Tesla perd son pactole des crédits carbone : le bénéfice par voiture s’effondre à 2 140 $

La fin du pactole

 
Tesla reste l’un des constructeurs généralistes qui gagne le plus par voiture vendue, mais l’écart avec Toyota fond à vue d’œil. En cause : la fin d’un business ultra-rentable adossé aux normes CO2 européennes.
Tesla Gigafactory Berlin // Source : Tesla

Pendant des années, Tesla a écrasé la concurrence sur un indicateur précis : le bénéfice par voiture vendue. En 2022, la marque empochait autour de 9 500 dollars de profit net sur chaque véhicule.

En 2025, ce chiffre est tombé à environ 2 140 dollars, soit près de 1 880 euros. Une chute de 40 % sur un an, d’après les données compilées par le quotidien japonais Nikkei Asia. Et derrière, Toyota se rapproche dangereusement.

Le roi de l’hybride affiche désormais un bénéfice d’environ 2 078 dollars par voiture (près de 1 830 euros), à quelques dizaines de dollars de Tesla. Toyota a certes vu sa propre rentabilité reculer de 20 %, mais sa gamme repose sur les hybrides, une technologie rentabilisée depuis longtemps et qui ne dépend d’aucune subvention.

Tesla perd une grosse partie de ses revenus annexes pendant que Toyota encaisse le coup avec ses moteurs essence. Le duel Tesla-Toyota se joue aussi sur les volumes de ventes.

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Le pactole des crédits carbone est en train de se tarir

Pour comprendre, il faut parler des crédits carbone. Le principe : en Europe, chaque constructeur doit respecter un plafond moyen d’émissions de CO2 sur toutes les voitures qu’il vend.

En 2025, ce plafond est passé à 93,6 grammes de CO2 par kilomètre, contre 116 grammes auparavant. Une baisse de 19 % en un an. Ceux qui dépassent risquent une amende salée : 95 euros par gramme de dépassement, multiplié par le nombre de voitures immatriculées.

Tesla Gigafactory Berlin // Source : Tesla

Tesla, qui ne vend que de l’électrique, est loin sous ce seuil. Du coup, la marque peut « prêter » son excédent aux autres via ce qu’on appelle un pool CO2 : un groupement où les mauvais élèves paient Tesla pour faire baisser leur moyenne commune et éviter l’amende.

Pendant plusieurs années, ça a rapporté gros. Pour l’année 2025, le pool réunissait Toyota, Stellantis, Ford, Honda, Mazda, Subaru et Suzuki. Les analystes d’UBS estimaient que ce groupement pouvait générer plus d’un milliard d’euros pour Tesla rien qu’en Europe, comme le rapporte Electrek. On vous expliquait justement comment Tesla comptait gagner un milliard d’euros en aidant ses rivaux.

Pourquoi le piège se referme sur Tesla

Le problème, c’est que ce modèle repose sur une condition : que les autres constructeurs restent à la traîne sur l’électrique. Or ça change.

Pour l’année 2026, Toyota et Stellantis ont quitté le pool de Tesla. Toyota estime pouvoir respecter seul son objectif de 96,3 grammes par kilomètre, grâce à sa forte proportion d’hybrides et à ses nouvelles électriques comme le bZ4X. Stellantis, lui, monte son propre pool avec sa filiale chinoise Leapmotor, plutôt que de payer un concurrent.

Les crédits réglementaires de Tesla au premier trimestre 2026 sont tombés à 542 millions de dollars, contre 692 millions un an plus tôt, d’après l’analyse de l’expert automobile Matthias Schmidt.

À cela s’ajoute un second coup dur : aux États-Unis, le marché des crédits d’émissions a été supprimé en 2025. Et le fait que le pool européen n’ait respecté ses obligations que de justesse en 2025 montre que la marge de manœuvre se réduit.

Tesla Model Y Standard // Source : Robin Wycke pour Frandroid

Cette manne en train de disparaître, on vous l’avait signalé quand le business le plus rentable de Tesla a commencé à vaciller. Bref, ces revenus quasi gratuits qui gonflaient les marges s’évaporent, pile au moment où les ventes de Tesla reculent.

Pour l’automobiliste, ce virage a un effet concret : pour écouler ses stocks face à la concurrence chinoise et aux baisses de demande, Tesla multiplie les baisses de prix, ce qui rogne encore la marge par voiture.

Le modèle qui a fait la fortune de la marque, ces crédits carbone facturés à prix d’or, était de toute façon temporaire par nature. Il ne tenait que tant que les autres constructeurs n’électrifiaient pas assez vite. Ce temps-là touche à sa fin.

Elon Musk espère que le FSD (la conduite autonome de la marque) puisse devenir la nouvelle poule aux œufs d’or, avec un abonnement à 99 euros par mois pour chaque voiture. Il faudrait toutefois pour cela que ce système soit autorisé plus largement qu’actuellement. En Europe, les États l’autorisent au compte-gouttes : à ce jour, le FSD supervisé n’est homologué que dans quelques pays (dont les Pays-Bas et la Belgique), sûrement pas assez vite au goût du milliardaire et des propriétaires qui attendent la promesse depuis des années.


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