Boîtes noires dans les voitures : à quoi servent-elles ? Comment fonctionnent-elles ?

Tous les modèles neufs lancés à partir du 6 juillet 2022 devront en être équipés.

 

Les boîtes noires, vous en avez déjà entendu parlé lors d'évènements malheureux, notamment en aviation. Elles arrivent désormais dans les voitures. Comment fonctionnent-elles ? À quoi peuvent-elles servir ? Sont-elles différentes par rapport à celles des avions ? C'est ce que nous allons voir au sein de cet article.

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Les enregistreurs de vol, ou plutôt communément appelés « boîtes noires » dans l’univers aéronautiques (paradoxalement, ces boîtes noires ne sont pas noires, mais oranges ou rouges afin d’être plus facilement repérables dans les débris d’avion) ont été démocratisées au cours des années 60. Elles sont généralement placées à l’arrière de l’avion, car c’est la partie qui est généralement la mieux conservée lors d’un impact avec le sol ou la mer. Ces boîtes enregistrent de nombreuses informations afin, en cas de problèmes, d’identifier plus aisément la source.

Une boîte peut enregistrer au moins 28 données comme l’altitude, la vitesse, l’heure ou la pression. Certains appareils plus récents et plus sophistiqués enregistrent jusqu’à 1 300 paramètres. À partir de ces données, il est possible d’effectuer une simulation informatique du vol.

Les boîtes noires qui équiperont nos voitures seront un peu moins complètes, mais le principe est globalement le même. Un texte de loi voté par le Parlement européen en novembre 2019 les rendra obligatoires dès le 6 juillet prochain sur tous les modèles nouvellement homologués. Notons qu’il y a une certaine nuance à avoir, car cela ne concernera pas tous les modèles neufs, mais tous les modèles nouvellement homologués. Il faudra ensuite attendre le 6 juillet 2024 pour que tous les modèles particuliers neufs soient équipés, sur tout le territoire de l’Union européenne. Ainsi, toutes les voitures qui sont déjà homologuées (toutes celles qui sont déjà en vente) n’auront pas besoin d’être équipées de boîtes noires avant 2024 afin d’être vendues par les concessionnaires.

L’EAD, la nouvelle boîte noire des voitures

Un nouveau terme va donc bientôt enrichir le lexique automobile. Pour définir clairement de quoi il s’agit, il suffit de se pencher sur la définition de la Commission Européenne : les EAD (pour Enregistreur Automatique de Données) sont utilisés dans les véhicules pour enregistrer et mémoriser des données en cas de collision.

L’EAD deviendra ainsi obligatoire à partir du 6 juillet prochain pour les nouveaux types de voitures particulières et de camionnettes au titre de règles de l’UE révisées. En 2024, tous les modèles neufs en seront équipés. Si vous possédez un modèle d’occasion, c’est-à-dire déjà sorti de concession et immatriculé, vous ne serez pas concernés. Seront ainsi concernés les modèles pas encore commercialisés ni homologués. On imagine par exemple que le tout nouveau BMW iX1 prévu pour arriver d’ici à la fin de l’année intégrera peut-être une boîte noire, à moins de réussir à passer l’homologation avant cet été.

Quelles sont les données enregistrées ?

La boîte noire est équipée d’une puce électronique qui enregistre des données fournies par le véhicule comme la vitesse, la phase d’accélération ou de freinage, le port de la ceinture de sécurité, l’usage du clignotant, la force de la collision, le régime moteur ou l’inclinaison du véhicule 30 secondes avant l’accident et 10 secondes après le choc.

Dans l’aviation, les boîtes noires enregistrent aussi les conversations des pilotes, notamment pour analyser les causes d’un accident. Rassurez-vous, en voiture, ce ne sera pas le cas : « La boîte noire n’enregistre aucune donnée personnelle sur le conducteur ou les passagers du véhicule, comme les sons et les conversations à l’intérieur de l’habitacle », indique le site du gouvernement.

Dans le même temps, si la boîte noire n’enregistre pas les conversations, elle saura tout de même si vous avez désactivé l’une des technologies de sécurité dont vous disposez, comme l’aide au maintien dans la file, l’ESP ou encore le freinage automatique d’urgence.

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Pourquoi l’EDA est-il mis en place ?

