Appareils photo : la démocratisation du moyen format est en marche

Une révolution discrète en photographie numérique

 

Au delà des appareils photo à capteur full frame 24 x 36, certains boîtiers sont dotés de capteurs moyen format. Jusqu'à présent proposés surtout aux professionnels, ils se démocratisent de plus en plus.

Le capteur photo du Pentax 645Z

Le capteur photo du Pentax 645Z // Source : Olivier Gonin

Alors que l’on trouve désormais des hybrides plein format aux qualités éprouvées sortis il y a quelques années autour de 1000 euros, et que leurs grands frères des gammes professionnelles proposent des performances inédites dans tous les domaines, quelques fabricants ont fait ces dernières années le pari de l’ouverture du très exclusif moyen format à un public plus large.

Ces dernières années Fuji, Pentax et le fabricant suédois Hasselblad notamment ont sorti des modèles plus polyvalents dont certains affichent désormais un tarif équivalent à celui du haut de gamme 24 x 36.

Ce choix constitue pour tous les aficionados de belle image une très bonne nouvelle. En effet, depuis l’avènement de l’ère numérique, le moyen format est longtemps resté extrêmement couteux et son usage a imposé un grand nombre de contraintes. Il est de ce fait très largement resté pendant de longues années l’apanage d’une frange restreinte du monde professionnel et pour l’essentiel cantonné à des pratiques statiques et le plus souvent en studio, malgré quelques rares excursions en extérieur dans des conditions très particulières. Désormais ce n’est donc plus le cas et plusieurs modèles de différents fabricants permettent à un public élargi d’envisager de nouvelles possibilités. Afin de proposer un panel, non exhaustif, des différentes possibilités offertes à coût « étudié », nous avons choisi d’utiliser en conditions extérieures trois boitiers aux profils distincts (deux hybrides et un reflex) : l’Hasselblad X1D II-50C, le Fuji GFX 50r et le Pentax 645Z.

« Moyen format » ?

C’est aujourd’hui assez dur à imaginer, car le 24 x 36 — souvent qualifié de « full frame » — est pour beaucoup d’utilisateurs synonyme de grande qualité en numérique. Cependant, il est historiquement considéré comme un petit format en photographie argentique. En effet, un des grands enjeux des premières décennies du XXe siècle est de produire des appareils plus maniables que les encombrantes chambres photographiques. Plusieurs constructeurs européens, japonais et américains, se lancent dans l’aventure et leurs recherches donnent naissance à une grande variété de boitiers et de pellicules. Au cours de plusieurs décennies d’innovations successives, une classification a été progressivement établie et permet de les différencier :

  • les films aux dimensions égales ou supérieures au 4×5 pouces (environ 10 x 12,5 cm par image) réservés aux chambres dites « grand format »
  • les films de taille 24 x 36 mm et inférieures, issus des pellicules cinéma, dits de « petit-format » (le 24 x 36 est aujourd’hui appelé « plein format » en numérique), qui sont devenus les plus répandus
  • l’entre deux, dit « moyen format », regroupe des films devenus au fil du temps exclusivement de format 120 ou 220 (6 cm de largeur, seule la longueur varie entre ces deux standards),

Essentiellement réservés aux utilisateurs très avertis depuis le développement du 24 x 36 auprès du grand public et de nombreux professionnels, l’apparition successive de boitiers moyens formats aux caractéristiques très variées ont permis des usages extrêmement divers. Du studio à la street photography, du portrait au paysage, en passant par l’architecture, nombreuses sont les images célèbres réalisées avec ces appareils souvent loués pour leur qualité d’image et leur fiabilité (ex : les photos réalisées par les premiers êtres humains sur la Lune).

À l’ère numérique, le prix du moyen format est stratosphérique

Avec l’avènement de l’image numérique, les capteurs remplacent le film et leur taille tend à se réduire. En effet, produire des surfaces sensibles de grande dimension est alors un défi technique et les coûts de recherche-développement font exploser le tarif des appareils. Lors de sa réapparition à l’ère numérique, le prix du moyen format est donc stratosphérique et, malgré une baisse tendancielle, son coût demeure très élevé et le cantonne aux prises de vues professionnelles très haut de gamme en publicité ou en mode. Pour s’en faire une idée, lorsque Pentax sort le 645D en 2010, il divise globalement par deux le coût du ticket d’entrée dans cet univers, alors que le prix de ce boitier avoisine tout de même les 10 000 euros (boitier nu).

