Joy-Con drift : Nintendo écope de 35 millions d’euros d’amende pour avoir caché le problème

Le silence coûte cher

 
La répression des fraudes inflige 35 millions d’euros à Nintendo pour avoir tu le défaut des Joy-Con pendant des années. Une amende record que Nintendo a acceptée, et qui pourrait revenir hanter la Switch 2.
Joy-Con de Nintendo Switch
Les manettes Joy-Con de la Nintendo Switch // Source : Sara Kurfeß sur Unsplash

Le « Joy-Con drift », ce défaut qui fait bouger les personnages tout seuls sur la Nintendo Switch, vient de coûter cher au constructeur japonais. La DGCCRF, la répression des fraudes, a annoncé le 8 juin une amende de 35 millions d’euros contre Nintendo of Europe, sa branche européenne. Le motif : une pratique commerciale trompeuse. Et Nintendo a accepté la sanction.

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Le reproche n’est pas tant le défaut lui-même que le silence qui l’a entouré. Selon l’enquête relayée par Le Monde, Nintendo avait connaissance du problème dès 2018, mais n’a commencé à communiquer qu’en 2020, après une plainte de l’UFC-Que Choisir. Et il a fallu attendre 2023, sous la pression d’une action coordonnée au niveau européen, pour que la réparation gratuite des manettes soit officiellement proposée en France. Entre-temps, beaucoup de joueurs ont racheté des Joy-Con au lieu de passer par le SAV. C’est exactement ce que la DGCCRF reproche : avoir dissuadé les consommateurs de réclamer ce qui leur était dû.

Un défaut connu, longtemps minimisé

Le Joy-Con drift, ce n’est pas un caprice de quelques unités. Concrètement, les joysticks reposent sur des potentiomètres, des pièces mécaniques qui s’usent et s’encrassent à force d’être manipulées. Malheureusement, cela amène à des mouvements fantômes, des personnages qui partent dans une direction sans qu’on touche rien. Selon une enquête de l’association britannique Which?, relayée par iFixit, 40 % des possesseurs de Switch ont rencontré ce souci. Pour une console vendue à plus de 130 millions d’exemplaires, ça fait du monde.

L’affaire n’est pas neuve pour autant. Le ras-le-bol des joueurs montait depuis 2019, et la même année, l’UFC-Que Choisir accusait Nintendo d’obsolescence programmée. Des plaintes collectives ont fleuri aux États-Unis et au Canada. Le président de Nintendo a fini par présenter des excuses publiques. Mais entre l’aveu à demi-mot et la réparation réellement accessible partout en Europe, il s’est écoulé des années. C’est ce décalage que la répression des fraudes vient de chiffrer.

Une amende record, et un déjà-vu sur Switch 2

Trente-cinq millions d’euros, c’est une somme rare dans le répertoire de la DGCCRF. En France, seule Shein a fait pire récemment, avec une amende de 40 millions d’euros prononcée en 2025 pour pratiques commerciales trompeuses. Autrement dit, Nintendo se retrouve dans le haut du panier des sanctions consommateurs hexagonales. Et contrairement à d’autres, le constructeur n’a pas contesté : il a accepté l’amende.

Le plus gênant pour Nintendo, c’est le calendrier. La Switch 2 est sortie en juin 2025, et ses manettes ne souffrent pas du drift pour l’instant. Sauf qu’en démontant les nouveaux Joy-Con, iFixit a constaté que Nintendo a conservé des joysticks à potentiomètre, la même technologie de fond que sur la première Switch, sans passer aux capteurs à effet Hall (qui fonctionnent par aimants, sans contact physique qui s’use). Du coup, le Joy-Con drift pourrait bien revenir sur la Switch 2 au fil des années. Même composant, même usure programmée par la physique.

Pour les propriétaires d’une première Switch dont les manettes dérivent, l’amende ne change rien au quotidien : la réparation gratuite reste le bon réflexe, plutôt que racheter une paire. Pour Nintendo, le message est plus rude : jouer la montre sur un défaut connu finit par coûter plus cher qu’un mea culpa rapide. Et si la Switch 2 dérive à son tour, le constructeur ne pourra pas plaider la surprise.


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