
Avec sa gamme SkyNomad, Xiaomi ne cherche pas à copier ses propres SU7 et YU7. Là où les deux voitures électriques cultivaient une vocation de voiture pour conducteur, les SkyNomad assument une orientation résolument familiale et utilitaire avec deux modèles : le N70 et le N90.
La marque le résume d’une formule : un SUV pensé comme un monospace, et une promesse tenue d’espace intérieur modulable à l’infini. C’est aussi le premier véhicule à prolongateur d’autonomie de Xiaomi, une première pour un constructeur qui, jusque-là, ne jurait que par le tout-électrique.
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Le nom chinois de SkyNomad est 小米澎程 (Xiǎomǐ Péngchéng), et c’est un nom à double sens qui joue sur le sens direct et sur une homophonie porte-bonheur. Pris littéralement, 澎程 évoque donc « le voyage puissant » ou « la route qui déferle », une image de progression énergique sur la distance. L’expression est un souhait classique de belle et longue destinée, d’avenir prometteur.
En choisissant 澎程, Xiaomi combine donc le sens moderne (l’énergie du déferlement, la portée du trajet) et le présage favorable de l’idiome. Xiaomi a expliqué le nom anglais dans son propre communiqué : « Sky, Nomad », soit « le ciel, les nomades », un nom associé à l’espace et au mode de vie. Quand la poésie s’invite dans l’automobile…
Un extérieur massif à la signature Xiaomi
Le N90 est un colosse de 5,28 m de long, 2,00 m de large et 1,82 m de haut, posé sur un empattement de 3,08 m. Malgré ses lignes volontairement cubiques, Xiaomi a soigné le coefficient de pénétration dans l’air, annoncé à 0,255 Cd, ce qui est remarquable pour un gabarit aussi vertical. Le SCx, soit le Cx rapporté à la surface frontale, devrait cependant être moins séduisant.

La face avant reprend la signature lumineuse en forme de « Mi » intégrée à une calandre pleine, surmontée du lettrage SkyNomad qui court sur toute la largeur. De part et d’autre, un bouclier avant intègre des prises d’air triangulaires encadrant une large entrée d’air trapézoïdale centrale. Le regard acéré, apporté par les optiques carrées dérivées des feux « goutte d’eau » du YU7, tranche avec la masse générale.
Sur le profil, les ailes avant et arrière très marquées créent une posture large, la ligne d’épaule reste tendue et le pavillon fuyant, légèrement adouci à l’arrière, évite l’effet de boîte à chaussures. Les surfaces tendues et les biseaux qui courent le long de la caisse donnent une impression de qualité de fabrication que plusieurs essayeurs ont saluée.

À l’arrière, le bandeau lumineux en boucle et le lettrage centré rappellent la famille, tandis que les poignées semi-encastrées conservent une ouverture mécanique conforme à la réglementation chinoise.

Fait notable : le véhicule embarque six microphones et deux haut-parleurs extérieurs, ce qui permet de lui parler depuis l’extérieur, par exemple pour ouvrir le coffre les bras chargés. Le N90 Max Studio, la version campeur, se distingue par son toit relevable intégré qui épouse le galbe de la caisse et reste discret une fois replié. Presque imperceptible en fait.
Un habitacle modulable comme un appartement
C’est à bord que Xiaomi a concentré tous ses efforts, et le résultat impressionne. Le plancher est parfaitement plat et incliné vers l’avant d’environ trois degrés, obtenu en réduisant l’épaisseur du pack batterie et en optimisant l’implantation du moteur arrière.

Des rails ultra-longs courent sur toute la longueur de la cabine : les sièges et la console centrale sont montés dessus et motorisés, ce qui autorise plusieurs configurations.

Les deux sièges avant peuvent pivoter à 180 degrés pour se faire face, la console centrale coulisse d’avant en arrière, et une table amovible se fixe sur les rails ou sur l’îlot mobile. Le N90 adopte une disposition 2+2+3, avec des fauteuils capitaine au deuxième rang et une banquette trois places au troisième.