La qualité d’images avant tout : l’importance fondamentale de la dynamique

La principale caractéristique du moyen format, et son atout déterminant, est la grande taille de son capteur. L’ensemble des boitiers moyen format permettant à ce jour à la fois un usage relativement aisé et un niveau de prix contenu, par rapport aux standards antérieurs, sont équipés du même capteur, un CMOS Sony de 50 mégapixels aux dimensions de 33 x 44 mm (format 4/3 donc), soit une surface 1,7 x supérieure au « plein format » (24 x 36 mm).

Ces dimensions lui permettent notamment de proposer un compromis résolution/dynamique supérieur au 24 x 36. La dynamique est une notion mal connue, mais fondamentale en photographie : c’est la capacité à restituer des éléments d’une scène malgré des écarts d’intensité lumineuse importants entre ses différentes zones. Un cas très courant en photo d’extérieur est la difficulté à éviter les ciels « percés » (blancs) lorsqu’on photographie avec des éléments sombres dans les premiers plans (ex : à l’ombre ou à contre-jour). Toutes choses égales par ailleurs, la dynamique est fortement déterminée par la quantité de lumière captée. Elle est donc globalement proportionnelle à la surface de chaque photosite (zone du capteur qui recueille la lumière afin de créer un pixel). C’est de ce point de vue que les dimensions supérieures de la surface sensible lui permettent de meilleures performances qu’avec des appareils plus courants dotés de capteurs plein format ou APS-C.

À titre d’exemple, voici une image réalisée avec le Fuji GFX 50r pour laquelle l’importance de la dynamique permise par le moyen format a été primordiale.

Les zones contenant de hautes lumières (comme les ciels) sont ici les principales bénéficiaires des modifications importantes réalisées en postproduction (équivalent incontournable du tirage argentique) pour parvenir à ces résultats. Sur les fichiers non retouchés, ils semblent percés en de nombreux endroits (sans autre information que du blanc) ou peu détaillés alors que grâce à la dynamique du capteur ces zones difficiles recèlent toujours des informations que la postproduction permet de faire apparaître.

La dynamique : 24 x 36 haute définition vs moyen format

Dans l’exemple ci-dessous, nous comparons les résultats obtenus dans des conditions semblables (même jour, même heure à quelques minutes près et même lieu à quelques mètres près pour des raisons pratiques) avec un très bon 24 x 36 haute définition de dernière génération, le Sony A7R IV, et le X1DII-50C d’Hasselblad.

Les fichiers ci-dessous sont des jpegs non retouchés obtenus à partir de fichier Raw afin de se situer au plus près des capacités natives des capteurs.

Les deux images ci-dessus ont été prises avec des réglages permettant d’acheminer théoriquement vers les deux capteurs le même niveau d’intensité lumineuse. Globalement, l’image issue du boitier Hasselblad est légèrement moins dense, signe d’une sensibilité native probablement un peu supérieure, mais la différence est discrète. Si les hautes lumières se situent logiquement à un niveau supérieur sur l’image issue du X1DII, la différence est nettement plus marquée dans les tons moyens (herbe) avec un rendu beaucoup plus subtil pour le boitier d’Hasselblad. La différence est également visible au niveau des ombres portées des personnages assis. Elles sont beaucoup plus détaillées dans l’image issue du capteur moyen format, signe d’une dynamique native plus importante grâce à la surface supérieure des photosites. La différence est en effet trop significative pour être uniquement due à la légère différence de sensibilité native des capteurs constatée plus haut.

