei (Lite OS) ou Xiaomi (Amazfit OS). Mais aucune de ces marques mise actuellement sur Wear OS.

Au niveau mondial, le leader incontesté est Apple avec une part de marché de 46,4 % au deuxième trimestre de 2019. Derrière se trouve Samsung avec 15,9 %, puis Fitbit avec 9,8 %, selon Statista. Ce n’est qu’à la septième position que nous trouvons une première marque qui utilise WearOS : Fossil, dont la part de marché est de seulement 2,5 %.

Wear OS va mal, à tel point que Google serait sur le point de racheter Fitbit. Il y a également une rumeur concernant l’arrivée d’une montre Wear OS chez Xiaomi. Google pourrait donc se donner une nouvelle chance.