Test du Netgear RAX200 (AX12) : le Wi-Fi 6 à son plein potentiel

Passez-vous d'Ethernet

 

Peut-on enfin dépasser 1 Gb/s en Wi-Fi ? C'est ce qu'on peut désormais espérer avec certains routeurs Wi-Fi 6 haut de gamme. Nous l'avons vérifié avec le fleuron de Netgear, le Nighthawk AX12 RAX200.

Crédit : Romain Heuillard pour Frandroid

Crédit : Romain Heuillard pour Frandroid

Netgear a lancé en avril 2019 quatre premiers routeurs Wi-Fi 6 dans la gamme Nighthawk, dont le Netgear AX8 (référence RAX80), modèle cœur de gamme, que nous avions rapidement testé pour nous faire un premier avis sur ce qui était alors la toute nouvelle norme Wi-Fi. Le marché a mûri entre temps et nous revenons un an plus tard avec le test du Netgear AX12 (RAX200), qui demeure le routeur grand public le plus haut de gamme de la marque et l’un des 3 ou 4 plus haut de gamme ex-æquo du marché. Il est vendu pour la somme rondelette de… 500 euros !

Le Netgear RAX200 est l’un des rares routeurs Wi-Fi 6, avec quelques concurrents chez Asus ou TP-Link, à proposer un port 2,5 Gigabit Ethernet, qui lui permet de franchir la barrière du Gigabit en Wi-Fi. Encore plus rare, il est en plus tri-bande, ce qui permet essentiellement d’utiliser un répéteur Wi-Fi sans diviser le débit utile des clients par deux, en lui dédiant une bande comme le font certaines solutions de Wi-Fi maillé, ou bien permet de multiplier par deux le nombre de clients Wi-Fi 6 à performances constantes, en les répartissant sur deux bandes.

Plus précisément, la marque a baptisé le produit « routeur Wi-Fi 6 Nighthawk AX12 tri-bande 12-streams AX11000 (RAX200) ». Le point d’accès prend en charge la (future) norme IEEE 802.11ax (communément appelée Wi-Fi 6) en modulation 1024 QAM et en MU-MIMO 4×4 sur les trois bandes :

  • avec une bande passante maximale de 40 MHz sur la bande des 2,4 GHz, soit un débit maximal théorique de 1,2 Gb/s
  • de 160 MHz sur une première bande des 5 GHz, soit un débit maximal théorique de 4,8 Gb/s ;
  • de 160 MHz supplémentaires sur une seconde bande 5 GHz, soit 4,8 Gb/s supplémentaires.

L’appareil a donc été baptisé AX12, car il exploite 3 x 4 = 12 streams en transmission et autant en réception. RAX200 est la référence choisie arbitrairement par Netgear. On lit aussi AX11000 en référence à 10,8 Gb/s, qui est l’addition des débits maximaux théoriques de chacune des trois bandes. Les débits utiles sont inférieurs, ce qui est normal, et il faudrait au moins 5 appareils échangeant simultanément à plein tube pour exploiter pleinement le Wi-Fi de ce routeur.

Surtout, les appareils compatibles Wi-Fi 6 ont aujourd’hui un débit maximal théorique de 2,4 Gb/s chacun. Sur ordinateur, le chipset Intel AX200 et son dérivé Killer AX1650 ne sont en effet que (MU-)MIMO 2×2. Idem pour le sous-système FastConnect 6800 intégré au Qualcomm Snapdragon 865 équipant la plupart des smartphones Android haut de gamme.

Le Wi-Fi 6 n’améliore pas seulement les débits. Il adopte en effet l’OFDMA, déjà employée pour la 4G et la 5G, une technique de multiplexage qui permet à un point d’accès de communiquer simultanément avec plusieurs appareils, en multipliant et en partageant les sous-porteuses. Les appareils Wi-Fi utilisant le même canal communiquaient jusqu’alors tour à tour, ce qui provoquait de forts ralentissements en cas d’affluence, principalement sur des réseaux publics.

Mais dans un contexte domestique, le Wi-Fi 6 permet surtout d’espérer franchir le mur du gigabit, et c’est ce que nous avons voulu vérifier dans ce test, avec le matériel approprié.