Si la différence est visible sur les fichiers non manipulés, l’écart de dynamique permet également des marges de postproduction, et donc des possibilités créatives, nettement plus importante. Afin de tester les possibilités disponibles en pratique pour les usagers, nous avons choisi d’utiliser les logiciels disponibles pour chacun des deux boitiers : l’excellent Capture One pour le boitier Sony (conçu par le fabricant de boitiers moyen format Phase One et très largement répandu chez les professionnels les plus exigeants) et le logiciel propriétaire Phocus d’Hasselblad (seul à même de développer les fichiers Raw du fabricant suédois). Afin de ne pas brouiller les résultats, nous avons manipulé ici uniquement le réglage permettant de rattraper des informations dans les hautes lumières (par essence beaucoup plus délicates à rattraper que les ombres en numérique). En poussant le réglage au maximum, on s’aperçoit qu’alors même que ces zones sont plus claires sur le fichier original issu du capteur moyen format, le niveau de récupération de la densité est supérieur tout en conservant un rendu colorimétrique plus naturel (l’effet voile gris est moins marqué).

Enfin nous avons poussé les curseurs de différents réglages pour tenter d’obtenir les résultats les meilleurs résultats possibles à partir de ces images prises en conditions difficiles. On constate aisément que c’est à partir de l’image issue du boitier moyen format que la marge de correction est la plus importante.

Rappelons au passage que les trois boitiers moyen format utilisés ici sont équipés du même capteur. Malgré une électronique et un traitement propres à chaque fabricant entrainant des nuances, ils sont donc globalement capables de performances du même ordre dans le domaine de la dynamique des fichiers Raw (bruts). Pour des professionnels ou des experts parfois contraints d’opérer dans des situations délicates, c’est une sécurité non négligeable. Évidemment, c’est dans le cas d’impressions de grand format, extrêmement exigeantes, que la différence avec le 24 x 36 est la plus visible. Elle est néanmoins perceptible même sur des formats limités comme on le voit dans les exemples ci-dessus.

Souvent peu connu du grand public, signalons également que les avantages d’une dynamique élevée ne se cantonnent pas aux situations difficiles. En effet, elle permet également en situation plus standard de produire des images à la fois contrastées et détaillées dans toutes les zones de l’image. Cette caractéristique a donc un intérêt majeur en portrait ou en paysage par exemple.

La vidéo en moyen format : un potentiel encore en friche

La possibilité de filmer avec des appareils photo dotés de capteurs de dimensions supérieures à bien des caméras apparues à la fin des années 2000 a radicalement transformé l’univers visuel dans lequel nous évoluons. La vogue des profondeurs de champ réduites, jusque là cantonnée pour l’essentiel au cinéma et à certaines publicités très haut de gamme, ne s’est en effet toujours pas tarie.

Or, les appareils moyen format offrent désormais également la possibilité de filmer, et certains constructeurs se sont pris à rêver grâce à l’association de très grands capteurs et de l’excellent parc optique existant. Ils se sont demandés si, après la démocratisation du flou d’arrière-plan, ces appareils ne permettraient pas de renouer avec le rendu magnifique du 70 mm qui a fait le bonheur de certains grands noms du cinéma comme Sergio Leone ou, plus récemment, Quentin Tarantino.

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À ce jour, les modes vidéo des moyens formats sont toujours faméliques comparés à ceux des modèles de gammes inférieures. À rebours de la généralisation de l’UHD, ici le full HD est la définition reine (le X1DII d’Hasselblad propose tout de même un mode 2,7 K), le seul format de compression proposé est le 4:2:0-8 bits et le choix de cadence diffère un peu entre les modèles, mais globalement il est réduit à peau de chagrin. De même, l’absence de dispositif permettant la corrélation de phase sur le capteur contraint en pratique à assurer manuellement les changements de points, ce qui avec des profondeurs de champ aussi réduites relève de la gageure. Les moyens formats numériques ne permettent donc pas pour le moment de filmer aisément.

De même, malgré des annonces récentes prometteuses, aucun des boitiers disponibles à ce jour ne propose de stabilisation du capteur, élément essentiel pour filmer aisément à main levée.

Vous l’aurez compris, dans l’univers du moyen format, le maître mot n’est pas la polyvalence des boitiers. Destinés à des utilisateurs très exigeants aux pratiques spécifiques, les appareils ont des profils marqués.

