Réseau CB : tout comprendre sur l’alternative française à Visa et Mastercard

 
On l’utilise tous les jours, on en parle tout le temps, mais on ne sait pas vraiment ce que c’est. Le réseau CB, ce petit logo sur votre carte, est au cœur d’une bataille de souveraineté et de gros sous.
Crédits : Carte Bancaire

Le réseau CB. On l’utilise tellement que c’est devenu un nom commun, mais derrière ces deux lettres se cache une organisation qui fait de la résistance face aux géants américains.

La plupart d’entre vous pensent avoir une « Visa » ou une « Mastercard ». En réalité, vous avez souvent une carte cobadgée qui utilise en priorité un réseau français. Pour y voir plus clair, on a compilé les questions que vous me posez le plus souvent sur les réseaux sociaux et dans les commentaires.

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Le petit guide du réseau CB

C’est quoi au juste ce logo CB ? Ce n’est pas juste un logo, c’est un Groupement d’Intérêt Économique (GIE) indépendant détenu par les banques françaises.

Il gère l’infrastructure qui permet de payer et de retirer de l’argent partout en France. C’est notre « système d’exploitation » du paiement national.

Si historiquement, ce groupement était purement franco-français, il s’ouvre aujourd’hui à l’international : des géants comme JP Morgan en sont désormais membres.

Est-ce que c’est le seul moyen de payer en France ?

Non, mais c’est la colonne vertébrale de notre système. Le réseau CB assure l’interopérabilité nationale. Sans lui, chaque banque devrait passer des accords individuels ou passer systématiquement par les réseaux internationaux (Visa/Mastercard). C’est ce qui permet cette fluidité typiquement française où l’on se demande rarement « est-ce que ma carte va passer ici ? ».

La France est d’ailleurs une exception. Ailleurs en Europe, la plupart des réseaux domestiques ont disparu ou sont en train de mourir (comme Maestro ou V-Pay qui sont remplacés par du « Visa Debit » ou « Mastercard Debit »).

Le réseau CB a résisté grâce au co-badging (la présence de deux logos sur la carte). C’est ce modèle hybride qui a permis aux banques françaises de garder la main sur leurs données et leurs coûts, là où d’autres pays sont devenus totalement dépendants des réseaux américains.

Pourquoi mon boulanger préfère-t-il que je paye en « CB » ?

C’est une question de marge pour lui. Lorsqu’une transaction passe par le réseau domestique CB, les commissions d’interchange et les frais de réseau sont significativement moins élevés que s’ils passent par les réseaux internationaux (Visa ou Mastercard). Pour un petit commerçant, sur des milliers de transactions annuelles, l’économie est réelle. C’est pour cela que la plupart des terminaux de paiement (TPE) sont configurés pour choisir le réseau CB en priorité.

La différence est notable mais variable. Sur les petits montants, la commission d’interchange (régulée par l’Europe) est souvent la même (0,2 % ou 0,3 %).

Cependant, ce sont les frais de réseau (scheme fees) facturés par Visa/Mastercard qui peuvent peser lourd, surtout sur les cartes étrangères ou commerciales.

Le réseau CB, étant un GIE à but non lucratif (contrairement à Visa qui est une entreprise cotée en bourse), facture ces frais techniques à prix coûtant. C’est là que se fait l’économie réelle pour votre boulanger.

Si ma carte est « Visa CB », comment choisir le bon réseau ?

La plupart des cartes françaises sont « co-brandée » : elles possèdent deux applications de paiement sur la même puce.

  • En France : Le terminal du commerçant va privilégier le réseau CB (c’est le choix par défaut).
  • À l’étranger : Le réseau CB n’existant pas hors de nos frontières, la carte bascule automatiquement sur Visa ou Mastercard pour valider le paiement à New York ou Tokyo.

L’astuce geek : Sur certains terminaux en magasin, si vous voyez un bouton jaune (ou « choix du réseau »), il permet théoriquement de forcer manuellement le choix entre CB et Visa/Mastercard. Dans la pratique, c’est très rarement utile pour le client, mais cela existe !

Pour Apple Pay ou Google Pay, ça se passe comment ?

C’est la grande évolution récente. Longtemps, les portefeuilles numériques (Wallets) utilisaient par défaut le réseau international de votre carte. Désormais, le réseau CB est compatible avec la tokenisation (le fait de remplacer le numéro de carte par un jeton sécurisé dans le téléphone).

Grâce à la tokenisation (une technologie qui remplace vos numéros de carte par un jeton sécurisé), CB est désormais intégré à Apple Pay et Google Pay chez la plupart des banques françaises.

Si votre banque a fait le nécessaire technique, votre paiement mobile en France passera bien par les tuyaux du réseau CB, participant ainsi à la souveraineté des paiements nationaux.

Désormais plus de 1,5 milliard de paiements mobiles passent déjà par le réseau CB. C’est transparent pour vous, mais c’est une victoire énorme pour la souveraineté française.

