Le centre des congrès Fira Barcelona Gran Via a refermé ses portes sur le Mobile World Congress 2017, une édition décevante sur bien des points. Faut-il y voir un signe que le marché a atteint son apogée et risque à tout moment d’éclater ? Tentons de faire le bilan et d’analyser les tendances du salon catalan.

Chaque année, le Mobile World Congress est le salon qui marque les tendances pour les mois à venir dans le monde de la mobilité. Qu’il s’agisse des smartphones, des tablettes, des objets connectés et autres technologies parfois loufoques, la grand-messe de Barcelone est l’officine où se dévoilent les produits qui vont marquer le paysage futur des technophiles du monde entier (ou plutôt de l’Occident, les asiatiques profitant également d’un marché parallèle venant ajouter une couche complexe d’appareils en tout genre).

L’édition 2017 du salon catalan vient de fermer ses portes, et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on reste sur notre faim. Entre des innovations très timides, un nombre limité de produits et des marchés qui fondent comme peau de chagrin, il y a de quoi se poser des questions sur l’avenir des mobiles.

 

Le premium aux abonnés absents ?

Du côté des smartphones, on retrouve quelques innovations intéressantes, comme le superbe écran borderless du LG G6 ou encore l’impressionnant capteur photo du Xperia XZ Premium. Pourtant, les deux smartphones manquent d’un petit quelque chose qui les rendrait réellement incontournables. Alors que le premier recycle un processeur de la fin 2016 et se trouvera bientôt en compétition avec le Galaxy S8, le second ne sera pas disponible avant quelques mois et présente un intérêt plus ou moins limité dans le monde de la téléphonie malgré son image inaltérable de magnifique vitrine technologique. Ce sentiment est d’autant plus présent quand on connait l’énorme force de Sony à créer des capteurs photo de très bonne qualité et sa grande faiblesse à les intégrer correctement au sein de ses propres terminaux.

De son côté, le Huawei P10, malgré ses très bons atouts, n’apparaît que comme une simple correction du P9. Il s’agit bien d’une petite évolution et non de la révolution que l’on pourrait attendre dans les allées d’un MWC.

Il faut dire aussi que les flagships premium n’ont plus autant le vent en poupe qu’avant. Les smartphones d’entrée et de milieu de gamme ont à leur tour atteint la maturité et inondent le marché de produits efficaces et bon marché. On peut par exemple citer les Moto G5 et G5 Plus, le Nokia 6 ou encore le Wiko Wim, tous prometteurs dans leur catégorie.

 

Nokia et BlackBerry volent la vedette

Au final, ce qui a attisé le plus la curiosité du public lors de ce MWC, c’est le retour sur le devant de la scène d’anciens constructeurs. Notre prise en main du Nokia 3310 a été l’article le plus lu sur FrAndroid la semaine dernière et celle du BlackBerry KeyOne a généré près de 50 % d’audience en plus que celle du LG G6, que vous avez pourtant élu meilleur produit du salon.

Aujourd’hui, pour marquer les esprits, il faut donc sortir de l’ordinaire, tenter un coup de poker et faire vibrer la corde de la nostalgie. Un téléphone incassable avec une autonomie monstrueuse et un autre avec un clavier physique font désormais plus rêver qu’une fiche technique dernier cri, un capteur capable de filmer à 960 FPS ou un écran 18:9. Des nouveautés qui ne font plus rêver autant qu’elles auraient pu le faire avant, symbole non seulement d’un certain désintérêt, mais aussi d’une maturité dans laquelle il est désormais nécessaire de donner un grand coup de pied pour créer un nouvel élan.

