Pourquoi l’Europe a mis 50 ans de plus que les USA à adopter massivement la clim en voiture

Un demi-siècle de retard

 
La clim est née aux États-Unis à la veille de la guerre, avant de devenir un standard outre-Atlantique dans les années 1970. En Europe, elle a fallu attendre bien plus longtemps : en 1990, moins de 8 % des voitures neuves vendues sur le continent en étaient équipées contre plus de 90 % aux USA. On retrace l’histoire de la clim dans les voitures.
Climatisation d’une Tesla Model 3

Un bouton, un souffle d’air frais, et l’habitacle redevient vivable en pleine canicule. Aujourd’hui, la climatisation est tellement banale qu’on ne la remarque plus, sauf quand elle tombe en panne.

Pourtant, cet équipement a mis près de soixante ans à s’imposer partout, et son parcours dit beaucoup sur l’écart de rythme entre le marché américain et le marché européen.

Packard Super Eight

Tout commence le 4 novembre 1939, au salon de Chicago. Le constructeur américain Packard y dévoile Super Eight et devient le premier au monde à proposer la climatisation en option sortie d’usine.

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Le système, fourni par Bishop & Babcock, est encombrant : l’évaporateur et le ventilateur occupent la moitié du coffre, et il n’existe aucun moyen de couper le compresseur en roulant, sinon débrancher la courroie. Facturé 279 dollars alors que le revenu annuel moyen d’un Américain tournait autour de 1 368 dollars, l’équipement coûte une fortune. Il se vend à peine à 1 500 exemplaires, et Packard l’abandonne dès 1942.

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1953, l’année où la clim décolle vraiment aux États-Unis

Après la parenthèse de 1939, l’air conditionné disparaît des voitures pendant plus de dix ans. Le vrai redémarrage a lieu en 1953. Cette année-là, Cadillac, Buick, Oldsmobile et Lincoln lancent tous leur système monté en usine, en même temps que Chrysler.

Le système Airtemp de ce dernier passe pour le plus abouti : il était réputé refroidir un habitacle de 120 à 85 degrés Fahrenheit (environ 49 à 29 °C) en deux minutes. Rien d’étonnant à ce niveau de maîtrise : la technologie remonte à la clim conçue dans les années 1930 pour le Chrysler Building, le gratte-ciel new-yorkais de Walter P. Chrysler.

Chrysler Imperial avec système Airtemp

À partir de là, la diffusion s’emballe. 54 % des voitures américaines sont climatisées en 1969, soit déjà plus d’une sur deux. On grimpe à environ 70 % en 1973, puis 72 % en 1980. La barre des 90 % n’est franchie qu’à la toute fin des années 1980, avant d’atteindre près de 99 % en 1994.

Plusieurs facteurs expliquent cette bascule. Le coût des composants a baissé, les autoroutes se sont étendues, et les Américains ont pris l’habitude de longs trajets à travers des régions chaudes. Comme les bureaux et les maisons se sont équipés en parallèle, la tolérance à la chaleur en voiture a fondu.

En Europe, un privilège de riches pendant des décennies

De ce côté-ci de l’Atlantique, l’histoire avance beaucoup plus lentement. C’est la Mercedes-Benz 600 (nom de code W100), lancée au salon de Francfort en 1963, qui lance la clim en Europe. C’est alors la voiture la plus chère du monde, une limousine réservée aux chefs d’État et aux célébrités, dont le compresseur de climatisation était même piloté par le système hydraulique embarqué. Autant dire un objet inaccessible au commun des mortels.

Pendant les années 1970 et 1980, la clim reste cantonnée au haut de gamme européen : Mercedes, BMW, Jaguar, Rolls-Royce. Quelques françaises de prestige s’y mettent aussi.

Citroën SM

La Citroën SM, ce coupé à moteur Maserati présenté en 1970, proposait déjà l’option, tout comme la CX à partir de 1975. Mais avant les années 90, il est vrai que la climatisation était réservée au haut de gamme et bien souvent en option.

Et c’est là que l’écart avec les États-Unis saute aux yeux. Au moment même où les Américains atteignaient les 90 % d’équipement, l’Europe partait quasiment de zéro sur le marché de masse.

Ce retard européen tient à plusieurs raisons. Le climat plus tempéré du continent rendait l’équipement moins vital, les voitures y étaient plus petites et le carburant plus cher, ce qui poussait à limiter tout ce qui alourdit ou consomme. La clim est longtemps restée perçue comme un gadget de luxe américain plutôt qu’un vrai besoin.

Renault Clio 1

En 1990, moins de 8 % des voitures vendues en Europe étaient climatisées. La démocratisation sur les petites voitures ne démarre vraiment qu’au début de cette décennie : la Renault Clio 1 proposait la clim en option dès son lancement en 1990.

Le rattrapage, ensuite, a été rapide. En quelques années, la climatisation est devenue un équipement attendu jusque sur les citadines d’entrée de gamme.

Aujourd’hui, la logique s’est même inversée : sur une berline électrique moderne comme la Mercedes-Benz CLA, la question n’est plus d’avoir la clim, mais de savoir combien d’autonomie elle grignote (d’où les compresseurs électriques et pompes à chaleur qui équipent désormais les grandes routières électriques).

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Pour répondre à cette question, Ulrich a testé de dormir dans sa Tesla Model Y une chaude nuit de canicule. Spoiler alert : ne coupez pas la climatisation en espérant grappiller de l’autonomie, le résultat en serait dérisoire.

La climatisation automobile aura donc suivi deux calendriers presque étrangers l’un à l’autre. Aux États-Unis, elle devient un standard dès les années 1970 ; en Europe, elle reste un luxe jusqu’aux années 1990. Deux marchés, deux rythmes, pour un même équipement devenu aujourd’hui indispensable.


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