Trois profils de boitiers très divers

Pendant longtemps, la photographie moyen format numérique s’est très largement vue cantonnée à l’univers du studio en raison de diverses contraintes techniques imposant une logistique particulière (encombrement, faible autonomie des batteries, sensibilité à la poussière, poids des fichiers trop élevé au regard des supports de stockage alors disponibles,…) et de son coût très élevé.

Les trois boitiers testés ont été conçus pour sortir de ce carcan. Nous avons donc choisi de les utiliser dans des conditions très diverses afin de voir si cette promesse a été tenue.

Hasselblad X1DII-50C : la photo posée en extérieur comme terrain de prédilection

Afin de confronter le plus compact des trois boitiers, l’Hasselblad X1DII-50C, à un niveau d’exigence élevé, nous avons décidé de l’utiliser dans le cadre de déambulations nocturne dans Paris. Premier constat : la qualité de fabrication est élevée et le confort d’usage est nettement supérieur à celui proposé par un 24 x 36 haut de gamme. Ce confort est dû notamment à un viseur électronique aux dimensions généreuses particulièrement agréables, même lorsque la luminosité est réduite. Autre bonne surprise, l’objectif XCD 45P f/4 a été conçu pour s’accorder avec la belle étude ergonomique du boitier. L’ensemble permet une réduction de l’encombrement inédite en moyen format (supérieur à celui d’un hybride 24 x 36 doté d’une focale fixe lumineuse, mais inférieur à celui d’un reflex pro plein format), un régal.

Sans surprise, la qualité d’image est au rendez-vous et l’appareil se montre très à l’aise en prises de vue d’architecture urbaine.

Photo du Hasselblad X1D II-50C

Photo du Hasselblad X1D II-50C // Source : Olivier Gonin

Photo du Hasselblad X1D II-50C

Photo du Hasselblad X1D II-50C // Source : Olivier Gonin

Photo du Hasselblad X1D II-50C

Photo du Hasselblad X1D II-50C // Source : Olivier Gonin

Hormis la taille du capteur, qui permet à la fois de profiter d’une résolution très élevée et d’une dynamique confortable, la possibilité d’enregistrer les fichiers Raw en 16 bits est également un élément important. En effet, elle est aujourd’hui largement absente du 24 x 36 comme des deux autres boitiers moyen format (le Fuji GFX 50R et le Pentax 645Z) dont les fichiers bruts sont codés sur 14 bits. Cela peut sembler minime, mais en réalité une différence de deux bits à l’enregistrement d’une information est considérable : pour chaque bit supplémentaire, on double le nombre de valeurs théoriques possibles sur chacune des trois couches RVB. Cette richesse colorimétrique supplémentaire est un atout dans de nombreux domaines photographiques (ex : paysage ou nature morte) et permet de disposer d’une latitude encore plus importante en postproduction.

La présence d’un obturateur mécanique central dans les objectifs lui permet par ailleurs une synchro-flash maximale de 1/2000 e de seconde. Sans égaler les meilleurs dos haut de gamme spécialisés du point de vue de la définition (au coût très largement supérieur), un usage en studio est donc parfaitement envisageable, d’autant plus que la définition de son capteur reste généreuse.

Si le X1DII-50C excelle dans certains domaines fondamentaux, quelques caractéristiques permettent d’entrevoir ce qu’il ne peut pas faire. Ainsi, comme c’est également le cas avec les boitiers équipés de dos numériques amovibles de la marque, l’autofocus est ici loin d’être aussi performant qu’en 24 x 36, notamment lorsque la luminosité diminue. Dans ce domaine, les deux autres appareils testés font mieux. Avec le X1DII, l’utilisateur est emmené vers une autre pratique posée et réfléchie. Il fera donc des merveilles en nature morte, en paysage, en architecture ou en portrait posé. Par contre, la photographie de sujets mouvants reste ardue. Si nous avons pu nous essayer à la photo de rue, seules les situations permettant un temps d’anticipation nécessaire au calage de la mise au point ont pu donner des résultats satisfaisants.