 

Des conférences assommantes

Ce manque d’innovation, nous l’avons perçu au travers des produits, mais aussi des conférences. Entre le défilé de personnalités à la présence plus que dispensable lors de la conférence LG, le temps aberrant passé par Huawei sur ses nouveaux coloris, apparemment l’une des priorités du constructeur pour son nouveau flagship, les annonces de Samsung plus rapidement oubliées qu’elles n’ont été présentées et le « One More Thing » de Nokia aux allures de blague, le dimanche 26 n’aura été qu’une succession de prises de paroles interminables et sans intérêt.

Mais cette cruelle absence d’intérêt, on peut également la reprocher aux différentes rumeurs. Alors que le secteur de la mobilité brasse des dollars presque aussi rapidement que Wall Street, un marché parallèle s’est mis en place afin d’être le premier à faire découvrir au monde ce à quoi ressemblera le smartphone de demain. Huawei P10, LG G6, Nokia 3310… Tous étaient déjà presque entièrement connus avant même que le Fira Barcelona prenne les couleurs du congrès grâce à un flot quasi ininterrompu de la part de personnalités spécialisées comme evleaks et des nombreux relais, à l’instar du très récent site SlashLeaks. Difficile d’être original dans ces conditions.

 

Des marchés sur le déclin

Si ces tendances se remarquent principalement sur le marché des smartphones, qui représente la majeure partie du salon, on le ressent également sur deux autres marchés actuellement sur le déclin : les tablettes et les montres connectées.

Samsung propose pourtant de beaux produits avec sa Galaxy Tab S3 et ses Galaxy Book. D’un côté on a un produit sous Android visant le divertissement, de l’autre, des 2-en-1 prévus pour la bureautique et rivalisant avec les Surface de Microsoft. Pourtant, là encore, l’intérêt est très limité. Le problème ne vient pas tant du produit que de la gamme elle-même. Aujourd’hui, peu de tablettes arrivent à se faire une place sur le marché et le taux de renouvèlement est très bas. Le HDR à lui seul est-il un argument pour changer sa tablette ?

 

Pour les montres connectées, c’est encore pire. Alors que les précédentes éditions croulaient sous les objets connectés à se mettre au poignet, le MWC 2017 n’a accueilli que quelques rares modèles, dont la LG Watch Sport, que nous ne verrons peut-être jamais en France, et la Huawei Watch 2 dont la principale nouveauté est d’être compatible 4G, ce que d’autres modèles font déjà. Aucune prise de risque, aucune amélioration marquante… Non, ce n’est donc pas ce semestre que vous trouverez une smartwatch capable de remettre les pendules à l’heure.

 

Le déclin du salon ou simple accalmie ?

Derrière ces critiques, c’est un nouveau coup de gueule que nous adressons aux constructeurs. Ce genre de salon n’est pas qu’une vitrine commerciale, mais aussi un évènement servant à faire rêver tous les geeks du monde entier. En 2017, on est encore loin du songe humide qui nous ferait réclamer quelques minutes de plus dans les bras de Morphée pour en profiter encore et encore, mais pourquoi et que faire pour arranger les choses ?

L’un des principaux absents de ce salon, c’était le Galaxy S8, mais aussi et surtout le Snapdragon 835. Intégré dans le Xperia XZ Premium, il ne sera pas de la partie dans les smartphones haut de gamme avant la fin du premier semestre. Peut-on réellement voir de la nouveauté dans un appareil lorsque l’un de ses principaux composants date de plus de 6 mois ? Le marché a également atteint une certaine maturité et peine à se renouveler, la faute à des marques qui nous ont longtemps promis monts et merveilles et qui ne semblent aujourd’hui que ressasser le même bullshit marketing saupoudré de bonnes intentions.

Pour réellement réveiller l’attention, il faudra aller plus loin dans la technique et enfin proposer des technologies innovantes qui répondront aux besoins des utilisateurs. Des batteries enfin efficaces, surtout sur les montres connectées, et pourquoi pas un écran vraiment pliable afin de créer un nouvel usage à mi-chemin entre la tablette et le smartphone ? Un renouveau que nous espérons voir à l’IFA en septembre prochain.