L’avantage MultiGig

Lorsqu’il était associé à une connexion à internet par fibre optique ou à un NAS, le Wi-Fi se heurtait jusqu’à présent à un plafond de verre : 1 Gb/s, le débit maximal de la plupart des connexions FTTH et Ethernet. Dans ce contexte, la vitesse de pointe des points d’accès Wi-Fi 6 n’était pas meilleure que celle de bons points d’accès Wi-Fi 5, le facteur limitant étant dans la plupart des cas la liaison Ethernet à 1 Gb/s avec la box FTTH, le NAS, les ordinateurs, etc. Un routeur comme le Synology RT2600ac, qui offre du Wi-Fi 5 avec un débit maximal théorique de 1,7 Gb/s, plafonne ainsi à 980 Mb/s.

Le Wi-Fi 6 prend donc tout son sens lorsque la liaison montante peut dépasser 1 Gb/s. C’est le cas sur le Netgear RAX200, qui propose en l’occurrence un port 2,5 Gigabit Ethernet. On peut y relier un ordinateur ou un NAS Multi-Gig, ou bien le configurer comme port WAN pour le relier au port 2,5GbE d’une Freebox Pop.

Notez la présence du port 2.5G, qu’on peut utiliser comme port LAN ou WAN

Notez la présence du port 2.5G, qu’on peut utiliser comme port LAN ou WAN

1,5 Gigabit par seconde en Wi-Fi 🚀

Révélons sans plus tarder les résultats de nos tests de débits. Relié au port 2,5GbE de notre Freebox Pop, le Netgear RAX200 permet à notre Razer Blade Stealth de 2019, dont nous avons remplacé la carte Wi-Fi d’origine par une Killer AX1650, d’atteindre 1500 Mb/s (soit 187,5 Mo/s) en téléchargement avec Speedtest CLI ! Nous obtenons le même score sur le réseau local avec iPerf3 entre cet ordinateur portable et un autre ordinateur relié au routeur via un adaptateur USB vers 5GbE Qnap. Et nous transférons des fichiers à 185 Mo/s (soit 1480 Mb/s), dans un sens comme dans l’autre, via le protocole de partage de fichiers SMB.

Nous obtenons 900 Mb/s avec l’application Speedtest sur un iPhone 11 Pro, dont le Wi-Fi 6 est MIMO 2×2 et plafonne à 1,2 Gb/s. Tous nos tests de débit sur internet plafonnent quant à eux à 680 Mb/s en émission, le débit en émission d’une Freebox Pop étant de 700 Mb/s.

Le Netgear RAX200 n’étant équipé que d’un seul port Multi-Gig, si on y relie directement sa box Multi-Gig, il reste 4 ports Gigabit Ethernet, donc on peut aller plus vite sans fil que par câble !

Nous avons obtenu les débits précités avec l’ordinateur portable aux quatre coins du salon de 16 m² dans lequel le routeur est posé. Mais les débits se maintiennent exceptionnellement bien aux quatre coins de notre appartement de 50 m², puisqu’on obtient toujours 950 Mb/s depuis la baignoire, après avoir traversé l’entrée et fermé deux portes. Et même 750 Mb/s depuis le palier, derrière un mur porteur et une épaisse porte. Ce sont certes des tests empiriques, mais nous n’avions encore jamais vu de routeur offrant une telle portée. C’est qu’on profite du Wi-Fi 6 et du beamforming sur la bande des 2,4 GHz, qui offre un meilleur taux de pénétration que celle des 5 GHz, quand les appareils Wi-Fi 5 fonctionnent seulement en Wi-Fi 4 sur 2,4 GHz.

Enfin, si on lance un test Speedtest sur 5 appareils Wi-Fi 5 et Wi-Fi 6 simultanément (ordinateur, tablette et smartphones), les performances se maintiennent très bien puisque chacun obtient plus ou moins 200 Mb/s et un temps de réponse d’environ 5 ms. Largement de quoi participer à des visioconférences et diffuser de la vidéo 4K sur plusieurs appareils en parallèle.

Un vaisseau spatial Star Wars en plastique

Le Nighthawk AX12 doit aussi ses bonnes performances radio à ses ingénieuses antennes. Ses deux ailes, qui lui donnent l’apparence d’un vaisseau spatial Star Wars une fois dépliées, n’ont pas qu’une fonction esthétique. En plus de lui conférer une forme monolithique plus sobre que des antennes individuelles, ces ailes assurent aussi et surtout un positionnement optimal des 8 antennes qu’elles renferment. On reste malgré tout sur une esthétique très technologique, qui ne se mariera pas avec tous les intérieurs.