Le confort est complet : les sièges des deux premières rangées reçoivent de série le massage seize points, la ventilation et le chauffage, et la troisième rangée est chauffante. Le deuxième rang offre 950 mm d’espace aux jambes avec un couloir central de 180 mm, et le N90 promet 1,83 m³ d’espace de chargement une fois les rangées repliées, contre 577 litres en configuration sept places, ce qui laisse de quoi loger les bagages de tout l’équipage.
Les matériaux ont fait l’objet de commentaires partagés : la plupart des surfaces tactiles sont garnies d’un revêtement souple, et le garnissage en microfibre gagne jusqu’au pavillon et aux parois du coffre.

Les rangements sont légion : une colonne de tiroirs sous l’écran central, façon table de chevet, des espaces dissimulés sous la console, un compartiment réfrigéré de neuf litres, et des prises USB un peu partout dans la cabine.
À l’usage, l’habitacle tient davantage du salon roulant que de la voiture, avec des modes face-à-face, bureau, sieste ou lit qui se déploient depuis l’écran central.

La version campeur
C’est ici que le SkyNomad se démarque vraiment. La finition haute, appelée « Studio » en anglais, transforme le grand SUV en un espace de vie pour quatre personnes.
Le toit relevable électrique s’ouvre pour libérer un étage supérieur habitable, avec une hauteur sous plafond qui monte jusqu’à 2,294 m, une surface de couchage de 2,11 m sur 0,985 m et une capacité de 200 kg. Cette mezzanine, isolée de la cabine, dispose de fenêtres sur les côtés, de prises de recharge et de buses de climatisation, et reçoit un matelas intégré.

En bas, la banquette de deuxième rangée se déploie électriquement en lit d’environ 1,87 m en une trentaine de secondes, avec une assise traitée comme un vrai matelas et un plancher chauffant à trois niveaux.

Le revêtement de sol en alliage d’aluminium à veinage bois, la penderie encastrée, la table de chevet suspendue et la coiffeuse intégrée au montant C, avec son miroir de onze pouces et son anneau lumineux 4K, confirment que Xiaomi vise autant les baroudeurs que les créateurs de contenu.
Un écran de projection de trente pouces se déploie depuis le plafond, et une partie du vitrage latéral est remplacée par vingt litres de rangements, dont l’un abrite un miroir de courtoisie. De série, la dotation inclut aussi des marchepieds électriques, une console réfrigérée et des prises électriques accessibles depuis la zone de couchage.
Les technologies embarquées
Le poste de conduite associe un combiné numérique de 22 centimètres, un large écran tactile central de 40 centimètres en 3K et un affichage tête haute.
L’ensemble tourne sous HyperOS avec la puce Snapdragon 8 Gen 3, et l’assistant vocal Super Xiao Ai gère la reconnaissance par zones, ce qui permet à chaque occupant d’énoncer ses propres commandes, y compris depuis l’extérieur du véhicule. La dotation audio est généreuse : vingt-cinq haut-parleurs pour un système 7.1.4 de 4 890 watts, avec des transducteurs intégrés dans les appuis-tête.

Au deuxième rang, un écran de contrôle de 6,7 pouces peut être détaché pour servir de télécommande, et une dalle de divertissement de 21,4 pouces en 3K est suspendue au pavillon. Le N90 est également un fournisseur d’énergie : grâce à une sortie V2L de 6,6 kW en 220 volts, il peut alimenter une tente, un ordinateur ou du matériel de camping sans effort.

Sur le plan de l’aide à la conduite, Xiaomi ne fait pas de distinction entre les finitions : toutes reçoivent le système HAD avec le modèle cognitif XLA, une puce Nvidia Thor-U à 700 TOPS, un lidar principal sur le toit, un lidar arrière à semi-conducteurs sur les versions Max, cinq radars à ondes millimétriques, onze caméras et douze capteurs à ultrasons.

