Pourquoi Xiaomi perd de l’argent sur chaque voiture électrique livrée malgré des ventes records

 
Après une rentabilité atteinte en 2025, la branche de Xiaomi dédiée aux voitures électriques vient de publier des résultats en berne : deuxième trimestre de pertes d’affilée malgré des ventes en hausse de 28 %. Les investissements massifs et le prix moyen en baisse expliquent en partie la situation.
Xiaomi YU7 Standard // Crédit : Xiaomi

En 2025, la branche automobile de Xiaomi réussissait l’exploit d’atteindre la rentabilité à peine dix-huit mois après ses premières livraisons, un exploit que Tesla avait mis deux fois plus de temps à réaliser.

Un an plus tard, la mécanique s’est enrayée. Au deuxième trimestre 2026, la division « nouvelles initiatives » (qui regroupe chez Xiaomi la voiture et l’IA) a affiché une perte opérationnelle de 2,6 milliards de yuans (environ 340 millions d’euros), selon le rapport financier officiel du groupe. C’est la deuxième perte consécutive, après un trou de 3,1 milliards de yuans (environ 400 millions d’euros) au trimestre précédent.

Xiaomi SU7 (2026) // Source : Xiaomi

Les livraisons, pourtant, décollent : 104 199 véhicules au T2 (+28,2 % sur un an), et la SU7 a franchi le cap des 500 000 exemplaires livrés le 17 août, moins de trois ans après son lancement. Le paradoxe tient à la marge brute, tombée à 19,2 % contre 26,4 % un an plus tôt. L’un des facteurs : le prix moyen par voiture a baissé de 9,6 % sur douze mois pour atteindre 229 312 yuans (environ 29 500 €), la faute à un mix produit défavorable (la baisse des livraisons de la SU7 Ultra, le haut de gamme sportif, explique en partie le résultat).

Selon Reuters, ce trou d’air se paie jusqu’aux comptes consolidés : Xiaomi Group affiche son premier recul de bénéfice trimestriel en trois ans (6,2 milliards de yuans, -42,6 %).

L’export et les hybrides comme porte de sortie ?

Face à BYD, NIO (rentable depuis peu) et une quinzaine d’autres constructeurs chinois qui cassent les prix, Xiaomi joue deux cartes. La première : la gamme Sky Nomad, deux SUV à prolongateur d’autonomie (EREV) dévoilés en juillet : en clair, une voiture électrique avec un petit moteur thermique qui joue les groupes électrogènes quand la batterie faiblit.

Xiaomi SkyNomad N90

Avec des tarifs agressifs (pré-ventes à partir de 259 900 yuans, soit environ 33 500 euros), une autonomie cumulée allant jusqu’à 1 705 km selon le cycle CLTC et un habitacle ultra spacieux, Xiaomi mise beaucoup sur cette nouvelle gamme pour redresser ses comptes et atteindre son objectif de ventes pour 2026, fixé à 550 000 livraisons.

La seconde carte : l’Europe. Comme beaucoup d’acteurs chinois, Xiaomi veut trouver dans l’exportation une bouffée d’air frais face au marché intérieur moribond et confirme un lancement européen prévu en 2027. La marque se prépare déjà avec une stratégie complète, incluant un centre de recherche et développement à Munich et une communication bien rodée à base de records sportifs.

Ligne de production de la Xiaomi SU7

Reste que les lois de la physique financière sont inflexibles : investir 2,4 milliards de yuans dans l’outil industriel, pousser la R&D à 9,2 milliards (+18,9 %) et vendre chaque voiture avec une marge écrasée pour bâtir des parts de marché arrive fatalement avec des contreparties.

Lei Jun, CEO de Xiaomi, applique la recette qui a marché sur les smartphones : perdre de l’argent au début pour dominer ensuite. Si les SUV à prolongateur tiennent leurs promesses et que le débarquement européen ne s’enlise pas dans les barrières douanières de Bruxelles, l’équation pourrait redevenir soutenable.


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