Pourquoi Porsche paie (littéralement) le chinois Xpeng pour compenser ses émissions

 
Selon un document officiel déposé le 5 août 2026 auprès de l’Union européenne, Porsche a quitté le pool CO2 du groupe Volkswagen. La firme de Stuttgart s’associe désormais au chinois XPeng. Une manœuvre réglementaire qui profitera surtout au constructeur chinois, en pleine expansion en Europe.
Porsche Cayenne électrique // Source : Porsche pour Frandroid

Non, Porsche ne quitte pas le groupe Volkswagen. Enfin si, mais pas forcément de la manière que l’on pense. Le constructeur allemand sort donc du dispositif qui permettait jusqu’ici de mutualiser ses émissions de CO2, plus élevées que la moyenne, avec celles des autres marques du groupe Volkswagen (Volkswagen, Audi, Skoda, Seat / Cupra notamment) pour respecter les objectifs de flotte fixés par Bruxelles.

Ce système d’agrégation, courant chez les grands groupes automobiles, permet de compenser les modèles les plus polluants par les meilleurs élèves de la famille. Sans cette béquille, Porsche devra désormais gérer seule sa trajectoire d’émissions, en s’associant à un partenaire extérieur : Xpeng. Xpeng qui est déjà un partenaire du groupe Volkswagen pour beaucoup d’autres projets.

Le principe du pool CO2 est relativement simple à comprendre, mais peut paraître quand même assez étrange tant il est mercantile. La réglementation européenne oblige chaque constructeur à respecter un objectif moyen d’émissions de CO2 sur l’ensemble des véhicules neufs qu’il immatricule.

Pour atteindre plus facilement ces seuils, plusieurs marques peuvent se regrouper au sein d’un « pool » : leurs émissions sont alors calculées collectivement plutôt qu’individuellement.

Un constructeur dont les modèles émettent peu de CO2 peut ainsi compenser, sur le papier, les résultats moins favorables d’un partenaire du pool, moyennant généralement une compensation financière entre les parties. C’est ce mécanisme qui permettait jusqu’ici à Porsche de s’appuyer sur les bons résultats d’autres marques du groupe Volkswagen et qui bénéficiera désormais à Xpeng dans sa nouvelle configuration avec le constructeur allemand.

Ce pool est « ouvert » : Porsche laisse la porte à d’autres constructeurs qui voudraient le rejoindre, à condition de signer un accord de confidentialité, avec une échéance rapportée au 5 septembre 2026. De quoi encore faire évoluer l’équation réglementaire d’ici la fin de l’année.

Xpeng, le grand gagnant de l’opération ?

Volkswagen, actionnaire à hauteur de 5 % du capital de Xpeng, a vu le constructeur chinois écouler un peu moins de 20 000 unités en Europe de l’Ouest au premier semestre 2026, selon le cabinet Schmidt Automotive Research.

La marque semble en position de dépasser Polestar cette année en tant que première marque premium chinoise sur le marché européen, portée notamment par les livraisons de la L03, qui pourraient approcher les 50 000 unités sur l’année. Dans ce contexte, l’accord avec Porsche est surtout une opération financière bienvenue pour Xpeng, qui touchera une contrepartie en échange de la mise à disposition de ses crédits réglementaires.

Porsche Cayenne électrique // Source : Porsche pour Frandroid

Reste que Volkswagen, à l’échelle du groupe, n’a pas atteint son objectif européen de 93,6 g/km de CO2 en 2025, avec une moyenne de 100 g/km selon ses propres chiffres. Le groupe doit donc désormais sur-performer en 2026 et 2027 pour rattraper ce retard dans le cadre de la flexibilité sur trois ans introduite en 2025.

Un objectif qu’il devra atteindre sans l’appui de Porsche qui, globalement, continue de faire « défaut » puisque la marque vend encore beaucoup de modèles sportifs thermiques et particulièrement polluants.

Porsche, entre recul électrique et retour du thermique

La question qui se pose est de savoir dans quelle mesure ce nouveau pool pèsera sur les comptes de Porsche en 2026 et 2027 : tout dépendra du rythme de son déploiement électrique, actuellement en difficulté.

Les ventes de véhicules électriques de la marque reculent d’environ 30 % sur un an en Europe, ne représentant plus que 30 % des volumes régionaux cette année, contre près de 40 % un an plus tôt. Le retour annoncé d’une version thermique du Macan (absent depuis 2 ans en raison d’une mise à jour réglementaire liée à la cybersécurité) ne devrait pas franchement inverser cette tendance en matière d’émissions.

Pour le reste du groupe Volkswagen, en revanche, la sortie de Porsche du pool pourrait presque être une bonne nouvelle : comme énoncé plus haut, débarrassé de ce poids lourd en CO2, l’ensemble des autres marques devrait avoir plus de facilité à respecter la trajectoire réglementaire européenne sur 3 ans, et donc à éviter d’éventuelles amendes ou coûts de compensation d’ici fin 2027.


Téléchargez notre application Android et iOS ! Vous pourrez y lire nos articles, dossiers, et regarder nos dernières vidéos YouTube.

Recherche IA boostée par
Perplexity