La structure de caisse, baptisée Armor, revendique 90,4 % d’aciers et d’alliages à haute résistance, dont un acier Xiaomi à 2200 MPa, et une capacité de passage à gué de 750 mm, avec même une flottabilité d’urgence en cas de submersion. Une configuration semblable à celle qui est intégrée dans la YU7.
Mon test de conduite
J’ai pris le volant du N90 Max à Shenzhen, et la première surprise tient à la façon dont ce gabarit se dérobe. On monte dans un SUV de près de 2,8 tonnes, long de plus de cinq mètres, et l’on s’attend à un tank à manœuvrer. Il n’en est rien.
Le rayon de braquage de 5,95 m et une direction à démultiplication généreuse permettent de retourner le véhicule sur une route à double sens sans y penser à deux fois. La voiture se comporte comme un gros SUV, avec cette assiette haute et ce centre de gravité perché qui rappellent le format, mais elle ne donne jamais l’impression d’être lourde ou pataude en ville.

Le châssis, de l’avis général, est le vrai point fort : combiné aux ressorts pneumatiques et aux amortisseurs à variation continue CDC de série sur les versions Max, il filtre les ralentisseurs et les nids-de-poule sans rebond superflu ni cette sensation de bateau qui affecte tant de grands SUV.
La tenue du roulis et la maîtrise du tangage sont efficaces, et si le style de conduite évoque davantage la rigueur d’un SUV de taille intermédiaire, on retrouve quand même l’impression de conduire un paquebot si on décide de malmener la SkyNomad dans un virage serré.

Le punch est bien là. Le duo de moteurs électriques, 210 kW à l’avant et 100 kW à l’arrière, développe 310 kW, soit 422 chevaux, pour un 0 à 100 km/h abattu en 5,9 secondes, et le N70 Max fait même mieux avec 5,5 secondes. Sur une caisse aussi lourde, les accélérations restent franches, les dépassements s’enchaînent sans préparation, et la pédale se montre linéaire même en récupération d’énergie maximale, ce qui limite le mal des transports pour les passagers.
Côté silence, le prolongateur d’autonomie se fait oublier à l’allumage, et à 120 km/h sur autoroute, je ne sens qu’un léger vibrement au volant lorsque le générateur se met en marche sur une accélération soutenue, mais je n’arrive pas à détecter à l’oreille lorsqu’il s’éteint. Il me faudrait certainement un test en dehors des sentiers battus pour vraiment évaluer les bruits ambiants mais sur mon parcours urbain, le silence est d’or.

Reste le revers de la médaille, pour dégager le plancher plat et les rails, Xiaomi a renoncé aux roues arrière directrices, et l’architecture privilégie le moteur avant, à contre-courant des grands SUV qui misent sur le moteur arrière. La conséquence : dans les enchaînements rapides, l’arrière suit moins bien que chez les rivaux équipés de roues directrices, et le roulis revient au niveau attendu d’un tel gabarit.
Ce n’est pas une voiture de conduite sportive, et Xiaomi l’assume. Le commercial de la marque balaie d’ailleurs ma requête de savoir si les roues directrices arrière pourraient améliorer le comportement en virages : « pas besoin sur ce véhicule. » Ce n’est pas totalement faux, on pourra plutôt s’amuser sur routes sinueuses au volant du YU7 GT…
Sur l’autonomie, la marque a fait une démonstration grandeur nature en reliant Shanghai à Pékin, soit 1230 km, avec quatre personnes à bord et 50 kg de charge, à une moyenne de 104 km/h : la partie électrique a couvert 323,6 km, et le véhicule affichait encore 54 km d’autonomie à l’arrivée. La plateforme reste toutefois en 400 volts, avec une recharge de 20 à 80 % en dix-huit minutes, ce qui n’est plus la référence face aux architectures 800 volts.
Les quatre versions de la gamme
La gamme SkyNomad se déploie en quatre finitions, du SUV familial cinq places à l’atelier roulant. La N70 Pro, proposée à partir de 209 900 yuans, soit environ 27 800 euros, est la porte d’entrée : cinq places, un seul moteur arrière de 286 chevaux, un 0 à 100 km/h en 7,9 secondes, une batterie LFP de 52 kWh pour 351 km d’autonomie électrique en CLTC, soit environ 281 km en équivalent WLTP, et 1351 km en cycle combiné.

