Apple cède face à Netflix et Spotify pour le paiement hors application

Un petit geste pour éviter une grosse claque ?

 

Apple est en proie à de nombreuses affaires concernant les conditions de publication sur son App Store. Pour mettre fin aux poursuites au Japon, la firme a dû céder sur une position historique : l'interdiction d'intégrer des liens externes dans les applications vers des abonnements.

Tim Cook lors de l'introduction de la WWDC 2021.

Tim Cook lors de l’introduction de la WWDC 2021. // Source : Apple

Parmi la multitude de restrictions imposées par Apple aux développeurs, il y en a une qui fait vraiment grincer des dents même chez les géants comme Netflix, Spotify ou Microsoft : l’interdiction de proposer un lien depuis l’application vers l’abonnement sur le site de l’éditeur. En effet, on sait qu’Apple prend une commission de 30 % sur tous les abonnements et paiements depuis l’application, mais la firme interdit aussi de rendre évident comment éviter cette commission.

Ainsi, dans l’application Netflix par exemple, le service dut longtemps vous proposer son abonnement directement dans l’application sans renvoyer vers Netflix.com pour éviter la dime. Ce dernier avait fini par choisir de ne plus proposer l’abonnement dans l’application, qui était devenue réservée aux personnes déjà abonnées. Certains éditeurs comme YouTube ont tout simplement augmenté le tarif de l’abonnement de 30 % si l’on souscrit depuis un appareil sous iOS. Ce genre de manœuvre pourrait appartenir au passé.

Un accord au Japon, une victoire pour le monde entier

La Japan Fair Trade Commission ou JFTC, qui supervise au Japon la saine concurrence, a lancé en 2019 une enquête à l’encontre d’Apple concernant ce genre de conditions. À la conclusion de cette enquête, Apple est parvenu à un accord avec la JFTC qui a décidé de renoncer à des poursuites et « d’éliminer les soupçons«  de restriction d’activités commerciales de certaines entreprises (vente de contenus numériques notamment). Ce qui est intéressant, c’est que cet accord modifie les conditions de l’App Store pour le monde entier.

Pour garantir une bonne et sûre expérience utilisateur, les directives de l’App Store exigent des développeurs qu’ils vendent des services numériques et des abonnements en utilisant le système de paiement in-app d’Apple. Étant donné que les développeurs d’applications « readers » ne proposent pas d’achat de biens et de services numériques dans l’application, Apple a convenu avec la JFTC de laisser les développeurs de ces applications partager un lien unique vers leur site web pour aider les utilisateurs à créer et à gérer leur compte.

Cette décision concerne donc uniquement les applications de type « readers », c’est-à-dire proposant « du contenu acheté ou par abonnement de type magazines, journaux, livres, audio, musique ou vidéo ». Si l’on parle de musique ou de vidéo par abonnement, Netflix et Spotify sont donc les premiers concernés tout comme les organes de presse. Des services qui proposaient déjà, pour la très grande majorité, de s’abonner depuis leur site, mais sans pouvoir le faire dans ou depuis l’application.

Désormais, les développeurs auront le droit de fournir un unique lien vers leur site pour proposer la création du compte et sa gestion, donc la possibilité de s’abonner. Le communiqué d’Apple précise que les changements de politiques annoncés seront intégrés à l’App Store en 2022. La firme doit encore mettre à jour ses conditions d’utilisations et son processus de validation des applications.

Une petite défaite pour mieux rebondir ?

C’est la deuxième fois en moins de 7 jours qu’Apple est contraint de laisser du terrain aux développeurs. Le 27 août 2021, la firme a annoncé la création d’un fonds d’aide aux petits développeurs de près de 100 millions de dollars.

Si cette mesure prise par Apple vient confirmer un processus qui existait déjà, mais sera simplifié pour l’utilisateur en étant possible de se rendre vers son profil depuis l’application, elle n’est pas totalement néfaste pour la firme. Celle-ci s’est contentée de suivre à la lettre les reproches de la JFTC et seules les « Readers App » pourront profiter de l’ajout de ce lien externe. Les applications « professionnelles » comme la suite Office 365, OneDrive ou autres, les services de cloud gaming comme Stadia ou Xbox Cloud Gaming, voire les éditeurs de jeux comme Epic Games ne sont pas concernés.

De plus, cette « ouverture vers l’extérieur » concédée par Apple aux médias et services de streaming notamment pour leur permettre indirectement d’orienter les utilisateurs vers leur service de paiement (l’accord ne prévoit pas de lien direct vers le paiement d’un abonnement ou d’un service) va permettre à la marque à la pomme de marteler sa politique.

En octroyant une sortie de l’App Store, elle pourra rappeler à ses utilisateurs qu’ils vont basculer loin de son environnement sécurisé, « l’endroit idéal et sécurisé où les données personnelles sont protégées », et, comme on le répète déjà du côté de Cupertino, vers des plateformes qui n’offrent pas forcément les mêmes conditions ni garanties (sous-entendus, où vous n’êtes pas sûrs que vos données ne seront pas revendues…). De quoi agiter quelque peu le spectre de la peur pour mieux garder ses ouailles…

Apple a d’ores et déjà annoncé qu’il travaillerait conjointement avec les développeurs pour s’assurer que le lien soit bien sécurisé et que leur mode de paiement offre des garanties pour les utilisateurs. Une façon aussi sans doute indirecte de proposer son propre système de paiement, même loin de l’App Store, tout en offrant un semblant de liberté aux services. Si cela s’apparente à une nouvelle concession faite par Apple, et c’en est une, elle n’est qu’un pion avancé sur l’échiquier de sa partie face à Epic Games dont le verdict est attendu prochainement. À la juge, Tim Cook et les siens veulent montrer qu’ils font des gestes envers les développeurs pour montrer qu’ils écoutent, veulent améliorer leur écosystème et le business de chacun. Pour cela, ils s’offrent aussi la paix — et la fin des plaintes — des soutiens potentiels de leur adversaire.

(Avec Melinda DAVAN-SOULAS)

Les derniers articles