Malheureusement, le Netgear RAX200 est fait d’un plastique indigne de son prix d’un demi-millier d’euros. Si les charnières des ailes pliantes sont en métal, leurs extrémités sont en plastique et se tordent facilement. Le plastique brillant entre les deux ailes est joli, mais il est salissant (traces de doigts) et parait fragile. Nous conseillons d’utiliser un chiffon doux, plutôt qu’un aspirateur avec une brosse, pour le dépoussiérer sans le rayer. La qualité d’assemblage elle aussi est perfectible.

Le routeur Nighthawk AX12 souffre de la comparaison avec le switch Netgear Pro Gaming SX10, un produit moitié moins cher, fait de deux blocs d’aluminium. Évidemment, des antennes Wi-Fi ne peuvent pas fonctionner dans un boîtier en métal, mais Netgear aurait pu trouver un compromis, comme le font par exemple les ordinateurs portables ou les smartphones. Et sans forcément parler de boîtier métallique, des routeurs Wi-Fi à 100 euros comme les Google Wifi ou Amazon eero combinent plastique et bonne qualité de fabrication.

Le switch Netgear SX10 est quant à lui constitué de deux blocs de métal extrêmement robustes

Le switch Netgear SX10 est quant à lui constitué de deux blocs de métal extrêmement robustes

Signalons pour conclure sur la partie matérielle que le RAX200 est équipé d’un ventilateur, qui ne s’est jamais enclenché autrement qu’au démarrage, pas même lors de séances intensives de tests de débits. Il est audible en fonctionnement, mais on suppose qu’il ne sert qu’en cas de fortes chaleurs, ou lorsque le routeur est enfermé dans un placard.

Logiciel

Routeur haut de gamme destiné aux gamers et aux power users, le Netgear RAX200 propose plusieurs fonctions en plus de ses fonctions de base de routeur et de point d’accès Wi-Fi. Il embarque pour ce faire une puce Broadcom avec un processeur 64 bits à quatre cœurs ARM Cortex-A53 à 1,8 GHz, 1 Go de mémoire vive DDR3 et 512 Mo de mémoire interne.

La gestion du routeur passe par une application mobile ou par un site internet.

Installation et gestion avec l’application Nighthawk

L’application Nighthawk, identique à l’application Orbi, est le moyen le plus simple de mettre en service le routeur. Comportant une trentaine d’étapes, incluant la création d’un compte Netgear, la procédure d’installation est facile, mais c’est la plus longue qu’on ait jamais vue, loin des 5 étapes des solutions Ubiquiti AmpliFi.

L’application permet ensuite de gérer les paramètres de base du routeur, notamment activer le réseau Wi-Fi invité, lister les appareils connectés ou mesurer le volume global de données échangées, mais pas les débits instantanés.

Armor : la cybersécurité envahissante

En contrepartie elle donne accès aux deux fonctions phares des routeurs Netgear : Armor, solution de cybersécurité fournie par Bitdefender, et Circle, solution de contrôle parental. Netgear Armor notifie l’utilisateur lorsqu’un nouvel appareil se connecte au réseau, lorsqu’il détecte des menaces ou des vulnérabilités. En un mois, il n’a bloqué qu’une menace, un faux positif sur un iPhone, mais nous a assaillis de notifications pour nous signaler qu’il n’avait rien détecté, et d’emails pour nous inviter à installer Bitdefender sur nos appareils et pour nous inciter à nous abonner.

Bien que le routeur coûte 500 euros, Armor est en effet facturé 70 dollars par an au terme d’une période d’essai d’un mois. Armor sera donc perçu comme un bloatware par le power user vigilant, mais il pourra peut-être protéger d’autres membres du foyer contre les tentatives de phishing ou les ransomwares.

Circle : le contrôle parental payant

Éditeur indépendant financé par Netgear ou T-Mobile US, la solution de contrôle parental Circle prend la forme d’une application distincte (et d’un compte distinct). Celle-ci permet d’associer les appareils des membres du foyer à autant de profils afin de surveiller et de limiter l’utilisation qu’ils font d’internet.

L’administrateur du routeur peut consulter l’historique de navigation de son conjoint et de ses enfants, limiter le temps de connexion et bloquer certaines plateformes (Netflix, Instagram…) ou certaines catégories de services en ligne (réseaux sociaux, « contenu explicite »…), de manière permanente ou selon des périodes (devoirs, loisirs, sommeil…). À l’instar d’Armor, le seul blocage de Circle lors de notre test fut un faux positif, jugeant Smash, service de partage de fichiers parfaitement légitime, « malveillant ».

Circle fait aussi payer ce que d’autres, comme Synology, offrent gratuitement. Il propose un service limité gratuit ou un abonnement à 50 dollars par an.