Photo du Hasselblad X1D II-50C

Photo du Hasselblad X1D II-50C // Source : Olivier Gonin

Photo du Hasselblad X1D II-50C

Photo du Hasselblad X1D II-50C // Source : Olivier Gonin

Par ailleurs, bien que le fabricant semble avoir ici fait un effort côté autonomie par rapport aux performances pour le moins modeste des batteries qui équipent les boitiers prévus pour un usage avec un dos amovible, la batterie du X1DII dispose d’une marge limitée. C’est souvent le cas avec les hybrides dont il faut alimenter les viseurs électroniques ou les écrans en permanence. Cependant c’est particulièrement notable dans ce cas précis. Il n’en reste pas moins que grâce à une très belle étude ergonomique, ce boitier est très agréable à utiliser en extérieur.

Pentax 645Z : le reflex moyen format tout terrain

Au contraire d’Hasselblad qui a choisi de sortir de ses standards, Pentax a fait le choix de la continuité. Constructeur historique de boitiers reflex moyens formats costauds et volumineux, le fabricant japonais a pour le moment choisi de suivre la même voix en numérique. Ainsi, lorsqu’il sort en 2010, le 645D est le premier moyen format numérique à moins de 10 000 euros et il est conçu avant tout pour opérer dans des conditions extérieures parfois difficiles. Son actuel successeur, le 645Z, creuse le même sillon : incontestablement performant et robuste, grâce à une conception métallique entièrement tropicalisée, il est le plus lourd et encombrant des moyen format monoblocs actuels à tarif étudié.

À rebours de la tendance actuelle, Pentax a d’autre part choisi de doter son moyen format d’une visée reflex généreuse, un choix qui impose un volume de boitier conséquent, mais qui s’avère très intéressant du point de vue performance. Assis sur son savoir-faire dans l’univers reflex, ce boitier très confortable à l’usage permet notamment l’utilisation d’un module de mise au point par corrélation de phase plus performant que ceux à détection de contraste de ses concurrents. Il est ainsi parfaitement à même d’assurer le point rapidement et précisément, même lorsque la luminosité chute (comme c’est le cas de certaines images ci-dessous réalisées à 1600 ou 3200 ISO).

Ce dispositif Safox 11 de 27 collimateurs, dont 25 en croix, est basé sur les modules conçus pour les reflex numériques classiques. Par conséquent, il occupe essentiellement la partie centrale de la visée. Si de toute manière le 645Z n’est pas un boitier discret, le choix d’une visée reflex en moyen format impose le mouvement d’un miroir lui aussi volumineux, les déclenchements sont donc nettement plus bruyants que ceux des modèles hybrides équipés d’une visée électronique.

Le miroir du Pentax 645Z

Le miroir du Pentax 645Z // Source : Olivier Gonin

En revanche, le boitier Pentax dispose logiquement d’une autonomie nettement plus conséquente, car il n’a pas besoin d’alimenter un viseur électronique ou un écran en permanence.

Fujifilm GFX 50r : taillé pour la photographie de rue

Également acteur historique de l’univers moyen format en argentique, Fuji dispose de la gamme la plus diversifiée dans l’univers moyen format numérique dite « GFX ». Le GFX 50r a retenu notre attention pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il est le plus accessible des moyens formats numériques. Par ailleurs, son profil, clairement orienté vers un public de photographes de rue très attentifs à la qualité d’image, le différencie nettement des deux autres boitiers que nous avons jusqu’ici mentionnés.

La face avant du Fujifilm GFX 50r

La face avant du Fujifilm GFX 50r // Source : Olivier Gonin

Avec son look rétro rappelant l’âge d’or des reporters et son viseur en coin façon Leica, le GFX 50r affiche une certaine élégance.

Léger et assez compact pour un moyen format, sans pour autant atteindre le niveau du couple X1DII-50C-45P f/4 d’Hasselblad en la matière, il propose une finition tout temps lui permettant d’opérer dans des conditions extérieures parfois difficiles.