Ces données seront d’une part utilisées pour établir des statistiques, comme cela est indiqué dans le texte voté par le Parlement européen : seuls les États membres y auront accès, « afin de mener des analyses de sécurité routière et d’évaluer l’efficacité de mesures spécifiques qu’ils ont prises. » 

Mais ce n’est pas seulement pour ça que les boîtes noires sont installées au sein de nos voitures. Elles permettront également de mettre en lumière certaines données aujourd’hui compliquées à analyser suite à un accident. En effet, avec la multiplication des aides à la conduite, l’analyse d’un accident est devenue plus compliquée avec l’absence de traces physiques. Par exemple, l’ABS, qui empêche le blocage des roues au freinage, limite les traces de pneus sur la chaussée. Avec des données numériques, les causes d’un accident seront plus faciles à déterminer.

Avec la généralisation des aides à la conduite, qui amèneront un jour à la conduite autonome, ces boîtes noires ont du sens, d’autant plus que, pour en revenir aux statistiques évoquées un peu plus haut, les données récoltées contribueront aussi au développement des futurs systèmes d’aides à la conduite.

Qui aura accès à ces données ?

Concernant les données enregistrées, celles-ci seront anonymes, c’est-à-dire que ni les compagnies d’assurance, ni les forces de l’ordre ne devraient pouvoir utiliser les informations recueillies par ces enregistreurs contre vous.

C’est ce que précise le texte de loi et la page dédiée sur le site du gouvernement : « Les données enregistrées ne seront utilisées qu’en cas d’accident. Seuls les enquêteurs, les autorités judiciaires ou les instituts de recherche devraient avoir accès aux données de la boîte noire. »

Les données seront donc utilisées pour l’enquête et l’analyse relatives aux accidents, à des fins purement statistiques. Ces chiffres ne peuvent pas servir pour déterminer les responsabilités d’un accident. Du moins, pas encore, car cela ne répond pas aux standards européens en matière de protection de la vie privée.

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Combien cela coûte-t-il ?

Compte tenu du fait que la boîte noire n’aura pas à être installée au sein d’une voiture d’occasion, elle ne vous coûtera rien. En revanche, c’est sur le prix d’achat d’une voiture neuve que cela pourrait jouer. L’ajout de cette technologie par les constructeurs sera répercuté sur le prix final de la voiture. Un prix qui n’a d’ailleurs cessé d’augmenter ces dernières années avec la présence de technologies, toujours plus nombreuses, voire obligatoires désormais, dans nos voitures.

Difficile de dire précisément quel sera l’impact sur les prix d’une boîte noire dans une voiture, mais la technologie n’étant pas très compliquée, nous avons du mal à imaginer une hausse de plus de 100 euros sur le prix final d’un véhicule neuf pour ce genre de chose. D’autant plus que certaines voitures (on pense notamment aux Tesla) intègrent déjà plus ou moins cette technologie. Une mise à jour logicielle pourrait donc potentiellement permettre d’activer cette boîte noire si la voiture est déjà dotée des capteurs nécessaires.

Précisions également qu’à partir du 6 juillet 2022, les nouvelles voitures homologuées devront également intégrer les fonctionnalités de sécurité suivantes : adaptation intelligente de la vitesse, alerte de somnolence et de perte d’attention du conducteur et surveillance de la pression des pneumatiques. De quoi augmenter un peu plus la facture.

Des évolutions sont-elles prévues ?

Pour le moment, ce système permettra ainsi de récolter certaines données, de manière anonyme, afin d’établir des statistiques et de mieux comprendre les accidents. L’Union européenne n’a pas encore annoncé d’évolutions possibles concernant les boîtes noires et, d’une façon générale, c’est encore trop tôt, d’autant plus que les réglementations européennes protégeant la vie privée « empêchent » globalement toutes évolutions allant à l’encontre du conducteur.

En revanche, il ne serait pas étonnant, qu’un jour, une modification des réglementations européennes à ce niveau intervienne pour, justement, permettre d’enregistrer un peu plus de données. Dans le même temps, l’accès à ces données pourrait aussi s’ouvrir à d’autres fins, comme déterminer plus facilement la responsabilité d’un automobiliste en cas d’accident ou encore faire varier la prime d’assurance à la hausse ou à la baisse selon le comportement du conducteur. C’est notamment ce que fait Tesla aux États-Unis. Mais ça, nous n’y sommes pas encore en Europe.

Avec des véhicules toujours plus connectés, Tesla est désormais en mesure de proposer des tarifs d’assurance variables selon la conduite du propriétaire. Pour certains, ce sera une bonne surprise, quand pour d’autres, c’est la douche…
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