Pour aller plus loin
La Banque Postale fait aussi un geste contre Visa et Mastercard

Pourquoi ma carte Revolut ou N26 n’a pas le logo CB ?

C’est le revers de la médaille de la « tech » internationale. Les néobanques et les banques en ligne étrangères (Revolut, N26, Nickel au début) ne sont pas membres du GIE CB car cela a un coût supplémentaire.

Elles émettent des cartes « Visa Only » ou « Mastercard Only ». Pour vous, ça ne change pas grand-chose, mais pour votre commerçant, c’est pas ce qu’il préfère : il paiera systématiquement la commission forte (jusqu’à 2 % ou 3 % pour certaines cartes pro) sans pouvoir rien y faire. Franchement, c’est le point noir de ces cartes.

Le réseau CB est-il vraiment plus sûr ?

Le réseau CB affiche un taux de fraude extrêmement bas, mais il faut rendre hommage à la technologie derrière : la carte à puce.

La France a été pionnière (grâce à l’invention de Roland Moreno) en imposant la puce et le code PIN bien avant les États-Unis qui utilisaient encore la piste magnétique (facilement piratable).

Aujourd’hui, la sécurité repose sur les standards mondiaux EMV (Europay Mastercard Visa) et sur l’authentification forte (DSP2/3D-Secure), que le réseau CB implémente rigoureusement pour sécuriser vos achats en ligne.

Wero va-t-il tuer le réseau CB ?

D’accord, ils se ressemblent sur l’objectif (la souveraineté), mais ils ne boxent pas dans la même catégorie. CB, c’est pour la carte (physique ou mobile). Wero, c’est pour le virement instantané de compte à compte. Ils sont complémentaires : Wero pour rembourser un ami ou payer un artisan, CB pour vos courses au supermarché. L’idée, c’est d’avoir une ceinture et des bretelles pour ne jamais dépendre des Américains.

Pour un commerçant, Wero est potentiellement encore moins cher que CB car il supprime l’intermédiaire « carte ». Mais pour le client, CB offre souvent des assurances (achat, voyage) que le virement instantané n’offre pas encore par défaut.

Puis-je payer sans réseau internet avec CB ?

Attendez, c’est là qu’on voit la force de l’infrastructure. Contrairement à certaines solutions 100 % cloud, le réseau CB permet des paiements « offline » (sous conditions de plafond) sur les terminaux de paiement. C’est ce qui fait que votre carte passe même dans un parking souterrain ou dans un avion. Les réseaux internationaux le font aussi, mais CB a optimisé ça pour nos TPE depuis les années 80.

J’ai entendu dire que Visa avait racheté le réseau CB, c’est vrai ?

C’est une confusion fréquente ! Il faut distinguer deux choses :

  • GIE Cartes Bancaires (CB) : C’est l’organe de gouvernance du réseau, et lui, il appartient toujours aux banques membres (françaises et internationales). Donc non, Visa n’a pas racheté le réseau CB.
  • Carte Bleue : C’était une marque commerciale qui a effectivement été vendue à Visa en 2010.

C’est quoi le projet « CB Dynamique 2026 » ?

C’est le plan de reconquête. On y trouve notamment le Click-to-Pay, déjà disponible chez Visa et Mastercard.

L’idée est simple : si le réseau CB est moins pratique que Visa ou Apple Pay, les gens l’oublieront. Alors comment faire ? Avec une technologie.

Avec Click-to-Pay, votre carte sera reconnue automatiquement via votre e-mail ou votre smartphone et vous validez d’un clic. Derrière, CB généralise la tokenisation industrielle : votre vrai numéro de carte n’est jamais transmis au marchand, il est remplacé par un jeton numérique unique. C’est le coffre-fort ultime : même si le site marchand se fait pirater, les données volées sont inutilisables ailleurs.

En tête de liste de ceux qui ont adopté Click-to-Pay, on retrouve Cdiscount, qui a été l’un des premiers laboratoires du réseau pour tester la fluidité du parcours.

Un autre acteur a rejoint la danse : SNCF Connect. C’est peut-être là que le gain de temps est le plus flagrant. Acheter un billet de train en trois secondes sans avoir à fouiller son sac pour trouver sa carte, c’est exactement ce que le réseau CB visait. À leurs côtés, des enseignes comme Veepee (anciennement Vente-Privée) et le groupe Fnac Darty déploient progressivement cette technologie. Ils ont tout intérêt à ce que vous choisissiez CB plutôt que Visa, car cela booste directement leur marge nette.

Grâce à des prestataires de paiement (PSP) comme Worldline, PayPlug ou Lyra, des milliers de petits e-commerçants intègrent désormais cette option nativement.

Mais le vrai plus pour notre quotidien, c’est le projet UPDAT’R. C’est le petit génie qui va prévenir Netflix, Spotify ou EDF quand votre carte expire pour mettre à jour vos coordonnées tout seul. Plus d’abonnement coupé bêtement parce qu’on a oublié de changer ses numéros.

Merci à Florent Bouckenooghe pour ses commentaires qui nous ont permis d’ajouter des éléments et des corrections à cet article.


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