Côté ergonomie, Il se situe dans la logique des boitiers « X » du fabricant dans la gamme APS-C. Comme eux, il propose un pilotage largement articulé autour de molettes et de sélecteurs physiques. Le contrôle de l’ouverture est d’ailleurs assuré par une bague directement située sur l’objectif, à l’ancienne. Globalement on s’y fait assez vite, même si, à titre personnel, j’ai trouvé beaucoup trop compliqué de devoir faire varier la vitesse d’obturation par écart d’1 IL par la molette principale située sur le capot et d’1/3 d’IL par la molette arrière, mais seulement dans un intervalle limité de + ou – 1 IL. Sur le terrain lorsque la lumière change rapidement (ex : passages de nuages) ça devient rapidement beaucoup trop compliqué pour saisir des sujets en mouvement avec la réactivité adéquate.

Point crucial s’il en est pour un boitier destiné à la photo en mouvement, son module autofocus par détection de contraste donne des résultats intéressants. Sans égaler les performances d’un module par corrélation de phase, comme celui du 645Z (notamment quand la luminosité diminue), il est plus adapté à une pratique à main levée avec des sujets mobiles que l’Hasselblad X1DII. S’il effectue donc plutôt bien son office en mode single, le mode continu est toutefois loin d’être satisfaisant. Il est donc capable d’assurer son rôle dans le cadre d’une pratique classique à main levée, mais toute pratique un peu trop nerveuse (ex : sport, photo animalière…) reste néanmoins globalement trop exigeante par rapport aux capacités du GFX 50r. Cela dit, en argentique comme en numérique, les boitiers moyen format n’ont jamais été pensés pour répondre aux besoins de telles pratiques : dans leur conception usuelle, leur utilité est ailleurs.

Comme on peut le constater sur les images ci-dessous, le GFX 50r est suffisamment discret et suffisamment performant pour la photographie de rue (y compris pour réaliser le point sur des sujets à contre-jour).

Photo du Fujifilm GFX 50r

Photo du Fujifilm GFX 50r // Source : Olivier Gonin

Photo du Fujifilm GFX 50r

Photo du Fujifilm GFX 50r // Source : Olivier Gonin

Photo du Fujifilm GFX 50r

Photo du Fujifilm GFX 50r // Source : Olivier Gonin

On retrouve également, comme chez ses petits frères, la possibilité d’appliquer directement sur les jpegs des profils susceptibles d’émuler les principaux films Fuji. Les habitués du fabricant devraient donc rapidement trouver leurs petits et les utilisateurs ne souhaitant pas, ou ne pouvant pas, passer trop de temps devant un logiciel de post-traitement ont la possibilité de produire rapidement des jpegs dotés d’une identité marquée.

Le moyen format intégré : un champ fécond en pleine mutation

Grâce aux évolutions techniques et tarifaires proposées des dernières années, la photographie moyen format numérique a donc pu s’émanciper du studio et des seules productions à gros budget. Certes, comme en argentique, les appareils concernés ne sont pas en mesure de proposer la même versatilité que les boitiers 24 x 36 ou APS-C, mais le gain est très significatif du point de vue de la qualité d’image. Il n’en reste pas moins que mêmes les boitiers les plus versatiles ne peuvent proposer la même polyvalence que le haut de gamme 24 x 36. Au moment du choix, il faut donc avoir clairement en tête que si le moyen format est synonyme d’un niveau de qualité d’image supérieur, il n’est pas adapté à toutes les pratiques.

Bien que plusieurs fabricants aient fait de vrais efforts pour démocratiser l’accès à cet univers jusque récemment très fermé, le prix de ce matériel ne le met clairement pas à a potée de toutes les bourses. Il n’en reste pas moins que photographier avec moyen format numérique est devenu beaucoup plus accessible aux spécialistes que par le passé (d’autant plus que le marché de l’occasion tend également à se développer). Cette tendance récente devrait d’ailleurs s’amplifier dans les mois qui viennent, car au moment d’écrire ces lignes, Fuji annonce la sortie prochaine d’un moyen format intégré, doté d’un mieux défini (102 Mpix) et stabilisé : le Fujifilm GFX 100S. Il est proposé à un prix de sortie certes élevé, mais très étudié au vu de ses performances et de son ouverture à la vidéo. À suivre…

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