Elle fait l’impasse sur la suspension pneumatique, l’affichage tête haute et le système audio haut de gamme, mais conserve le plancher plat, les rails et les sièges massants.
La N70 Max, à partir de 239 900 yuans, soit environ 31 800 euros, passe au cinq places à transmission intégrale : batterie NMC de 76 kWh, 422 chevaux, 0 à 100 km/h en 5,5 secondes, 505 km d’autonomie électrique CLTC, soit environ 404 km en équivalent WLTP, et 1461 km en combiné. Elle gagne la suspension pneumatique avec amortisseurs adaptatifs, l’affichage tête haute, l’audio vingt-cinq haut-parleurs.

Au-dessus, la N90 Max, à partir de 269 900 yuans, soit environ 35 700 euros, est la grande sept places dans une configuration 2+2+3, avec 308 cm d’empattement, 422 chevaux, 0 à 100 km/h en 5,9 secondes, 464 km d’autonomie électrique CLTC (environ 371 km en équivalent WLTP), et 1705 km CLTC en combiné.
Elle ajoute douze airbags, le lidar arrière, l’écran de contrôle arrière, le massage seize points au deuxième rang, les rideaux pare-soleil électriques aux deuxième et troisième rangées, et l’alimentation 220 volts.

Enfin, la N90 Max 探索版, ou Studio, culmine à 299 900 yuans, soit environ 39 700 euros : elle reprend le meilleur de la N90 Max et y greffe le toit relevable, le lit, le plancher chauffant, la penderie et l’équipement de camping qui font d’elle une véritable base-vie mobile.
À noter que Xiaomi a revendiqué dix mille commandes en quatre minutes à l’ouverture des préventes en Chine, un engouement qui en dit long sur l’accueil réservé à cette approche.
Face à la concurrence
Dans le segment des grands SUV familiaux à prolongateur d’autonomie, la N90 Max joue des coudes avec les Li Auto L9 et AITO M8, qu’elle vient chercher sous la barre des 300 000 yuans. Sur l’espace intérieur, elle domine largement grâce à sa plateforme et à ses sièges pivotants, un attribut rare sur le marché.
Sur l’autonomie, sa combinaison des 76 kWh de batterie et d’un réservoir de 60 litres lui offre un des rayons d’action les plus longs de la catégorie, avec une consommation en mode prolongateur d’environ 6,26 L/100 km en cycle WLTP.

Ses faiblesses sont tout aussi claires : l’absence de roues arrière directrices la pénalise face au XPeng GX, la plateforme 400 volts la laisse derrière les architectures 800 volts, et sa présentation intérieure paraît moins cossue que celle d’un Zeekr.
La comparaison avec l’ONVO L80, que j’avais pu observer lors d’un événement NIO, est éclairante. À l’époque, la marque mettait en avant un SUV familial auquel un accessoire de toit permettait de monter une tente pour deux personnes, une extension astucieuse mais greffée après coup.
Xiaomi va nettement plus loin : la tente n’est pas un accessoire posé sur le pavillon, elle fait partie intégrante de la carrosserie, se déploie électriquement, s’isole de la cabine et offre un vrai couchage de toit tout confort, avec fenêtres, climatisation et prises. Là où la concurrence vend un équipement rapporté, Xiaomi livre un second étage habitable d’origine. C’est cette intégration qui fait pour moi la différence.
Verdict
Le SkyNomad N90 Max n’est pas la voiture de conduite que certains espéraient, et Xiaomi ne le prétend pas. C’est un grand SUV familial qui mise tout sur l’espace, la modularité et le confort, avec une exécution technique convaincante, un châssis d’un niveau rare dans la catégorie et un punch électrique qui n’a rien à envier à des modèles bien plus sportifs.
Sa version campeur pousse la logique à son terme et transforme un SUV de plus de cinq mètres en véritable camping-car pour quatre, sans compromis sur la vie à bord.
Reste à savoir si l’Europe y aura droit : Xiaomi prévoit d’y commercialiser ses véhicules en 2027, mais le constructeur n’a pas confirmé que ce mobil-home roulant traversera la frontière. Si c’est le cas, il faudra sérieusement se poser la question de ce qu’un tel niveau de prestation et d’espace signifie pour les standards du segment.
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