
Derrière ce programme particulièrement dense, le constructeur chinois nous a semblé poursuivre un objectif qui dépasse largement la simple présentation de ses voitures. Alors que son développement s’accélère en Europe, BYD cherche désormais à construire une image de marque et à expliquer qui il est réellement.
Mais le clou du spectacle semblait surtout être cette mystérieuse conférence, annoncée sur le programme, dont on ne savait pas grand-chose. De quoi s’attendre à des annonces en grande pompe, sur l’arrivée d’un nouveau modèle révolutionnaire ou d’une technologie qui prendrait tout le monde de court. Mais la réalité s’est révélée bien différente.
Au fil des visites, on s’est surtout rendu compte que BYD ne cherchait pas seulement à nous présenter ses voitures. Le constructeur semblait surtout vouloir raconter son histoire, montrer l’étendue de ses activités et expliquer ce qui le différencie de ses concurrents. Une démarche qui peut surprendre lors d’un voyage automobile, mais qui prend tout son sens au moment où la marque accélère son développement sur le marché européen. Car si BYD vend désormais des voitures en Europe, le groupe doit encore relever un autre défi : faire comprendre aux automobilistes européens qui il est réellement.
Sur le plan commercial, la marque a pourtant déjà changé d’échelle : au premier semestre 2026, BYD (Denza compris) a immatriculé 172 628 voitures en Europe, soit 145 % de plus qu’un an plus tôt, selon les chiffres compilés par Automobile Propre. Le groupe SAIC (MG et Maxus) ne garde qu’une courte avance, et BYD s’impose comme la première marque chinoise du continent, devant MG.

Faire connaître la marque avant de vendre davantage de voitures
Le voyage a commencé par une visite des quartiers généraux de BYD. Bien qu’un impressionnant nouveau siège soit en construction à quelques encablures de là, qui sera inauguré normalement en 2027, c’est dans l’actuel pentagone que nous sommes reçus, accueillis devant les marches de ce presque palais par des modèles des différentes marques du groupe : une BYD évidemment, mais également un Fangchengbao, et deux Yangwang, l’énorme U8 capable de flotter, et l’hypercar U9, dont une version détient le record de vitesse des voitures électriques.
À l’intérieur, quelques voitures en exposition. Mais surtout, sur plusieurs étages, le groupe expose aux gens de passage, médias comme nous ou gros clients, tout le savoir-faire de BYD. C’est au pas de course que l’on passe d’un gigantesque tableau montrant tous les pays du monde dans lesquels BYD est présent (120) à une maquette grandeur nature du SkyRail, le monorail électrique que le constructeur a déjà déployé dans plusieurs grandes villes chinoises (et, depuis fin mars 2026, à São Paulo, au Brésil) en passant par des panneaux développant les engagements en matière de développement durable de la marque : 20 % de matériaux recyclés dans ses voitures d’ici 2030, contribuer à faire baisser la température de 1 °C sur Terre…
Des démonstrateurs de chaque technologie sont là aussi, que ce soit les suspensions électromagnétiques intelligentes dont on a parlé sur le Fangchengbao, les châssis des différentes architectures hybrides, hybrides rechargeables ou électriques… mais aussi, pour en mettre plein la vue, deux espaces de démonstration grandeur nature : l’un avec une Denza Z9 GT enfermée dans une chambre à -30 °C afin de tester la recharge Flash dans le froid extrême, l’autre où une batterie Blade de BYD est percée de part en part sans que rien ne se passe, alors que le même exercice, mené juste à côté sur une batterie NMC, provoque une explosion.

