Nvidia sauve peut-être Windows, mais j’aurais préféré Linux

Le manchot reste sur le carreau

 
Nvidia vient de dévoiler la base matérielle la plus excitante du PC depuis des années. Et il l’a posée sur Windows. Je vais le dire franchement : j’aurais adoré qu’il ose Linux. Et plus j’y réfléchis, plus je crois que ç’aurait été un choix d’enfer, même si je comprends parfaitement pourquoi il ne l’a pas fait.
Montage par Frandroid

Reprenons le contexte. En une keynote, Nvidia a transformé sa puce RTX Spark en trois gammes entières de PC Windows, le plus gros chamboulement en 40 ans. La puce est brillante : architecture Arm, mémoire unifiée, vingt ans d’écosystème CUDA dans un châssis fin. C’est tellement la recette d’Apple que j’ai écrit que Nvidia a copié la recette des Mac M. Sur le matériel, rien à redire. Sur le système qu’on a collé dessus, j’ai un regret tenace.

Le boulet des 40 ans d’héritage Windows

Et voilà ce qu’est Windows aujourd’hui. Un système qui traîne quarante ans de compatibilité ascendante, deux panneaux de réglages qui coexistent et se contredisent, une interface incohérente où l’on tombe encore sur des fenêtres dessinées à l’époque de Windows 7, des soucis de performance et de stabilité que chaque mise à jour semble déplacer plutôt que résoudre. Windows 11 n’a pas réglé ça, il a empilé une couche de plus. C’est un paquebot magnifique sur le papier, mais qu’on ne manœuvre plus, parce que tout changement risque de casser les milliers d’applications qui en dépendent.

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Et l’histoire récente n’incite pas à l’optimisme. La transition de Microsoft vers l’IA, avec les PC Copilot+ et la fonction Recall, a été un ratage : outil rappelé en urgence pour des raisons de vie privée, machines boudées. Le passage de Windows on Arm est un cimetière, et j’ai détaillé ailleurs pourquoi Nvidia pourrait réussir là où tous ont échoué, sans en être certain.

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Pendant ce temps, Valve a prouvé que Linux pouvait gagner

Voilà pourquoi le timing me rend dingue. Au moment précis où Nvidia choisit Windows, Linux n’a jamais été aussi vivant côté grand public, et c’est Valve qui a tout déverrouillé. Avec le Steam Deck et son SteamOS, l’éditeur a montré qu’un système Linux maîtrisé de bout en bout, du noyau à l’interface, pouvait offrir une expérience console fluide et cohérente, là où Windows rame sur une machine équivalente. Résultat : les PC portables et mini-PC attendus arrivent dans un monde où Linux gaming a doublé sa part sur Steam en deux ans.

Asus ROG Ally avec Bazzite/SteamOS // Source : Ulrich Rozier pour Frandroid

Les chiffres sont sans appel. Le gaming Linux a dépassé 5 % des utilisateurs Steam début 2026, son record absolu, là où il plafonnait sous 2 % deux ans plus tôt. Surtout, la vieille excuse de la compatibilité est morte : grâce à la couche Proton de Valve, près de 90 % des jeux Windows tournent désormais sur Linux, soit environ 106 000 titres jouables. Le Steam Deck s’est écoulé à plus de 5,6 millions d’unités, et Valve étend SteamOS au-delà de la console, vers les PC de salon. Le problème historique de Linux, le logiciel, est en train de se résoudre sous nos yeux.

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Pourquoi Linux aurait été un choix d’enfer pour Nvidia

Maintenant, assemblez les pièces. CUDA, le trésor de Nvidia, est né et vit sur Linux : tous les data centers de la planète font tourner l’IA de Nvidia sous Linux, pas sous Windows. Le savoir-faire est déjà à la maison. Le changement de paradigme, c’est l’IA agentique, une rupture aussi nette que le passage du clavier à la souris : le moment rêvé pour repartir d’un socle propre plutôt que de porter quarante ans de dette technique. Et le détail qui achève de me convaincre : Nvidia recrute déjà des ingénieurs pour optimiser le jeu sous Linux via Proton. La brique existe, l’envie aussi.

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Imaginez le produit. Un PC Nvidia sous distribution maison, taillée au cordeau pour ses puces, avec CUDA natif, Proton pour la rétrocompatibilité des jeux Windows, et une interface pensée pour l’ère des agents plutôt que pour celle de Windows. Maîtrisé de bout en bout, comme un Mac, comme un Steam Deck. Fluide, cohérent, sans le boulet de l’héritage. Nvidia avait le matériel, le logiciel système, l’écosystème CUDA et même la preuve par Valve que le grand public est prêt. Tous les astres étaient alignés pour oser.

Cela dit, je comprends le choix, et c’est une chance pour Windows

Maintenant, retour à la réalité, parce que je ne suis pas naïf. Le choix de Windows est rationnel, et même habile. C’est là que sont les clients, les entreprises, les habitudes et les millions d’applications professionnelles. Partir sur une distribution maison, c’était se condamner à la niche et repartir de zéro sur le catalogue logiciel, là où Windows offre tout, tout de suite. Pour un acteur qui veut vendre des PC dès cet automne, l’équation n’a même pas de débat.

Capture d’écran par Frandroid

Et il faut reconnaître que Microsoft n’a pas juste tendu sa marque. L’éditeur affirme avoir bossé en profondeur sous le capot pour RTX Spark : un nouvel ordonnanceur qui répartit les charges sur les 20 cœurs, une gestion revue de la mémoire unifiée pour laisser le GPU adresser de plus gros modèles, l’émulateur Prism encore optimisé pour les jeux et applications x86, et TensorRT exploitable nativement via Windows ML. Microsoft promet aussi de muscler la qualité de Windows 11, en migrant des pans de l’interface vers un framework plus moderne et en soignant la fiabilité. Sur le papier, ce sont exactement les chantiers qu’on réclame depuis des années.

Capture d’écran par Frandroid

Et c’est peut-être là le plus intéressant : ce pari de Nvidia est une chance pour Windows. Rien de tel qu’un partenaire prestigieux, qui débarque avec le silicium le plus convoité du moment, pour forcer Microsoft à enfin dépoussiérer son système.

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Si l’arrivée de Nvidia oblige Windows à devenir plus rapide, plus cohérent et mieux taillé pour l’ère des agents, alors tout le monde y gagne, y compris les centaines de millions d’utilisateurs qui n’achèteront jamais un RTX Spark. Vu sous cet angle, Nvidia rend peut-être à Windows le service que Microsoft n’arrivait pas à se rendre seul.

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Et, je dois avouer, Nvidia a peut-être bâti le meilleur corps de PC de la décennie, et lui a donné le cerveau le plus expérimenté du marché, avec ses qualités comme ses rides. Le choix est sûr, défendable, et il pourrait bien réveiller Windows au passage. Mais quelque part, on vient de troquer le rêve d’un PC du futur, débarrassé de son passé, contre une rénovation très bien menée d’un vieil immeuble. C’est sage. Ce paradoxe se lit jusque dans les six grands absents de la fiche technique, à commencer par l’absence totale de Linux. Valve a montré la porte. Nvidia a préféré, et je le comprends, le couloir qu’il connaissait déjà.

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