Des fonctions avancées dans une interface web datée

L’interface web, accessible à l’adresse routerlogin.net (🤷🏻‍♂️), donne accès à des réglages avancés. Elle ne propose pas ici de préréglages, contrairement à d’autres routeurs Netgear, mais elle propose les réglages permettant de brancher le routeur directement à un ONT pour remplacer la box du FAI (usurpation d’adresse MAC, VLAN, options DHCP 60 et 61…). C’est la meilleure solution en France, à condition que vous n’utilisiez pas le décodeur TV de votre FAI, car une box et un routeur en cascade gèrent chacun un sous-réseau isolé, tandis que le mode point d’accès du Netgear RAX200 entraine la désactivation de la majorité des autres fonctions.

Après avoir branché un disque dur ou un SSD via l’un des deux ports USB 3.0, l’interface web permet aussi et surtout d’activer les fonctions ReadySHARE et ReadyCLOUD. Il faut préalablement formater le support en FAT32, NTFS, HFS+ ou ext4, mais pas en exFAT, système de fichiers universel.

ReadySHARE permet de partager le contenu du support de stockage via le standard SMB (150 Mo/s en lecture avec notre SSD, mais seulement 55 Mo/s en écriture), via une interface minimaliste HTTP(S), via FTP (mais pas SFTP) ou via DLNA. ReadySHARE Vault permet de sauvegarder un ordinateur Windows (mais pas macOS). Et ReadyCLOUD permet de partager ses données via internet, par le biais d’une interface web ou d’une application mobile. Le Netgear RAX200 intègre aussi un serveur OpenVPN. En revanche les routeurs Nighthawk ne proposent pas d’autres fonctions serveur, contrairement aux routeurs Synology qui proposent par exemple un serveur Plex ou un client BitTorrent.

Malheureusement, le Nighthawk AX12 souffre de la comparaison avec le switch Nighthawk SX10 aussi sur le plan logiciel : alors que ce dernier bénéficie d’une interface web responsive moderne et soignée, l’interface web et les applications des routeurs Orbi et Nighthawk rappellent par certains aspects celles de fabricants low cost asiatiques. Les textes sont souvent mal traduits, parfois pas traduits, ils débordent souvent, l’application ne fait pas appel aux interfaces natives et détonne sur iOS comme sur Android, et l’interface web emploie des iframes, des popups et des textes défilants du siècle dernier.

Prix et disponibilité

Le Netgear RAX200 est vendu 450 euros par Amazon, ou 500 euros par Boulanger, Cdiscount ou LDLC.

Note finale du test
8 /10
Pour 500 euros, le Netgear RAX200 est ce qui se fait de mieux en 2020 en matière de performances Wi-Fi. Son prix élevé se justifie si vous avez besoin de débits supérieurs à 1 Gb/s en sans-fil ET que vous avez besoin de deux bandes 5 GHz, soit car vous avez besoin de débits élevés sur plus de deux appareils à la fois, soit car vous avez besoin d'un répéteur Wi-Fi 6 comme le Netgear EAX80, vendu 300 euros, pour étendre la couverture.

Si en revanche vous n'avez qu'un ordinateur à connecter à très haut débit et que vous ne pouvez pas le faire par câble, nous vous conseillons le Netgear RAX120, vendu 390 euros, variante du RAX200 dépourvue de seconde bande 5 GHz.

On l'a vu, le Wi-Fi 6 n'apporte pas qu'une hausse du débit maximal, mais si vous n'avez pas de box, de NAS ou d'ordinateur muni d'un port Ethernet à 2,5 Gb/s ou plus, et donc si le débit est plafonné à 1 Gb/s par l'Ethernet, nous vous conseillons d'envisager un bon produit Wi-Fi 5, deux à quatre fois moins cher.

Quoiqu'il en soit, on regrette que les interfaces soient si bâclées et que les fonctions de sécurité et de contrôle parental offertes par la concurrence soient payantes chez Netgear, et que Netgear soit si insistant, tout cela d'autant plus compte tenu du prix de vente. Si vous aimez bricoler, nous vous conseillons donc les routeurs Netgear Nighthawk Pro Gaming, munis du logiciel tiers DumaOS, ou les routeurs Synology.
Points positifs
  • Port Ethernet 2,5G
  • Performances en Wi-Fi 6
  • Couverture Wi-Fi
Points négatifs
  • Encombrement
  • Qualité de fabrication
  • Qualité de l'application et de l'interface web
  • Fonctions payantes

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