Selon les chiffres publiés par BYD, une voiture équipée de sa Blade Battery de deuxième génération passe de 10 à 70 % en 5 minutes environ et de 10 à 97 % en 9 minutes environ à température normale. À -30 °C, le constructeur annonce environ 12 minutes pour passer de 20 à 97 %, soit trois minutes de plus. Ce sont des valeurs constructeur, obtenues dans ses propres conditions de test.
Un peu plus tard dans la journée, direction le musée BYD, installé là où Wang Chuanfu, fondateur du groupe et chimiste de formation, a démarré son activité. Il s’agissait d’une entreprise qui fabriquait des batteries bien avant de produire des voitures. Les bureaux y ont été comme figés dans le temps, comme pour mieux montrer le chemin parcouru depuis l’assemblage des cellules pour en faire des batteries, de voitures téléguidées notamment, avant de décrocher un contrat avec Nokia pour les téléphones portables et de monter en puissance pendant trois décennies pour en arriver là où la marque en est. D’ailleurs, sous l’ancien logo du portail d’entrée, on peut encore lire « BYD Battery Co., Ltd. ».
Pour un journaliste automobile européen, l’exercice a quelque chose d’inhabituel. Lorsqu’un constructeur invite la presse, c’est généralement pour présenter un nouveau modèle ou faire essayer une technologie. Ici, BYD a surtout voulu raconter son histoire et expliquer ce qui se cache derrière ces trois lettres, sans mettre en avant une voiture en particulier.
On le constate tout au long de la visite : les voitures sont présentes, bien sûr, mais elles ne sont qu’une partie d’un ensemble beaucoup plus vaste, dont on a même parfois du mal à cerner les contours. Batteries, électronique, stockage d’énergie, transports publics ou encore semi-conducteurs : BYD cherche à montrer qu’il est devenu bien plus qu’un constructeur automobile.
En Europe, BYD reste une marque relativement jeune, malgré sa croissance rapide. Le constructeur en tient compte jusque dans le choix de ses invités à Shenzhen. Aux côtés des journalistes européens figuraient également de nombreux créateurs de contenus et influenceurs. Un choix qui montre l’importance que BYD accorde à son image et à sa visibilité sur un marché où la marque reste bien moins connue que les constructeurs européens historiques ou Tesla.
Une démonstration de puissance industrielle
Après avoir raconté son histoire, BYD a voulu nous montrer l’étendue de ses capacités industrielles. Cela passe notamment par la découverte de plusieurs marques encore largement inconnues en Europe. À côté des modèles BYD, nous avons ainsi pu approcher les véhicules de Denza, dont l’arrivée en France est toute récente, mais aussi ceux de Fangchengbao et Yangwang.
Des modèles que nous avons retrouvés sur les lignes de production de l’usine de Pingshan, à Shenzhen, lors d’une visite là encore éclair, ne laissant pas le temps de s’arrêter autre part qu’aux étapes de l’emboutissage (15 tôles d’acier par minute destinées aux éléments de structure de carrosserie automobile), des soudures et la sortie des lignes de production où une voiture sort toutes les 50 secondes.
Cette démonstration se poursuit lors de la conférence organisée à Shenzhen autour de la Xuanji A3, la nouvelle puce maison dédiée à la conduite assistée, dévoilée par BYD le 28 mai. Sur scène, Wang Chuanfu enchaîne les chiffres : gravure en 4 nm, plus de 2 100 TOPS de puissance de calcul en combinant trois puces et, selon BYD, une compatibilité avec la conduite autonome de niveaux 3 et 4.
Au-delà de la puce elle-même, BYD insiste régulièrement sur sa capacité à développer en interne une part croissante des technologies qui composent ses véhicules. Batteries, moteurs électriques, électronique de puissance, logiciels ou systèmes d’aide à la conduite : le constructeur revendique un niveau d’intégration particulièrement élevé. Les responsables du groupe mettent régulièrement en avant cette stratégie, convaincus qu’elle constitue l’un de leurs principaux avantages face à la concurrence.

Entre démonstration technologique et opération séduction
Musée, usine, conférence… Que manque-t-il ? La pratique ! Ou presque, car nous n’avons pas le droit de conduire en Chine sans formation préalable. Une journée entière est tout de même consacrée aux technologies de conduite assistée. Pendant une trentaine de minutes, nous avons pu tester le système de BYD dans les rues de Shenzhen. Changement de voie, insertion dans le trafic, négociation des intersections ou gestion des nombreux deux-roues : la prestation s’est révélée globalement convaincante.
Le constructeur nous a également permis de tester plusieurs fonctions de stationnement automatisé, avec notamment la possibilité de sortir du véhicule avant qu’il ne termine seul sa manœuvre. Des démonstrations impressionnantes, même si certaines de ces technologies existent déjà chez plusieurs concurrents. Avec ces-mises en scène, BYD cherche aussi à attirer l’attention. Au programme également, une démonstration grandeur nature dans l’une des stations de Flash Charging du réseau chinois de BYD, qui en revendique 11 586 au 24 septembre.

Ce réseau n’a pas vocation à rester cantonné à la Chine : BYD prévoit aussi de déployer 6 000 bornes Flash Charging hors de ses frontières. Pour les automobilistes français, l’intérêt dépendra toutefois des modèles vendus chez nous, qui devront accepter ces puissances de charge pour en profiter.
Tout au long du séjour, BYD a multiplié les démonstrations spectaculaires. Puce présentée comme la plus puissante de Chine, recharge ultra-rapide, conduite assistée, stationnement automatisé ou encore tests de batteries : le groupe semble avoir compris qu’en Europe, attirer l’attention et faire parler de la marque compte désormais autant que les fiches techniques.
La bataille de l’image est lancée
Mais clairement, cette stratégie est assumée. Alfredo Altavilla, conseiller spécial de BYD pour l’Europe et ancien directeur des opérations de Fiat Chrysler sur le continent, nous l’a reconnu lors d’un échange : l’un des défis les plus complexes pour la marque reste aujourd’hui sa notoriété. Développer un réseau de distribution ne suffit pas à construire une image de marque forte.
C’est probablement ce qui explique le programme de ces quelques jours passés à Shenzhen. Au-delà de ses voitures et de ses dernières innovations, le constructeur a surtout tenté de raconter son histoire, d’expliquer sa culture d’entreprise et de montrer l’étendue de ses activités.
Pendant longtemps, les constructeurs chinois ont cherché à convaincre l’Europe avec des prix agressifs ou des fiches techniques avantageuses. Maintenant qu’ils commencent à monter en puissance, il semblerait que l’heure soit venue de changer de partition. À Shenzhen, BYD a joué celle d’un groupe qui veut s’installer durablement sur le continent et qui doit, pour cela, convaincre les automobilistes européens qu’il mérite leur confiance. Pendant plusieurs jours, nous avons vu ce travail de séduction à l’œuvre, mené avec des moyens considérables.
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